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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 13:33

imagesc.jpgLe 25 mai 1963, l’empereur éthiopien Hailé Sélassié s’adresse aux représentants des pays africains, venus à Addis Abeba, pour s’entendre sur les modalités de la création d’une organisation commune, qui deviendra l’Organisation de l’unité africaine.

Il s’agit d’un jour capital et historique pour l’Afrique et tous les Africains. Nous sommes aujourd’hui sur la scène internationale face à un public international. Nous nous sommes réunis pour affirmer notre rôle dans la conduite des affaires du monde et pour conférer de notre pouvoir au grand continent et aux 250 millions de gens que nous dirigeons. L’Afrique se trouve aujourd’hui à mi-chemin, en transition de l’Afrique d’hier à l’Afrique de demain. Nous sommes ici en train de sortir du passé et d’avancer vers l’avenir. La tâche que nous nous sommes fixée, la construtc tion de l’Afrique, attendra. Nous devons agir, préparer et former l’avenir, laisser notre marque sur les évènements alors qu’ils disparaissent dans l’histoire.

Au cours de cette conférence, nous devons déterminer si nous sommes prêts à aller de l’avant et à tracer le cours de notre destinée. Il n’est pas moins important que nous sachions d’où nous venons. La connaissance de notre passé est essentielle à la définition de notre personnalité et de notre identité en tant qu’Africains.

Le monde n’a pas été fait par morceaux. L’Afrique n’a pas été créée ni plus tôt, ni plus tard qu’aucune autre région géographique de ce globe. Les Africains possèdent tous les attributs humains, ni plus ni moins que les autres hommes. Ils en ont les talents, les vertus, aussi bien que les défauts.
Il ya quelques milliers d’années, des civilisations prospères ont existé sur ce continent. Celles-ci n’étaient en rien inférieures à celles qui existaient alors dans d’autres continents. Les Africains étaient politiquement libres et économiquement indépendants. Ils avaient leur propre structure sociale, et leurs cultures étaient véritablement autochtones.

L’obscurité qui entoure ces siècles entre les premiers jours et la redécouverte de l’Afrique est en train de se dissiper. Ce qui est sûr c’est que durant ces longues années, des Africains sont nés, ont vécu et sont morts. Des hommes des autres régions du monde ne se préoccupaient que d’eux-mêmes, et dans leur suffisance, proclamaientt que le monde commençait et finissait selon leurs vues, avec leurs horizons. Inconnue à ces hommes, l’Afrique développait ses propres sociétés, vivant sa propre vie, et au XIXe siècle, finalement réémergeait dans la conscience du monde.

Point n’est utile de revenir longuement sur les évènements de ces 150 dernières années. La période coloniale culmina par la mise en chaîne et l’asservissement de notre continent. Nos peuples, autrefois fiers et libres, furent réduits en en esclavage et humiliés. L’Afrique a été tailladée et on lui a imposé des frontières artificielles et arbitraires. Nombre d’entre nous, au cours de ces années d’amertume, ont été vaincus dans des batailles, et ceux qui ont échappé à la conquête l’ont fait au prix d’une résistance desespérée et sanglante. D’autres ont été vendus au prix imposé par les colonialistes  pour leur « protection »  et celle des territoires dont ils jouissaient. L’Afrique était une ressource qui devait être exploitée et les Africains des biens physiques à acheter, ou au mieux des populations à réduire à l’état de vassaux et de laquais. L’Afrique était le marché pour les produits d’autres nations et la source des matières premières qui nourrit leurs usines.

Aujourd’hui, l’Afrique est sortie de cette sombre période. L’Armageddon fait partie du passé. L’Afrique vient de renaître comme un continent libre, et les Africains comme des hommes libres. Le sang qui a été versé et les souffrances éprouvées sont les meilleurs gages de notre liberté et de notre unité. Quel que soit le lieu de notre rencontre, c’est avec respect que nous nous souviendrons de tous ces Africains qui refusèrent d’accepter le jugement passé contre eux par les colonialistes et les impérialistes, de tous ceux qui eurent espoir, sans faiblir, dans les moments les plus sombres, en une Afrique libérée de toute servitude politique, économique et spirituelle.
Beaucoup d’entre eux n’ont jamais mis les pieds sur ce continent. D’autres, au contraire, y sont nés et y sont morts. Ce que nous pouvons dire aujourd’hui n’ajoutera pas beaucoup à l’héroïque combat de ceux qui, par leur exemple, nous ont montré combien la liberté et la dignité humaine sont précieuses, et combien la vie a peu de valeur sans ces notions. Leurs faits et actions sont inscrits dans l’histoire.

