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18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 20:48

000_Par2618128_0.jpgC'est une éviction qui avait alors fait grand bruit. Le ministre français de la Coopération limogé pour avoir voulu porter le coup de grâce à la Françafrique et critiquer les Etats pétroliers d'Afrique centrale. C'était en 2008. Jean-Marie Bockel revient aujourd'hui sur cet épisode dans un livre publié cette semaine, Trajectoire plurielle, aux éditions Alpharès. Il est aujourd'hui sénateur de l'Union des démocrates et indépendant (UDI) et s'intéresse toujours de près à l'Afrique.

RFI: Dans ce livre, vous revenez sur votre passage au ministère de la Coopération et sur votre limogeage. Vous dites : « Le président me congédie alors que je ne faisais que suivre la nouvelle politique qu’il avait définie ». Vous en voulez à Nicolas Sarkozy ?

 

Jean-Marie Bockel : Non, je ne lui en veux pas. J’ai eu l’occasion de m’en expliquer avec lui bien après. Je suis capable de comprendre ce que l’on appelle « la raison d’Etat », c’est-à-dire la décision qu’il peut être amené à prendre à un moment donné, que mes déclarations et ses conséquences dans la relation avec certains chefs d’Etat présentent plus d’inconvénients que d’avantages. Mais je l’ai quand même dit. Je voulais aussi expliquer dans ce livre que ce n’était pas un coup de gueule intempestif ou une envie de me démarquer à gauche, pour tomber à gauche, ou que sais-je, puisqu’en acceptant ce poste je savais que j’étais en phase avec le discours de Cotonou et la nouvelle politique africaine de la France.

 

Aujourd’hui, je ne parlerai plus de vouloir signer l’acte de décès de la Françafrique, parce que la Françafrique au sens des vieux réseaux, de l’Afrique-France, de l’interférence dans les vies politiques de la France par certains chefs d’Etat, c’est vraiment en fin de vie. Je ne dis pas que ça n’existe pas ici ou là, mais c’est une page qui s’est quand même un peu tournée. On est passé à autre chose, heureusement !

 

Mais justement, l’appui discret de la France à la destitution de Michel Djotodia, l’ex-président de la transition en RCA, est-elle une reculade, un retour de la France faiseuse de rois ?


Non, c’est tout à fait une autre histoire. Aujourd’hui, nous sommes dans un cadre multilatéral, on ne fait rien sans l’accord des Nations unies, sans que l’Union africaine ne soit participante à ces démarches…

 

Oui mais c’est la France qui donne l’impulsion quand même…


Oui mais, au fond, pourquoi pas ? L’Afrique ne nous le reproche pas pour l’essentiel. Et aujourd’hui l’exemple que vous avez cité de la Centrafrique, c’est quelque chose qui s’est discuté essentiellement à un niveau africain. La France n’a pas destitué un président. On vit une époque où les pays émergents sont là, ils n’ont pas toujours nos scrupules, ils sont devenus des partenaires économiques et tant mieux. Et nous avons à la fois perdu une certaine influence à l’ancienne.

 
Michel Djotodia, le 8 décembre 2013 à Bangui. «La France n'a pas destitué un président», affirme Jean-Marie Bockel.
REUTERS/Herve Serefio

Nous sommes [pourtant] encore là. Il y a une attente de la France en Afrique et pas seulement en Afrique francophone et nous pouvons recouvrer une certaine influence culturelle, linguistique, économique, géopolitique, mais dans une relation d’égal à égal. Les choses ont changé, n’ayons pas peur.

 

Justement lors du sommet Françafrique, on a constaté le retard de la présence française en matière économique. En s’occupant de la sécurité et en laissant finalement l’économie aux autres, en caricaturant, la France a-t-elle raté le coche et n’est-elle pas le dindon de la farce ?


La France a laissé passer des trains mais la France est restée présente. Nous avons des fleurons de l’économie française présents en Afrique.

