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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 19:18

tchad deby20060421-1-Ça y est ! Déby a encore gagné ! Cette victoire, on n’en fera pas un miracle, puisque, de toute façon, c’est ce qui avait été prévu qui est arrivé.

Pour rester décent, on se bornera à en dire qu’elle aura été un non-événement. Personne ne se serait risqué à parier un sous sur une quelconque défaite du seigneur de N’Djamena. Il avait tout pour lui, avant même l’entame des débats : les ténors de l’opposition tchadienne, redoutant ce qu’ils qualifiaient de mascarade électorale, avaient appelé au boycott du scrutin ; le requin Déby pouvait alors s’offrir le luxe de se faire escorter par deux poissons pilotes et tout dévorer sur son passage.

Et advint ce qui devait arriver : tout normalement, la Commission électorale nationale indépendante – le qualificatif est de taille – vient de proclamer le président sortant réélu avec 88,66% des voix, on excusera du peu ! Et voilà l’homme embarqué pour un énième mandat à la tête du Tchad. Les opposants peuvent toujours crier au scandale, dénoncer un taux de participation dont ils affirment qu’il aura été très bas, rien n’y fera. La caravane Déby passera sereine, en laissant les contempteurs aboyer. Dans quelques jours seulement, on entérinera les chiffres connus, et alors on organisera en grande pompe une cérémonie d’investiture qui rassemblera un bon lot de têtes couronnées allées féliciter le pair tchadien pour sa « brillante réélection à la tête de la nation ».

Mais à la vérité, l’homme étonne. Car, enfin, c’est bien lui, Idriss Déby qui, en 1990, a chassé Hissène Habré, s’est taillé un costume de redresseur de torts et autoproclamé homme providentiel venu sauver un Tchad au bord de l’abîme. Mais au final, on l’aura noté, le régime qu’il instaura n’est pas vraiment meilleur que celui de son illustre et sanguinaire prédécesseur, puisque lui aussi dirige son pays d’une véritable main de fer et, au passage, s’incruste bien volontiers dans la lignée des candidats au pouvoir à vie. Depuis sa prise du pouvoir en 1990, il s’en est passé des élections présidentielles au Tchad : 1996, 2001, 2006 et la toute dernière de fin avril 2011. Toutes décriées par les mouvements d’opposition mais toutes remportées par le même homme, avec la même facilité : à chaque fois, sans coup férir. Alors, question : quand Déby décidera-t-il de s’arrêter ? Mieux, l’homme s’arrêtera-t-il un jour ?

Selon toute vraisemblance, non. Et il y a de quoi. Déby donne tous les symptômes de celui qui ambitionne de rester au pouvoir ad vitam aeternam. Il a réussi la prouesse de mettre au vert tous les voyants de son système, et pour le reste, la belle mécanique est appelée à fonctionner à merveille, comme sur des roulettes : le réchauffement de ses relations avec le Soudan le met à l’abri de ses rebelles traditionnels ; la récente découverte de l’or noir dans son pays renfloue ses caisses et il peut s’armer à volonté ; et, dernier mais pas le moindre, le soutien indéfectible de l’ami Sarko, qui constitue, à n’en point douter, le plus solide de ses remparts. Avec autant d’atouts en mains, l’homme fort de N’Djamena peut voguer tranquille : il a de beaux mandats devant lui.

222502Il devrait cependant se souvenir que certaines apparences sont trompeuses. D’autres dictateurs, avant lui, ont réussi la gageure de se faire élire avec des scores faramineux, juste quelque temps avant que la tempête de l’aspiration de leurs peuples à plus de dignité et de liberté les emporte comme de vulgaires fétus de paille. Les élections remportées haut la main, avec la facilité et les chiffres que l’on sait, à ce jour ne trompent plus personne. Bien plus, elles constituent souvent comme les prémices indéniables qu’à plus ou moins long terme, les populations que l’on se sera ingénié à tromper, un jour se réveilleront, vous vomiront et le châtiment alors se révélera sans rémission.

Juste avant la tenue de la dernière présidentielle, Déby, un tantinet persifleur et cynique, accusait ses opposants de se retirer par peur d’être battus. Il oubliait d’ajouter que lui avait fait feu de tout bois pour se maintenir au pouvoir en prévision de chantiers pétroliers à terminer. Et le plus malheureux dans l’histoire c’est qu’ils sont rarissimes, les dirigeants du continent noir capables de lui en faire la leçon. Ils sont légion, par contre, ces chefs d’Etat africains qui, avant lui, auront utilisé les mêmes méthodes avec, à la clé, des fortunes diverses.

De ce côté-là, on ne devra pas attendre grand-chose. Demeure présente une lueur cependant : la tête ne pouvant donner l’exemple, on devra se contenter de celui proposé par le corps. Et là, l’exemple vient du Maghreb : soudain, puissant et renversant. Comme une révolution de jasmin.

Jean Claude Kongo

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Published by Rdpl, mieux vivre-ensemble - dans Actualités Nationales
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