La victoire de l’Afrique, bien qu’évidente, n’est pas encore complète, et des zones de résistance perdurent. Aujourd’hui, notre plus grande tâche est la libération finale de ces Africains encore dominés par l’exploitation et sous le contrôle de puissances étrangères. Avec cet objectif et ce triomphe sans condition à notre portée, ne faillissons pas, ne traînons pas, ne nous reposons pas. Nous devons faire cet ultime effort. Ne soyons pas las de nos combats quand tant de choses ont déjà été accomplies que l’excitation du travail accompli nous amène près de la satiété. Notre liberté n’a pas de sens tant que tous les Africains ne sont pas libérés. Nos frères dans les Rhodésies, au Mozambique, en Angola, en Afrique du Sud, implorent dans l’angoisse notre soutien et notre aide. Nous devons faire pression en leur nom pour qu’ils puissent accéder à une indépendance pacifique. Nous devons nous rallier leurs rangs et nous identifier avec toutes les formes de leur combat. Ce serait une trahison si nous nous contentions de faire semblant de les soutenir et que nous ne traduisions pas nos paroles par des actes.

À ceux-là, nous disons, vos appels ne seront pas vains. Les ressources de l’Afrique et de toutes les nations qui sont éprises de liberté se mobilisent pour vous. Soyez courageux, votre délivrance est proche.

Alors que nous renouvelons nos voeux pour que toute l’Afrique soit libres, essayons de panser nos vieilles blessures et oublions nos cicatrices. C’est ainsi que l’Ethiopie a traité son envahisseur il y a 25 ans, et les Ethiopiens ont trouvé la paix avec honneur de cette manière. Les souvenirs des injustices passées ne doivent pas nous détourner des affaires plus pressantes. Nous devons vivre en paix avec nos anciens colonisateurs, faire taire les récriminations et l’amertume, renoncer au luxe de la vengeance et des représailles, ne pas laisser l’acidité de notre haine entamer nos âmes et empoisonner nos coeurs. Agissons en accord avec la dignité que nous avons réclamée pour nous, Africains, fiers de nos caractères spécifiques, de notre particularisme et de nos compétences. Nos efforts d’hommes libres doivent permettre d’établir de nouvelles relations, dépourvues de resentiment et d’hostilité, restaurer notre confiance et notre foi en nous-mêmes en tant qu’individus, sur la base de l’égalité avec les autres peuples libres.

Aujourd’hui, nous regardons vers le futur, calmement, avec confiance et courageusement. Notre vision de l’Afrique n’est pas seulement celle d’une Afrique libre mais celle d’une Afrique unie. Face à ce nouveau défi,  nous pouvons trouver réconfort et encouragement dans les leçons du passé. Nous savons qu’il y a des différences entre nous. Les Africains sont issus de différentes cultures, avec des valeurs et des caractères particuliers.  Mais nous savons aussi que cette unité peut exister et a été possible avec des hommes d’origine disparate, que les différences de race, de religion, de culture, de tradition,  ne constituent pas un obstacle insurmontable au rassemblement futur des peuples. L’histoire nous enseigne que l’unité c’est la force,  et nous avertit que nous aurons à  surmonter et dépasser nos différences dans la quête des objectifs communs, à nous efforcer, tous unis,  d’ouvrir le chemin à une véritable fraternité et unité africaine.

Certains prétendent que l’unité africaine est impossible à atteindre, que trop de forces nous en empêchent, que ce soit dans cette direction ou celle-là, et que nous ne vaincrons pas ces résistances. Il n’y a ni doute, ni pessimisme, ni absence de critiques et de commentaires. Ils parlent d’Afrique, du futur de l’Afrique et de sa place au XXe siècle sur des tons sépulcraux. Ils prédisent les dissensions, la désintégration au sein des Africains, les luttes fratricides et le chaos pour notre continent. Confondons-les et par nos actes, jetons les dans la confusion.

