Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 13:11
13 avril 1975 – 13 avril 2012, il y a 37 ans  la chute de François Ngarta Tombalbaye premier président de la République du Tchad


“Authentique ! Sans papier !”, cette devise à l’africaine clamée en l’honneur des chefs, le griot dahoméen que François Ngarta Tombalbaye venait de s’attacher la claironnait en écho pendant les discours officiels qui retentissaient alors, en effet, du mot d’“authenticité” dont un président voisin, Mobutu Sesse Seko, avait lancé le slogan.


L’expression glorifie sans doute le verbe du chef qui n’a nul besoin du secours de l’écrit pour prospérer, mais acclame aussi la récusation - authentique, parce que sans papier - des formes du pouvoir qui s’authentifient de l’écrit.  

 

Cette opposition du Verbe et du Code, expressive de la dialectique du pouvoir dans l’Afrique d’aujourd’hui, sera fatale au tribun de l’authenticité et à son griot. Exalté pour légitimer et consolider un pouvoir ébranlé par la rébellion du Nord musulman et les remontrances de la puissance coloniale, le retour à l’authenticité par la revivification des rites d’initiation devait précipiter la chute de l’ancien instituteur et la prise du pouvoir par les militaires.


Dans les sociétés traditionnelles, et dans la société dont François Tombalbaye était issu, les rites initiatiques ont pour objet d’enlever le garçon à la société des femmes, de l’intégrer, à la faveur d’une mort et d’une renaissance rituelles, au groupe des hommes et, souvent par le canal d’un système de classes d’âge plus ou moins complexe, de le faire accéder à la responsabilité sociale et religieuse. L’individu non initié est un incapable social. L’institution initiatique répond ici à la logique d’organisations de type segmentaire ou clanique où la référence à un ancêtre commun ou à un rite de fondation commun constituent un principe d’unification périodiquement réactivé. Être initié, c’est l’être d’un groupe bien déterminé et selon une appartenance parfois marquée dans la chair. Parallèlement ou concurremment à cette éducation traditionnelle, la colonisation a formé, par l’école ou la mission, des techniciens administratifs ayant souvent échappé, soit parce qu’ils en ont été dissuadés, soit parce qu’ils étaient absents du village, à ces “écoles de brousse” qui terrorisent les femmes et les non-initiés et où, en effet, les sévices ou les brimades font partie des instruments du pouvoir traditionnel. Était-il possible de reprendre l’administration en main et de gouverner l’État tchadien par le canal de telles procédures d’incorporation ? Que signifie administrer dans la logique d’un État à l’occidentale ? Telles seront les deux questions ici présentées.

 

Un regard sur l’histoire post-coloniale du Tchad sous François Tombalbaye fait apparaître une alternance de gouvernement caractérisée tantôt par la recherche de la conciliation (l’accueil, dans un même parti politique, des diverses représentations) et tantôt par la répression (l’emprisonnement ou l’assassinat des opposants) - le remplacement, en août 1973, du Parti Progressiste Tchadien (PTT) par le Mouvement National pour la Révolution Culturelle et Sociale (MNRCS) soldant l’échec de ces deux expressions du parti unique. L’ambition du MNRCS était de renouveler le jeu politique par le retour à la tradition, de reprendre en main une administration inefficace et d’anéantir enfin une rébellion toujours active malgré les coups portés par le corps expéditionnaire français. Alors que le PPT avait pour ambition de faire l’unité entre les différentes ethnies composant la “nation tchadienne”, le MNRCS, s’appuyant sur une hypothétique unité culturelle du Sud contre la rébellion du Nord, ratifiait, de fait, le deuil d’une telle ambition.


L’histoire récente du Tchad est en effet profondément marquée par cette opposition entre le Nord et le Sud, opposition qui ne procède pas seulement d’une division climatique et écologique (le Nord désertique et le Sud “utile”), religieuse et culturelle (le Nord islamisé et le Sud animiste et christianisé), mais de la mémoire et des stigmates des razzias organisées par les sultans du Baguirmi et du Bornou qui avaient la capture d’esclaves parmi les kirdis (païens) du Sud pour objet. Et ce, avec une régularité telle (notamment saisonnière), qu’on a pu parler, en l’espèce, de l’exploitation méthodique d’un vivier humain. L’explorateur allemand Heinrich Barth, parti de Koukaoua en 1851 dans les fourgons de l’armée d’Omar en expédition contre le Mandara, rapporte comment, le “maître du Bornou” ayant composé, il est décidé d’opérer une razzia contre les Mousgou et livre un témoignage de première main de cette activité (Voyages et découvertes dans l’Afrique septentrionale et centrale pendant les années 1849 à 1855, traduction française, Paris, A. Bohné, 4 vol., 1860-1861 — III 23-37).

 

La défaite de Rabah mit fin à ces campagnes. “Dans l’histoire de l’Afrique française, l’année 1900 est marquée par un fait capital, pourra écrire le général Gouraud (1944 : III) : le 21 avril, trois troupes françaises [celle de Lenfant dont il a été question en 2.1, au cours d'une seconde mission qui fera jonction avec les misssions Foureau-Lamy et Joalland-Meynier] se sont trouvées réunies au bord du Chari à quelques kilomètres du Tchad. Rabah, le conquérant redoutable et cruel de l’Afrique centrale s’était établi aux environs dans un camp fortifié, à 5 kilomètres au nord de Kousséri.” Le camp enlevé et Rabah tué dans l’action, “le but est atteint : la jonction au Tchad de l’Algérie du Soudan et du Congo était faite”, “bloc [...] sans fissure” “de Dakar à Abéché et d’Alger à Brazzaville” (Ibid. : IV).

 

source: Anthropologie en ligne.

Partager cet article

Repost 0
Published by Rdpl, mieux vivre-ensemble
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : RDPL, Mieux Vivre-Ensemble
  • RDPL, Mieux Vivre-Ensemble
  • : Rassemblement Démocratique pour la Paix et les Libertés au Tchad. La passion de bâtir, le rêve de construire un Tchad nouveau!
  • Contact

Young-black« Nous voulons être délivrés. Celui qui donne un coup de pioche veut connaitre un sens à son coup de pioche. Et le coup de pioche du bagnard, qui humilie le bagnard, n’est point le même que le coup de pioche du prospecteur, qui grandit le prospecteur. Le bagne ne réside point là où les coups de pioche sont donnés… » ANTOINE de Saint-Exupéry, in TERRE DES HOMMES.

 

284215_1905906284433_1145065966_31634001_2909666_n.jpg



Rechercher