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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 20:03

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Protégé par les puissances occidentales, M. Hamid Karzaï a été investi à Kaboul, le 19 novembre 2009. Après huit ans d’interventions étrangères, l’Afghanistan s’enfonce dans le chaos, entraînant dans la tourmente son voisin pakistanais. Singulièrement dans les zones tribales frontalières où les « dégâts collatéraux » des bombardements américains et le retrait de la puissance publique favorisent les extrémismes. Le président Asif Ali Zardari essaie de reprendre pied, en lançant une vaste offensive militaire au Waziristan. Quelques mois plus tôt, il avait mené le même type d’opération dans la vallée de Swat. Sans résultat tangible, comme en témoigne notre envoyé spécial.

Par Muhammad Idrees Ahmad

A la mi-septembre 2009, dès mon arrivée à Peshawar, j’ai entendu en provenance de Hayatabad, la banlieue ouest de la ville, neuf déflagrations précédées de sifflements. La cible de ces tirs de roquettes ? Un poste de gardes-frontières chargés de surveiller la barrière par laquelle on pénètre dans le territoire tribal de Khyber.

Encouragé par les Américains, le gouvernement du Pakistan a déclaré en 2002 une guerre aux talibans qui le conduit à multiplier les opérations militaires dans les Territoires tribaux fédéraux (Federally Administered Tribal Areas, FATA). Ces zones, situées le long de la frontière avec l’Afghanistan dans le nord-ouest du pays, sont divisés en sept territoires (ou agences) et six régions (voir la carte), avec trois millions d’habitants au total (2 % de la population pakistanaise). Les talibans afghans s’y étaient réfugiés après leur défaite : dans le Waziristan nord, sous la conduite du chef de guerre antisoviétique Jalaluddin Haqqani ; et, dans le Bajaur, sous celle du parti Hezb-e-Islami de M. Gulbuddin Hekmatyar. L’armée de l’Etat fédéral, qui avait jusque-là hésité à attaquer ces Afghans favorables au Pakistan — les considérant comme un atout contre l’influence croissante de l’Inde en Afghanistan —, a finalement pénétré dans le Waziristan sud pour appréhender les « étrangers » .

 

Le refus par les tribus de livrer leurs hôtes a entraîné à leur encontre une répression qui les a incitées à se liguer contre le pouvoir central. Divers groupes militants ont rallié les talibans pakistanais, en général moins disciplinés que leurs homologues afghans, et des vétérans jugés inefficaces ont été marginalisés ou assassinés. Le pouvoir local est, quant à lui, passé aux mains d’hommes tels que le charismatique Nek Mohammad, âgé de 27 ans à peine, mais ex-combattant en Afghanistan, et farouche adversaire de la présence américaine dans ce pays.

 

Durant le conflit contre les Soviétiques dans les années 1980, tant les rebelles afghans que l’armement ont transité par les zones tribales, sans que leurs structures politiques s’en trouvent modifiées. Il n’y a pas eu alors d’insurrection, estime M. Rustam Shah Mohmand, fin analyste politique pakistanais, parce que « la politique gouvernementale et les aspirations du peuple convergeaient ». Contrairement à aujourd’hui, et cela pour trois raisons majeures, selon lui : la décision prise en 2001 par le président Pervez Moucharraf de participer à la « guerre contre le terrorisme » que mènent les Etats-Unis ; l’usage immodéré de la force dans le soutien à cette guerre perçue comme purement américaine ; la disparition ou la livraison à ces derniers de suspects parmi lesquels figurent beaucoup d’innocents. De là le fossé qui s’est creusé entre la population et le gouvernement.

 

En 2002, dans la Province de la frontière du Nord-Ouest, un vote sanction a porté au pouvoir le Conseil uni pour l’action (Muttahidda Majlis-e-Amal, MMA), une coalition de partis religieux opposés à la « guerre contre le terrorisme ». Les institutions en place se sont effondrées — notamment le bureau de l’agent politique qui, depuis le Raj britannique au milieu du XIXe siècle, fait le lien entre le gouvernement fédéral et les maliks, les chefs de tribu. Les infrastructures tribales traditionnelles et le concept même d’autonomie régionale en ont également pâti, avec pour conséquence une aggravation de l’insécurité.

 

En 2004, après deux attentats manqués contre M. Moucharraf, le gouvernement envoya dans le Waziristan sud cinq mille soldats soutenus par des hélicoptères de combat. Mais cette armée subit de lourdes pertes, et le pouvoir fut contraint de signer un traité de paix avec Nek Mohammad. Le cessez-le-feu fut cependant rompu le 18 juin, date à laquelle ce jeune émir fut assassiné lors d’une « frappe » aérienne américaine dont l’Etat fédéral revendiqua la responsabilité — comme souvent — pour ne pas avoir à admettre que sa souveraineté avait été violée par Washington.