 Il y a les autres dont les espoirs portés sur l’Afrique brillent de tout leurs feux, qui debout, le visage éclairé par l’émerveillement et l’admiration à l’idée d’une vie nouvelle plus heureuse, à laquelle ils se sont commis pour sa réalisation et sous l’impulsion de leurs frères auxquels ils doivent les gains du passé. Récompensons leur confiance et méritons leur approbation.

La route vers l’unité africaine est déjà jalonnée de repères. Ces dernières années nous avons eu des rencontres, des conférences, des déclarations, des engagements. Des organisations régionales se sont créées. Des groupes locaux d’intérêts communs, de même origine ou de traditions ont été constitués.

A travers tout ce qui a été dit, écrit et accompli ces dernières années, il y a toujours eu le même thème. L’unité est l’objectif reconnu. Nous discutons sur les moyens; nous discutons sur les voies alternatives pour le même but; nous nous sommes engagés dans des débats sur les techniques et les tactiques. Mais quand on retire la sémantique, il n’y a pas de dispute entre nous. Nous sommes déterminés à créer l’union des Africains.

Au sens strict du terme, notre continent n’est pas encore construit; il attend encore sa création et ses créateurs. Il est de notre devoir et de notre privilège de réveiller le géant endormi de l’Afrique, non pas pour répondre au nationalisme européen du XIXe siècle, non pas pour répondre à une conscience régionale, mais pour la vision d’une unique fraternité africaine, mettant toutes ses forces unies dans l’accomplissement d’un objectif plus grand et plus noble.

Par-dessu tous, nous aurons à éviter les pièges du tribalisme. Si nous nous divisons selon des lignes tribales, nous ouvrons nos portes aux interventions étrangères et à leurs conséquences potentiellement dommageables. Le Congo est la preuve évidente de ce que nous sommes en train de dire. Nous ne devrions pas nous laisser entraîner par la complaisance au vu de l’amélioration de la situation dans ce pays. Les Congolais ont souffert de maux qui n’ont pas encore été dits et la croissance économique du pays a été retardée par les luttes tribales.

(…)

Cepenant, nous ne devrions pas nous inquiéter : notre unité ne peut se construire en un jour. L’unité que nous cherchons viendra graduellement. Elle progressera de jour en jour, nous emmenant lentement mais inexorablement dans sa course. Nous avons devant nous les exemples des Etats-Unis et de l’Union des Républiques Socialistes et Soviétiques. Nous devons nous souvenir combien de temps ils ont eu besoin pour achever leur unité. Quand les fondations sont solides, si le maçon est capable et que les matériaux sont de bonne qualité, la maison à construire sera solide.

(…)

Ce dont nous avons besoin est d’une seule organisation qui parlera d’une seule voix pour toute l’Afrique, au sein de laquelle les problèmes de l’Afrique seront analysés et résolus. Nous avons besoin d’une organisation qui permettra des solutions acceptables aux disputes inter-africaines et qui promouvra l’étude et l’adoption des mesures de défense commune et des programmes de coopération dans les domaines économiques et sociaux. A l’occasion de cette conférence, créons une seule institution à laquelle nous appartiendrons tous, basée sur les principes auxquels nous souscrivrons, confiants que dans ses conseils, nos voix auront leur poids, sécurisé par le fait de savoir que les décisions qui seront prises le seront par des Africains, et seulement par des Africains, et qu’elles prendront entièrement en compte les considérations vitales des Africains.

Nous sommes réunis ici pour jeter les bases de l’unité africaine. Nous devons par conséquent, ici même et aujourd’hui, nous mettre d’accord sur l’instrument de base qui constituera le fondement du développement futur de ce continent dans la paix, dans l’harmonie et dans l’unité.

( …)

Cette conférence ne peut se terminer sans l’adoption d’une Charte africaine unique. Si nous nous laissons guider par le souci d’un intérêt étroit et par une vaine ambition, si nous échangeons nos croyances pour des avantages à court terme, qui prêtera foi à nos paroles, qui croira à notre désintéressement ? Nous devons faire connaître nos opinions, sur les grands problèmes qui préoccupent le monde, avec courage et avec sincérité, en disant ce qui est.

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Published by Rdpl, mieux vivre-ensemble - dans Afrique
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