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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 11:11

Dès son discours du Bourget, le 22 janvier, le candidat socialiste avait hiérarchisé ses priorités et précisé son calendrier. Il n'entend pas se reposer sur ses lauriers.

3637816.jpgCe sera un blitz ! Parole de candidat : les banquiers, les traders et les spéculateurs de tout poil savent désormais ce qui les attend. Non seulement François Hollande désigne son adversaire - "le monde de la finance" - mais il dévoile aussi le calendrier de son offensive. "Ici dans notre pays, sans même attendre le renouvellement de l'Assemblée nationale, j'engagerai, avec les nouveaux ministres et le nouveau gouvernement, les premières mesures contre la finance et pour la réforme bancaire", a-t-il lancé dimanche [22 janvier], au Bourget.

Cette déclaration de guerre éclair a surpris, y compris ses proches. "C'est trop tôt, beaucoup trop tôt pour s'avancer de la sorte. Attention à la surchauffe !", s'inquiète un de ses lieutenants. Pourtant, c'est bien ainsi qu'Hollande conçoit son action : "Pas un instant nous ne resterons inactifs. Le quinquennat ne sera pas une volte-face, un zigzag, une contradiction. D'ores et déjà, nous savons où nous voulons aller. Nous connaissons les temps, les périodes, les rythmes."

Les effusions seront de courte durée

François Hollande ne s'est pas contenté d'installer son projet au coeur de la campagne, de le détailler et le chiffrer. Il l'a aussi planifié. Les effusions seront de courte durée. Le candidat socialiste n'entend pas se reposer sur ses lauriers. Il faudra concrétiser tout de suite le slogan de sa campagne : "Le changement, c'est maintenant. " Passer aux travaux pratiques, sans attendre. Modifier la donne pour entraîner le pays. Les principales mesures doivent être enclenchées dès les cent premiers jours : "Le quinquennat s'ouvrira sur des réformes de structure, celles qui constitueront un redressement dans la justice, le redressement économique, la réforme fiscale, le pacte éducatif, la décentralisation. Nous traiterons aussi les urgences, l'emploi et, notamment, l'emploi des jeunes, le logement, la santé."

François Hollande a validé cette démarche. Il n'en est pas l'initiateur. Dès le printemps dernier, Martine Aubry avait confié à Laurent Fabius le soin de rédiger un rapport préfigurant la première année de la chaine législature. Une tâche dont l'ancien Premier ministre s'est acquittée avec sa minutie habituelle. "Laurent Fabius avait bien préparé le terrain et nous l'avons associé étroitement à notre réflexion", confirme Michel Sapin, le responsable du projet présidentiel. Les premiers mois d'un virtuel gouvernement Hollande s'annoncent donc particulièrement denses.

Faire du Sénat un laboratoire du hollandisme

Le gouvernement sera formé dès le milieu du mois, après la passation de pouvoir. Sans attendre les législatives de juin, Hollande entend ainsi soumettre au Sénat, acquis à la gauche, une rafale de projets de lois emblématiques. Objectif : faire de la chambre haute un laboratoire du hollandisme et montrer que les réformes n'attendent pas. Hollande y voit deux avantages : profiter à plein d'un état de grâce qui promet d'être bref. Créer aussi une dynamique électorale capable de lui assurer une nette majorité à l'Assemblée. A peine élue, celle-ci siégera en session extraordinaire durant tout l'été. Comme en 1981...

"Nous savons que nous avons des moyens limités, mais que nous avons la volonté !", a proclamé le candidat, au Bourget. Simple effet de tribune ou quintessence d'une ambition réaliste ? Hollande veut échapper aux habituels reproches de pusillanimité, d'indécision et d'immobilisme. Son agenda est l'expression d'un véritable choix stratégique qui vise à se démarquer systématiquement de Nicolas Sarkozy et de son quinquennat brouillon. Son volontarisme à lui sera ordonné et justifié : "Ce n'est pas en improvisant en fin de mandat des mesures politiques, économiques, sociales qui ont tant manqué depuis cinq ans que les Français pourront être sérieusement convaincus que le changement se fera."

Pas question de reproduire les erreurs de 1981

DSCN1294.JPGPour Hollande, le redressement doit précéder la redistribution. Pas question, à l'instar de Sarkozy, de multiplier les cadeaux fiscaux en début de mandat pour imposer l'austérité en bout de course. Pas question non plus de reproduire les erreurs de 1981 en dépensant sans compter pendant dix-huit mois avant de prendre, contraint et forcé, le tournant de la rigueur. Ou de commettre la faute de 2000 en baissant les impôts, comme Jospin et Fabius, sans agir sur la dette.

Selon lui, il n'est plus possible à un gouvernant placé sous la surveillance des agences de notation de promettre ce qu'il ne peut pas financer ou ce que les employeurs ne peuvent supporter. Soucieux des deniers publics, Hollande ne propose pas d'augmenter les bas salaires, engagement rituel de la gauche prôné par Ségolène Royal en 2007, par Martine Aubry durant la campagne de la primaire ou encore aujourd'hui par Jean-Luc Mélenchon. Dire la vérité : voilà le message réaliste de François Hollande, ce mendésiste qui se pare du verbe mitterrandien. "C'est ensuite que nous pourrons redistribuer ce que nous aurons créé, ce que nous aurons fabriqué, ce que nous aurons engagé, ce que le pays aura pu, par son redressement, favoriser."

Un strict échéancier d'économies budgétaires

Avant l'hypothétique réconfort, ce sera donc l'effort ! Si Hollande cogne aussi fort sur le monde de la finance, c'est pour mieux faire passer, dans son camp, une politique d'extrême rigueur, mise en oeuvre sans délai. Hollande compte faire voter au plus vite une la loi de programmation budgétaire - sa "règle d'or" à lui ! Le premier acte de la nouvelle législature consistera à adopter, pour l'ensemble du quinquennat, un strict échéancier d'économies budgétaires afin de ramener le déficit public à 3% du PIB en 2013 et à l'équilibre en 2017.