 

Deux autres accords de paix furent conclus au cours des années suivantes. Mais, en août 2007, les forces armées pakistanaises prirent d’assaut la Mosquée rouge qu’occupaient des militants protalibans à Islamabad ; cette intervention, en entraînant la mort de nombreux innocents, déclencha une vague de terrorisme jusque dans les autres grandes villes. En réponse, l’armée élargit le théâtre de ses opérations aux territoires de Bajaur, Mohmand et Khyber. Les combats y furent violents sans que nul ne l’emporte, mais des millions de personnes furent déplacées et la colère contre le gouvernement s’amplifia.

 

Les tensions qui couvaient depuis deux ans dans la vallée de Swat ont atteint un point culminant en 2009, lorsque les forces armées pakistanaises y ont fait irruption, après l’échec de l’« ordre judiciaire islamique » (Nizam-e-Adl) — le nouvel accord de paix que l’Etat fédéral avait signé avec le Mouvement pour l’application de la charia islamique (Tehrik Nifaz Shariat-e-Mohammadi, TNSM), parti local prônant le rétablissement de la législation régionale.

Quand l’islamisme politique se nourrit du comportement des élites

04042210_laicite-x1pa-1-.jpgJusqu’en 1969, en effet, les districts du Malakand que constituent Chitral, Dir et Swat étaient des Etats princiers indépendants, avec leurs propres codes juridiques — une variante de la charia dans la vallée de Swat. Leur rattachement au Pakistan entraîna le remplacement de ces codes par la législation nationale, mais sans que les procédures judiciaires existantes soient modifiées en conséquence. Dans les tribunaux de district, les dossiers restèrent donc en souffrance et les affaires furent sans cesse reportées. Situation qui provoqua, dès la fin des années 1970, une mobilisation pour le retour au système précédent à laquelle M. Sufi Mohammed contribua en fondant le TNSM en 1989.

Au cours des années suivantes, ce mouvement prit les armes à deux reprises, ce qui amena le gouvernement de Benazir Bhutto, en 1994, et celui de M. Nawaz Sharif, en 1999, à des concessions pour obtenir l’arrêt des violences. En vain : le TNSM ne cessa de se développer. M. Mohammed partit combattre les forces américaines en Afghanistan, à la tête de dix mille hommes. La plupart d’entre eux ayant été tués ou capturés, il perdit beaucoup de son crédit. De plus, à son retour, il fut emprisonné à Dera Ismail Khan.

En 2005 toutefois, son gendre, le mollah Fazlullah, réactiva le TNSM, qui se radicalisa et se renforça grâce à l’afflux de militants ayant fui devant les attaques de drones américains dans les régions tribales. Après avoir été rebaptisé Mouvement taliban du Pakistan (Tehrik-e-Taliban Pakistan, TTP) par M. Fazlullah en décembre 2007, ce parti gagna en popularité chez les plus démunis ; la rhétorique populiste de son leader, Baitullah Mehsud, sa façon de rendre promptement justice et ses critiques à l’égard de la vieille élite féodale attirèrent également à lui de nombreux jeunes mécontents. Asif Ezdi, autre analyste politique, explique que « l’Etat a fortement déçu » les jeunes, et il ajoute : « L’islamisme militant au Pakistan s’est nourri du comportement des élites, qui se sont servies de l’Etat pour préserver et accroître leurs privilèges, et qui ont précipité les gens ordinaires dans une pauvreté de plus en plus grande et dans le désespoir. »

Confrontés au chômage, les jeunes rejoignirent massivement les rangs des talibans parce qu’ils pouvaient y obtenir des armes et un entraînement militaire, et que les médias privés, particulièrement dynamiques, poussaient à un engagement politique — mais aussi parce que la guerre menée par les talibans était perçue comme un combat contre ces élites. « Dans certaines régions, des paysans sans terre se sont dressés contre les riches propriétaires terriens », raconte M. Ezdi. Et cela, « dans un pays où les gens ordinaires ont peu de chances de franchir les barrières sociales, le gouvernement, le système politique et les élites semblant ligués contre eux. C’est ce mélange de ferveur révolutionnaire et d’enthousiasme religieux qui a fait le succès des talibans  ».


Les petits délinquants intégrèrent pour leur part le TTP à mesure que l’influence de celui-ci grandissait, afin d’échapper à la justice expéditive des talibans, mais également pour bénéficier à la fois d’un armement et d’un réseau de relations puissant dont ils usèrent pour terroriser leurs concurrents aussi bien que la population. Cependant, conformément à leur interprétation obscurantiste de l’islam, les talibans locaux interdirent l’instruction des filles, et plus d’une centaine d’écoles furent détruites ; il en découla pour eux une rapide baisse de popularité — même le TTP, par la voix de son porte-parole le maulvi Omar, formula des réserves concernant pareille décision.