 

Le sommet a été également, en parallèle, l’occasion d’un sommet économique à Bercy - où d’ailleurs j’étais -, et où on voit qu’il y a une volonté forte de la France de reprendre pied sur le plan économique, et pas reprendre pied à partir d’une disparition puisque nous sommes toujours là, fortement. Voyons aussi la bouteille à moitié pleine. Mais nous devons aussi valoriser davantage nos atouts.

 

Il ne s’agit pas d’être le dindon de la farce. Nous ne sommes pas là, nous n’exerçons pas cette influence simplement pour avoir des contreparties économiques. Nous sommes là aussi pour défendre notre propre sécurité, celle du continent européen. Mais cette influence qui s’exerce de différentes manières, ces échanges qui s’intensifient actuellement, ça doit être aussi être l’occasion d’opportunités économiques. Au fond, la partie n’est pas perdue.

 

Finalement mon livre, qui rappelle mon engagement, a été peut-être précurseur, peut-être que moi j’ai été celui qui a dit la vérité à un moment donné et qui forcément a été sacrifié, mais qui n’en est pas mort pour autant. Mon livre rappelle bien cet épisode, sans amertume ni haine.

 

Savez-vous aujourd’hui qui est derrière votre éviction ? L’ex-président gabonais, Omar Bongo, comme l’a dit l’avocat Robert Bourgi ?


Il y avait à la fois un profond agacement des vieux réseaux qui se sentaient un peu perturbés. Il y a eu la convergence de mes déclarations et des articles de presse – les premiers à l’époque -, sur la question des biens mal acquis, qui a donné le sentiment à certains chefs d’Etat qu’il y avait une sorte de complot. Ce qui n’était pas le cas, c’était fortuit. Il y a eu un faisceau d’éléments qui ont fait qu’à un moment donné, Claude Guéant a considéré que j’étais plus un handicap dans la relation avec ces pays. Il a su en convaincre Nicolas Sarkozy et certains intermédiaires, des gens comme Robert Bourgi ont certainement joué un rôle. Mais personne n’a joué un rôle déterminant à lui seul.

 

Vous revenez également sur le discours de Dakar prononcé par Nicolas Sarkozy, sur les coulisses de ce discours, mal préparé, écrit au dernier moment. La salle n’était pas climatisée. Vous cherchez des excuses à Nicolas Sarkozy ?


Non, je cherche des explications parce que je considère que Nicolas Sarkozy est sincère dans son discours de Cotonou. Il a d’ailleurs réédité l’esprit de ce discours à Cap Town et j’étais à ses côtés après Dakar. Au fond ce que je veux dire, c’est que Dakar était une mauvaise parenthèse.

 

Quand j’étais à l’école, parfois on mettait en marge de mes rédactions « mal dit ». Ce n’est pas un contre sens, c’est mal dit. Et à l’oral, ce qui peut se concevoir à l’écrit, comme une parenthèse historique peut-être maladroite, et à l’oral ça tape complètement à côté de la plaque et c’est ce qui s’est passé. J’essaie d’expliquer pourquoi quelqu’un d’intelligent comme Sarkozy qui est quand même capable de faire de très beaux discours, s’est, sur Dakar, fourvoyé. C’est vrai que j’ai été un témoin direct, c’est moi qui allais chercher les feuilles du discours à la photocopieuse de l’avion pour les apporter ensuite à l’avant où avec Levitte [Jean-David Levitte, conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, ndlr], Joubert [Bruno Joubert, patron de la cellule Afrique de l'Elysée] et quelques autres, nous lisions avant de les passer dans la cabine avant à Sarkozy. Et tout cela, une heure et demie avant d’atterrir.

 

Vous n’aviez pas « tiqué » sur le moment ?


On a lu un discours au pied levé, peut-être qu’on a tiqué comme ça, comme on a pu tiquer sur d’autres phrases, puis ensuite « advienne que pourra », on atterrit etc. On ne s’est pas dit « mon Dieu, il faut absolument rayer ce paragraphe ». C’est à l’oral, en l’écoutant, qu’on s’est dit « houlà, il y a un hic ». C’est parfois comme ça dans la vie.

 

Source: rfi.fr

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Published by Rdpl, mieux vivre-ensemble - dans Monde
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