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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 23:03

3517478.jpgPrivé de réserves de voix, le président-sortant fait face à la menace d'un second tour humiliant. Le score de Marine Le Pen est l'événement majeur de ce premier tour.

Nicolas Sarkozy comptait sur la "majorité silencieuse" pour faire mentir les pronostics. Cette majorité est sortie de son silence… pour lui crier de partir. Devancé au premier tour – chose inédite pour un président sortant – il réalise un score exécrable en regard des ambitions que ce Tartarin de la communication politique avait affichées. Privé de réserves, il fait maintenant face à la menace d’un second tour humiliant. Après avoir perdu l’une après l’autre toutes les élections intermédiaires, il risque de couronner son équipée par une défaite sans appel dans le scrutin décisif.

Le président avait aussi en tête cette "France du non" qu’il voulait mobiliser derrière lui. La France du non a dit oui à Marine Le Pen. Le résultat de cette désastreuse stratégie est inscrit dans les chiffres du premier tour : sauf miracle, l’étrange épopée Sarkozy s’arrêtera le 6 mai et François Hollande sera élu président de la République. Au terme d’une campagne de joueur d’échec, maîtrisée de bout en bout, fondée à juste titre sur la restauration des valeurs républicaines, le candidat socialiste va probablement rallier une majorité de Français, lui qui s’est lancé dans la course avec un soutien évalué à l’époque par les sondages à 3% !

Jean-Luc Mélenchon a réussi l’exploit de réunir la gauche de la gauche derrière son panache rouge, elle qui se complaisait dans les querelles de chapelle. La performance mérite d’être saluée. Mais il n’est pas allé au-delà : son score n’est guère supérieur au total des voix habituellement réunies par les candidats communistes et trotskistes. Sans doute le vote utile lui a-t-il été fatal. Il est aussi probable que son excès d’agressivité a fini par le desservir.

François Bayrou termine mal une chevauchée solitaire et courageuse et ne trouve plus d’avenir que dans l’espoir de recoller les morceaux d’un centre droit entraîné dans la déroute sarkozyste. Quant à Eva Joly, elle a trouvé le ton juste dans les trois derniers jours de la campagne. Un peu tard…

La poussée lepéniste restera l’événement à la fois négatif et majeur de ce scrutin. Une grande partie des classes populaires ne se sentent plus représentées par la classe politique traditionnelle. Même si la question sociale mise en avant par Marine Le Pen a joué un rôle clé, c’est sans doute son retour à des thèmes frontistes traditionnels, immigration, sécurité et identité nationale, qui explique son succès. L’inquiétude devant la mondialisation, qui favorise un retour angoissé à l’espace national, reste un trait dominant de la vie française, comme partout en Europe. Ce défi interpelle tous les partis, à commencer par la gauche, dont le rôle historique consiste tout de même – on l’oublie parfois – à représenter au sommet de l’Etat l’intérêt des classes les plus défavorisées. La gauche doit parler de la nation, ce que Hollande a commencé de faire et donner à la France une perspective de redressement et d’équilibre que personne ne réussit à promouvoir depuis trente ans. Elle doit surtout, si elle gagne, réduire cette fracture sociale que Jacques Chirac avait diagnostiquée avec lucidité faute de savoir comment la réduire. Pour y parvenir, elle doit, sans jamais quitter l’impératif de réalisme, s’affranchir des dogmes économiques imposés par les élites financières. Le partage des richesses n’est pas un gros mot et les valeurs de solidarité ne doivent pas seulement servir de support rhétorique à des discours électoraux. Pour conjurer la menace lepéniste, il faudra plus que la dénonciation : une politique qui prenne un cours nouveau dans la mondialisation et place la France à contre-courant des préjugés libéraux. C’est ce qu’on qattend d’un candidat socialiste dont les responsabilités s’accroissent au fur et à mesure qu’il se rapproche du but.

 

Par Laurent Joffrin
Directeur du Nouvel Observateur

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Published by Rdpl, mieux vivre-ensemble - dans Monde
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