 

Désireux de contrer l’impact du TTP, le gouvernement pachtoune de la Province de la frontière du Nord-Ouest libéra M. Mohammed en 2008. Il avait officiellement renoncé à la violence et des négociations aboutirent, en février 2009, à cet ordre judiciaire islamique, sur la base d’un compromis : la fin des hostilités et le dépôt des armes contre l’acceptation par l’Etat fédéral des tribunaux islamiques, dans lesquels la loi s’appuie sur la charia. L’accord ne fut ratifié par le pouvoir que... le 14 avril 2009 et, après un semblant de normalité, la paix civile ne revint pas dans la vallée de Swat ; aucune des parties en présence n’avait respecté ses engagements.

Plus de trois millions de réfugiés, laissés à l’abandon

images-copie-4.jpgCertains commentateurs occidentaux et leurs alliés locaux se hâtèrent de dénoncer la nouvelle législation : ils affirmèrent que le Pakistan était au bord du gouffre et que son arsenal nucléaire ne tarderait pas à tomber aux mains des talibans arrivés à cent kilomètres de la capitale. La pression sur Islamabad s’intensifia. En mai, lorsqu’un groupe de militants du TTP organisa un raid provocateur à moto dans la vallée voisine de Buner, les médias présentèrent l’incident comme le prélude à une marche sur la capitale, et les chars se mirent en mouvement.

 

L’armée réussit à déloger ces militants, mais près de trois millions de civils furent déplacés à la suite de son intervention. Parmi ceux qui restèrent, beaucoup furent tués lors des bombardements. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) dénonça de tels actes, et avertit qu’il pourrait à peine fournir le tiers des secours nécessaires. La plupart des réfugiés furent logés dans des familles, chez des amis ou par des bénévoles. Le gouvernement ne proposa aucune mesure d’assistance, et les aides étrangères atterrirent en majorité dans la poche de politiciens corrompus. Les dirigeants du Sind et du Pendjab, dans l’est du Pakistan, imposèrent des restrictions à l’entrée de réfugiés dans leurs provinces — ce qui mit en relief la dimension ethnique du conflit, les Pachtounes se considérant comme la première communauté visée par une telle mesure.

 

Néanmoins, contrairement aux interventions militaires dans les zones tribales, cette opération fut approuvée par la population pakistanaise (à 41 %, selon plusieurs sondages réalisés durant l’été) et saluée comme un succès par les dirigeants politiques, l’armée et les médias. Tous estimèrent qu’il était impératif de combattre les militants et les délinquants dans le Malakand, sans forcément approuver le recours à la force. « Je pense que [la guerre] était évitable, déclare Rahimullah Yusufzai, journaliste et analyste réputé, mais le Pakistan n’est pas un acteur libre et indépendant. Les Etats-Unis et d’autres pays ont exercé des pressions, et, pour diverses raisons, le gouvernement n’a pu résister. » A ses yeux, les militants n’ont jamais constitué une menace pour le pays ou pour son arsenal nucléaire. « Le gouvernement dit lui-même qu’il n’y avait pas plus de cinq mille talibans ; ils contrôlaient la vallée de Swat, ils sont entrés dans le Buner — de combien d’hommes auraient-ils disposé pour marcher sur la capitale ? »


Le Pakistan compte cent soixante-treize millions d’habitants, dont un million d’hommes dans l’armée, et possède des forces aériennes bien équipées. « Les talibans n’avaient ni la capacité ni l’intention d’entrer dans la capitale, affirme Yusufzai. Ils visaient uniquement le Malakand ; et, même là-bas, ils n’étaient influents que dans trois districts sur sept. » Quant à l’ordre judiciaire islamique, s’il ouvrait la porte à la charia — comme les accords signés par les deux gouvernements laïques précédents —, il comportait des concessions de part et d’autre. Enfin, certains sont convaincus que M. Mohammed aurait pu, par son aura, désamorcer le conflit et marginaliser les extrémistes.