A rebours d'une tradition socialiste bien établie, François-le-rigoureux s'engage "à ne pas augmenter le nombre de fonctionnaires" même si "la règle aveugle" du non-remplacement d'un agent sur deux partant à la retraite sera supprimée. La création de 12.000 postes dans l'enseignement ou d'un millier de postes de policiers, gendarmes ou magistrats par an dans les nouvelles "zones prioritaires de sécurité" ne pourra être obtenue qu'en retranchant le même nombre d'agents dans d'autres corps de la fonction publique. Reste encore à indiquer lesquels !

Hausse des impôts

DSCN1289.JPGPour maintenir l'équilibre auquel il prétend, Hollande prévoit aussi, sans la nommer, une hausse des impôts. Avec une règle unique : respecter, dans toutes ses décisions, un principe de "justice". Un effort particulier sera demandé aux ménages les plus fortunés. Dès les premières semaines de la législature seront également jetées les bases de la réforme fiscale, clé de voute du redressement.

Création d'un tranche d'imposition supplémentaire à 45% pour les foyers fiscaux affichant plus de 150.000 euros de revenu annuel ; limitation à 10.000 euros annuels des avantages fiscaux ; début d'un rapprochement entre une CSG progressive et un impôt sur le revenu et les sociétés débarrassé des niches fiscales sans utilité : au total, c'est une trentaine de milliards de recettes supplémentaires que François Hollande compte retirer de cet aggiornamento. D'autres économies doivent provenir du "nouvel acte de la décentralisation" qui doit être mis en oeuvre durant la première année du quinquennat. Dans le viseur : les services déconcentrés de l'Etat qui font souvent doublon avec ceux des collectivités territoriales.

Réformes institutionnelles

Dans la foulée, Hollande entend lancer aussi des réformes institutionnelles : indépendance de la justice, nouveau statut pénal du chef de l'Etat et surtout refondation du dialogue social. C'est d'ailleurs grâce à ce nouveau dialogue que doit être préparée la prochaine réforme des retraites. Mais pour commencer, Hollande veut rétablir le droit de partir à 60 ans pour les salariés aux carrières longues ayant cotisé 41,5 annuités.

Pour marquer sa volonté de s'attaquer au chômage des jeunes, le candidat socialiste tient bon sur le principe, pourtant contesté dans la primaire socialiste, d'un "contrat de génération". Mais depuis l'automne, il l'a reformaté. Ce dispositif prévoit des exonérations de charges pour tout employeur d'un senior et d'un junior liés par un engagement de tutorat. Elles seront prélevées sur l'enveloppe des exonérations de charges existante - "c'est une mesure déjà financée" , répète-t-on chez Hollande. Elles porteront sur 500.000 postes - et non un million comme prévu initialement - pour un coût estimé à 2,5 milliards d'euros. Dans le même temps, la nouvelle banque publique d'investissement pour les PME sera créée afin d'instaurer un nouveau "pacte productif".

Discuter avec Obama, Hu Jintao, Merkel et Cameron

Dès la fin mai, Hollande veut prendre son bâton de pèlerin. "Si les Français m'en donnent mandat, mon premier déplacement sera pour rencontrer la chancelière d'Allemagne et pour lui dire que nous devons ensemble changer l'orientation de l'Europe vers la croissance et dans le lancement de grands travaux." Admis à la table des grands de ce monde, le nouveau président se rendra, le 20 mai, à Chicago, au sommet du G8 et de l'Otan, "pour engager le retrait de nos troupes d'Afghanistan" et discuter avec Barack Obama, Hu Jintao, Angela Merkel et David Cameron d'une plus stricte régulation de la finance mondiale.

On le voit, l'agenda du président Hollande ne manque pas d'ambition. Mais ce qui n'est encore qu'une fiction permet aussi de mesurer les difficultés qui l'attendent. Particulièrement à l'extérieur de nos frontières. En Grèce, l'angoissant feuilleton de la crise financière européenne rebondit déjà. Et la bonne volonté d'un François Hollande, même paré de l'onction du suffrage universel, peut sembler un peu juste pour modifier la donne.

"Comment Hollande compte-t-il s'y prendre pour faire changer d'avis Merkel ?", s'interroge-t-on du côté de l'UMP. Le socialiste parie à terme sur un "effet de contagion" : les élections législatives allemandes de septembre 2013 pourraient porter au pouvoir une coalition de sociaux-démocrates et d'écologistes. 

"Réenchanter le rêve français"

Sur la scène internationale, sa croisade contre les produits financiers déconnectés de l'économie réelle, les paradis fiscaux et les financiers "qui gagnent plus en dormant que les salariés en travaillant" risque de se heurter au scepticisme des dirigeants anglo-saxons. Hollande, qui veut "réenchanter le rêve français", se pose en dernier rempart d'une culture politique de l'égalité et du progrès social qui remonte à la Révolution française.

Une exception culturelle, en quelque sorte. Sarkozy et ses troupes dénoncent un"discours démagogique et archaïque" et lui opposent la loi d'airain des vainqueurs de la guerre économique. Un piètre argument électoral dans un pays demandeur de protection et d'espérance, mais une réalité qui risque aussi de rattraper son éventuel successeur dès l'entame de son mandat. La crédibilité d'un nouveau président se jouera bien en cent jours...

(Article publié dans "le Nouvel Observateur" du 26 janvier 2012)

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Published by Rdpl, mieux vivre-ensemble - dans Monde
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