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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 20:48

En Afrique de l’Est la sécheresse est en train de provoquer une famine qui touche plusieurs pays (Somalie, Ethiopie, Kenya...) alors qu’au Kenya les cultures privilégiées sont, les fleurs (premier fournisseur de roses de l’Union européenne), le thé, le café... Cherchez l’erreur.

Dans une région qui subit trop souvent des famines, on cultive des roses... Au profit de qui ? La réponse donnée par Audrey Garric, journaliste au Monde : "Ces roses, une fois coupées au Kenya, sont toutes acheminées vers la bourse aux fleurs d’Amsterdam, où elles sont achetées par de grandes enseignes qui leur apposent la mention "Origine : Pays-Bas". Elles sont ensuite réexpédiées par avion aux quatre coins du monde pour se retrouver sur les étals français, anglais, allemands, américains ou russes, après avoir parcouru des milliers de kilomètres et pollué d’autant l’atmosphère."

 

 

Et qui en subit les conséquences, en sus de ceux qui crèvent de faim ?

Réponse de Claude-Marie Vadrot sur Politis.fr :

"Les trois quarts des exploitations de roses kenyanes se trouvent dans les environs du Lac Naivasha, où elles couvrent environ 5000 hectares. Ce lac, situé à 1 800 m d’altitude, est l’un des plus hauts de la Rift Valley. Autour de lui se concentrent les « élevages » industriels de roses. Comme beaucoup de rivières et de nappes phréatiques de la région, le lac est donc de plus en plus pollué par les pesticides, engrais et autres produits destinés à nettoyer et désinfecter les sols avant la plantation de nouveaux rosiers à la vie éphémère, mourant de surproduction. Cette pollution est encore accrue par les pompages d’eau qui font baisser le niveau du lac et y augmentent par conséquent la concentration de produits nocifs, produits s’accumulant également dans les puits des agriculteurs de la région. Quant aux pêcheurs, ils se plaignent de prendre de moins en moins de poissons et en rendent responsables les industriels de la rose : le lac est envahi de jacinthes d’eau, la plaie de l’Afrique car elles entraînent l’eutrophisation des fleuves et des lacs, manque d’oxygène qui nuit à beaucoup de poissons dont se nourrissent les populations. Souvent, après des nettoyages dont les rejets atteignent le lac en quantités importantes, des vaches laissées imprudemment près du bord du lac pollué, meurent après avoir trop bu de ces eaux empoisonnées. D’après des écologistes locaux et des organisations non gouvermentales, le lac pourrait ne plus être qu’un cloaque boueux dans une quinzaine d’années. Il est pourtant théoriquement protégé depuis 1995 par la Convention internationale Ramsar qui veille sur les plus belles zones humides du monde. Mais cela ne préoccupe guère les autorités et les industriels de l’horticulture."

Comme si les raisons de ces famines chroniques n’étaient déjà assez nombreuses... Marie Normand sur RFI : " Face à cette nouvelle crise humanitaire, les commentaires sont assez durs dans la presse. « La famine menace l’est de l’Afrique. Une fois encore, est-on tenté de dire », lance Le Pays au Burkina, pour qui il faut « arrêter d’accuser dame nature ». « Cette situation illustre l’incapacité de bon nombre d’États sous nos cieux (...) à assurer l’autosuffisance alimentaire à leurs populations ». « On se souvient, poursuit Le Pays, qu’elle a vécu, dans les années 1980, l’une des pires famines que l’humanité ait connues au 20e siècle. Cela aurait dû peser sur les choix prioritaires des gouvernants. (...) Rien n’a été fait. Le Kenya, par exemple, semble avoir privilégié les cultures de rente tels le thé et le café, au détriment des cultures vivrières. En Somalie, on a atteint les sommets de l’inconscience avec ces combats meurtriers et interminables entre le gouvernement et (...) les shebabs ». Et puis, « l’Afrique ne fait pas assez pour ses agriculteurs », ajoute le journal burkinabè, qui parle de « faillite collective ». "

Jean Ziegler et les invités du Débat de France 24 (*) soulignent un manque d’infrastructures, une mauvaise gestion de l’eau, l’irresponsabilité des dirigeants politiques, etc.
Jean Ziegler rappelle avec vigueur une mesure indispensable à prendre le plus rapidement possible : "Il faut interdire mondialement la spéculation boursière sur les aliments de base".
Dans la vidéo qui suit, enregistrée en 2008, Jean Ziegler espérait que la crise aurait au moins un effet bénéfique en entérinant ce "souhait" : "La légitimité du capitalisme de la jungle a volé en éclats".

Hélas, le capitalisme de la jungle règne toujours en maître et continue ses ravages, quand la cupidité fait cultiver des fleurs au coeur de l’Afrique, là où des cultures vivrières devraient nourrir toutes les bouches...

 

 

Tanguy Berthemet donne quelques précisions sur la sécheresse et ses conséquences : 

" La Corne de l’Afrique plonge dans une catastrophe humanitaire. Confrontées à l’une des pires sécheresses depuis plus d’un demi-siècle, près de 11 millions de personnes au Kenya, en Éthiopie et surtout en Somalie vivent désormais sous la menace d’une sévère disette. Selon l’ONG Action contre la faim (ACF), « les besoins sont immenses ». Si nul ne brandit encore les souvenirs des grandes famines qui ont ravagé l’Éthiopie en 1973 puis 1984, l’inquiétude grandit, particulièrement concernant la Somalie. « Le centre de la Somalie est la région la plus touchée par la crise, insiste-t-on chez ACF. Il n’y a eu presque aucune récolte, et, même dans les régions les plus riches, la récolte a été inférieure de 50 % à l’habitude. »


La quasi-anarchie qui sévit dans ce pays, privé d’état central et en proie à la guerre civile depuis 1991, a aggravé les choses. Tout comme les faibles pluies qui avaient déjà affaibli les populations ces deux dernières années. Un cercle vicieux s’est alors refermé : les éleveurs ont tenté de sauver leur bétail menacé de mort, entraînant une hausse catastrophique du prix des denrées de base, déjà très chères. Privés de toute ressource, près de 1 million de Somaliens n’ont eu d’autres solutions que de fuir vers les pays voisins à la recherche de secours. Cet afflux de réfugiés dans le nord du Kenya et dans l’est de l’Éthiopie a déséquilibré ces régions fragiles. Dans l’État kényan du Turkana, le taux de malnutrition a ainsi atteint 37 % en juin, contre 15 % en 2010. "

 

(*) Invités du débat sur France 24 :

Jean Ziegler (Comité consultatif du Conseil des droits de l’Homme, ONU)
Stéphanie Savariaud (Porte-parole du Programme Alimentaire Mondial)
Jean-François Donzier (Directeur général de l’Office international de l’eau)
Jacques Hintzy (Président UNICEF France)

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Published by Rdpl, mieux vivre-ensemble - dans Afrique
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