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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 12:03

3643815.jpgAVEC «BOOKS». Le continent a désormais les moyens de décoller. Mais le comportement prédateur des dirigeants et la faiblesse de l’Etat de droit pourraient faire de ce moment historique une occasion manquée. Sauf si… Entretien avec Stephen Ellis, historien britannique spécialiste de l’Afrique, à lire dans le «BoOks» du mois de mai.

BoOks Partagez-vous l’optimisme qui semble régner depuis quelque temps à l’égard de l’avenir du continent, notamment dans les milieux anglo-saxons?

Stephen Ellis Depuis sept ou huit ans en effet, les hommes d’affaires occidentaux que je rencontre se disent convaincus que l’Afrique change et la considèrent comme une région très prometteuse pour les investissements. De fait, le continent connaît une profonde mutation. Notamment en raison de l’explosion démographique spectaculaire qu’elle connaît: l’Afrique compte aujourd’hui un milliard d’habitants, contre environ 150 millions au début du XXe siècle.

C’est la plus forte hausse de l’histoire de l’humanité. Sa place dans le monde en est bouleversée. Cette population jeune dynamise la demande et donc les échanges avec le reste de la planète. C’est l’un des ressorts du rapprochement spectaculaire que l’on observe entre le continent et le premier exportateur mondial, la Chine.

La Chine joue-t-elle vraiment un rôle clé dans la dynamique économique africaine?

29157473_p-1-.pngSes besoins en matières premières sont considérables et Pékin n’a qu’une confiance relative dans les marchés mondiaux. La Chine s’approvisionne donc de plus en plus en Afrique. Elle y achète notamment 30% de son pétrole. Et elle s’assure de la stabilité de sa relation avec les pays de la région en leur accordant des crédits privilégiés et en construisant des infrastructures. On estime que 250.000 à un million de Chinois sont aujourd’hui présents sur le continent.

D’une manière générale, la flambée du prix des matières premières provoquée par le développement de l’Asie dope la croissance africaine, qui dépasse dans certains pays les 6% l’an.

Faut-il y voir également l’effet d’un changement de politique économique?

De nombreux pays du continent se sont désendettés et les réformes entreprises depuis le début des années 1990 ont favorisé l’émergence d’institutions financières plus efficaces et de places boursières dignes de ce nom. En outre, des pays comme le Ghana ou le Nigéria ont aujourd’hui des cadres de très haut niveau, diplômés de Yale ou Harvard, qui ont travaillé longtemps à la City ou à Wall Street, et sont revenus au pays dotés d’une parfaite connaissance des méthodes des principaux centres financiers de la planète.

Pour toutes ces raisons, l’Afrique a aujourd’hui une occasion unique de connaître non seulement une véritable croissance, mais aussi un développement social et politique réel. Je crains cependant que des individus habitués à manipuler la dépendance continuent à le faire, et jouent les Chinois contre les Occidentaux non pour le bien-être de leur population mais pour dégager les rentes qui échoient traditionnellement en Afrique à ceux qui occupent des positions de pouvoir.

Qu’entendez-vous par «habitués à manipuler la dépendance»?

nicolas-sarkozy-idriss-deby-2009-10-16-12-43-52De nombreux hommes politiques et acteurs économiques africains ont appris leur métier et sont devenus ce qu’ils sont en vivant de la relation de dépendance qu’ils entretiennent avec le reste du monde. Leur objectif est de générer des bénéfices pour eux-mêmes et leurs soutiens plutôt que pour la société dans son ensemble.

Dans les années 1960, des marchés sordides ont été conclus entre les hommes politiques africains et la puissance coloniale sur le départ. L’accès au pouvoir était en effet essentiel pour cette génération de responsables, qui avait senti venir l’indépendance mais ne disposait pas d’une base politique suffisamment nantie pour financer ses ambitions: le contrôle de l’appareil d’État était pour eux un moyen de générer des fonds pour leurs mouvements politiques, en rançonnant les entreprises à l’affût des contrats publics. Cette forme de prédation leur permettait notamment de distribuer des prébendes en échappant à toute relation de dépendance fiscale – et donc politique – avec leurs propres citoyens.

Quel rôle a joué l’aide au développement dans ce contexte?  

C’est l’un des principaux ressorts de cette relation de dépendance pernicieuse: l’Afrique a reçu environ 1 trillion de dollars d’aide depuis 1945, avec l’efficacité que l’on sait en termes de développement, et l’efficacité que l’on sait en termes de durée de vie de certains régimes.

Il faut revoir de fond en comble le système. Combattre la désertification, soutenir les systèmes sanitaires, convaincre les jeunes Africains que l’émigration clandestine n’est pas un rite de passage, tout cela nécessite un personnel qualifié pour travailler avec des réseaux et des acteurs qui agissent hors de la sphère étatique sans pour autant prendre la forme d’ONG au sens classique.

Mais cette réforme est extraordinairement difficile, en raison du rôle des ONG. Si celles-ci étaient un pays, ce serait la cinquième puissance économique mondiale.

Certaines de ces organisations sont très compétentes, d’autres le sont beaucoup moins, et certaines sont de pures entreprises de racket. Il faudrait pouvoir remettre tout cela à plat. Mais des dizaines de milliers d’Occidentaux commenceraient à craindre pour leur poste si on supprimait certaines missions ou certaines organisations ou – pire que tout – si l’Afrique cessait d’avoir besoin d’aide.

Propos recueillis par Sandrine Tolotti

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Published by Rdpl, mieux vivre-ensemble - dans Afrique
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