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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 09:34

arton30640-15a78Au-delà de savoir s’il faut ou pas maintenir cette tradition qui me semble personnellement dépassée du défilé du 14 Juillet (je n’ai pas changé d’avis depuis un édito de 2008 intitulé « Et si on supprimait le défilé militaire du 14 Juillet ? », écrit alors que l’un des invités du défilé n’était autre que Bachar el-Assad...), celui de ce dimanche pose plusieurs questions.

Placé sous le signe de l’Afrique, ce défilé 2013 est évidemment marqué par l’intervention française au Mali, au début de l’année, qui a permis à Bamako de reconquérir le Nord-Mali qui était tombé aux mains de djihadistes.

La triple illusion

Mais en faisant défiler sur les Champs-Elysées les troupes de plusieurs pays africains ayant participé à l’opération, et en y associant les Européens qui y ont contribué, la France fait vivre une triple illusion :

  • celle d’une action multinationale au Mali là où ce fut d’abord une intervention française (et tchadienne, voir le point suivant) s’efforçant de se transformer en action collective, politiquement plus facile à gérer et moins suspecte de relents de Françafrique ;
  • 27647036_p.jpgcelle d’un front commun pour le droit et la liberté, mais qui occulte mal l’absence d’Etat de droit dans le pays qui a le plus contribué militairement après la France : le Tchad d’Idriss Déby. Pendant que les troupes tchadiennes défilent sur les Champs, un juge d’instruction français enquête sur la disparition d’un célèbre opposant, Ibni Oumar Mahamat Saleh, en 2008, sous le règne du même Idriss Déby ;
  • celle d’une Europe de la défense, illustrée par la présence d’avions allemands dans le ciel de Paris dimanche, alors que la participation allemande à cette intervention s’est faite avec retard, très modestement, et aux antipodes de ce que pouvait espérer la France.

Contradictions françaises

François Hollande est évidemment parfaitement conscient de ces questions qui planent sur le défilé de ce dimanche, sans pour autant gâcher la fête.

012092011091321000000chiracobocopapa.jpgMais, faute d’alternative, et sans doute aussi faute d’anticipation, la France de 2013 vit avec ces contradictions.

François Hollande tente de relancer une politique africaine de la France, laissée en jachère depuis plus d’une décennie et toujours plombée par les héritages de la Françafrique, incarnés par des hommes comme Ali Bongo (Gabon), Denis Sassou Nguesso (Congo Brazzaville), Paul Biya (Cameroun), Blaise Compaoré (Burkina Faso...), etc.

Il y avait assurément d’autres moyens de signifier le regain d’intérêt pour ce continent auquel une partie de l’avenir de la France et de l’Europe est sans doute liée, que de faire défiler sur les Champs-Elysées des troupes dont la mission première est de défendre des régimes plutôt que des valeurs.

Où est l’Europe de la défense ?

Mais la principale contradiction est européenne. L’affaire du Mali est de ce point de vue tristement exemplaire.

Les Européens (à l’exception des Britanniques, comme toujours en matière de défense) ont considéré le Mali comme une affaire française et pas un intérêt de sécurité commun, et n’ont fourni une aide en logistique et en formation que sous la pression de Paris.

C’est dire la distance qui existe entre Européens sur la définition des menaces et des missions communes, si une crise dans le Sahel n’est pas perçue comme pouvant avoir des répercussions sur le continent européen.

Et pourtant, s’il est un sujet où la mise en commun des moyens ferait sens, c’est bien sur la défense à l’heure des budgets en berne, et donc de la réduction des ressources nationales mises au service des armées.

Or, après vingt ans de discussions, d’espoirs déçus, de plans sur la comète, l’Europe de la défense n’existe pas, malgré la mal nommée Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) et quelques symboles comme la brigade franco-allemande et quelques coopérations avec la Grande Bretagne.

Célébration en trompe l’œil

images.jpgPire, avec le retour de la France dans le commandement intégré de l’Otan, décision de Nicolas Sarkozy confortée par François Hollande après un rapport paradoxal d’Hubert Védrine, l’urgence n’apparaît plus à personne. Sauf sans doute aux militaires qui voient leurs budgets fondre.

Dans un discours en mai dernier, François Hollande a souhaité « une nouvelle étape de l’Europe de la défense », notamment lors d’un sommet consacré à cette question en décembre prochain. Mais qui peut croire que les 28 sont aujourd’hui à même de franchir une telle étape alors qu’ils ont perdu le ressort de leur cohésion, en particulier sur les questions économiques et sociales autrement plus urgentes ?

Faute de mouvement sur les deux « fronts », celui de la clarification de la politique africaine, et celui de l’Europe de la défense, le défilé du 14 juillet 2013 risque fort de rester un moment de célébration en trompe l’œil cachant mal des fragilités immenses. Pire, des renoncements là où il y a l’apparence d’une volonté martiale.

 

Rue89

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Published by Rdpl, mieux vivre-ensemble - dans Editorial
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