 

L’ex-ministre et commentateur pakistanais Roedad Khan se demande si toutes les options politiques ont bien été envisagées : « Nous n’avons jamais vu de guerre plus inutile, plus difficile à justifier et à gagner. Face aux méthodes non conventionnelles des insurgés, le recours à la force seule a peu de chances de réussir : le militant n’a pas besoin de gagner, mais seulement de continuer à se battre. » Et M. Rustam Shah Mohmand, un autre commentateur, s’interroge : « Si le but de l’intervention était de combattre des éléments hostiles à l’Etat, il aurait fallu ne s’attaquer qu’à eux. Pourquoi le gouvernement a-t-il jugé nécessaire d’envahir tout le territoire ? En utilisant les forces aériennes et en bombardant sans discernement, il était certain que la population souffrirait. » Le pouvoir l’a certes emporté dans la vallée de Swat, mais, selon M. Mohmand, cela pourrait devenir une victoire à la Pyrrhus si « les causes sociales, économiques et politiques qui ont provoqué l’émergence des talibans ne sont pas traitées et si une vaste reconstruction n’est pas entreprise ».


Autres marques d’aveuglement politique, pour Yusufzai : l’arrestation des membres de la choura, le comité consultatif taliban, que les autorités pakistanaises avaient conviés en septembre 2009 à des négociations. Ou la tactique consistant à armer des milices contre les talibans (à l’instar des milices sunnites irakiennes dites du « réveil ») dans une région où les vendettas courent parfois sur des générations. Ou encore la démolition des habitations qu’a ordonnée le régime dans la vallée de Swat, car, les maisons étant partagées par des familles très élargies, leur destruction décrétée en représailles contre un de leurs fils en fuite ne peut que susciter le ralliement à l’insurrection de nouvelles recrues.

 

Si l’on constate dans cette région le retour à une paix fragile, plus de deux cents suspects et sympathisants n’en ont pas moins été exécutés depuis la fin des combats, dans une totale impunité, par les forces de sécurité ou des milices locales ; et la population est habitée par une crainte permanente. « Si, auparavant, les gens étaient terrorisés par les talibans, ils vivent aujourd’hui dans la peur de l’armée, affirme Yusufzai. N’importe qui peut être taxé de talib. » Il suffit, pour régler ses comptes avec quelqu’un, de l’accuser de sympathie talibane. « Votre maison est démolie, vous êtes emprisonné, et demain votre corps est jeté dans un champ. Les gens sont effrayés, ils craignent de s’exprimer. »


En octobre dernier, à la veille de l’incursion militaire dans le Waziristan sud, les opérations des talibans s’étaient multipliées. Sous la direction de M. Hakimullah Mehsud, âgé de 28 ans, elles avaient visé Hangu, Kohat, Shangla et Peshawar, tuant en majorité des civils. Quand le pouvoir central a intensifié les bombardements aériens pour préparer l’offensive terrestre, les actions des talibans se sont faites plus spectaculaires. Des sympathisants venus du Pendjab ont même osé s’en prendre aux quartiers généraux de l’armée à Rawalpindi.

 

Dans le même temps, les attaques de drones américains  se sont poursuivies dans les zones tribales. Selon une enquête publiée par The News , sur sept cent un civils décédés au cours de soixante bombardements entre le 29 janvier 2008 et le 8 avril 2009, seules quatorze personnes étaient suspectées d’être des militants. Aussi l’opinion publique est-elle indignée .

Principale préoccupation des habitants,      
le prix de la galette

images-copie-5.jpgAvec son armée de terre mal équipée et l’aide américaine, le Pakistan tente d’accomplir ce que les Etats-Unis et l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) n’ont pas été capables de réaliser en Afghanistan. Mais plus l’intervention militaire dure et plus les provinces frontalières risquent d’échapper à son contrôle ; avec l’accroissement du nombre de victimes et de l’insécurité, l’insurrection a déjà gagné certains districts du Pendjab. Pourtant, cette réalité n’empêche ni les élites pakistanaises ni les commentateurs occidentaux d’espérer éliminer tous les talibans, et les voix qui s’élèvent contre la guerre sont aussitôt suspectées de sympathie envers eux.

La récente incursion de vingt-huit mille soldats dans le Waziristan sud a provoqué un nouvel exode massif : un tiers de la population a été déplacé. Alors que les talibans perdaient de plus en plus de sympathisants, l’agence Associated Press a noté que des réfugiés exprimaient leur colère contre le gouvernement en criant : « Vivent les talibans ! » Au lieu de gagner les cœurs et les esprits, le pouvoir les livre à l’ennemi ; et si les talibans ne sont pas aimés, lui l’est encore moins. La conviction que le Pakistan se bat pour les Etats-Unis persiste — les attaques au Waziristan ne se font-elles pas sous la surveillance de drones américains ?

 

D’après le journaliste Syed Saleem Shahzad, les événements de ces sept dernières années ont prouvé que les talibans pakistanais sortent toujours renforcés des opérations qui sont menées contre eux. Ils se regroupent déjà dans la vallée de Swat, qu’ils avaient quittée lors de l’offensive, constate-t-il. « Lorsque la neige commencera à recouvrir les principales voies d’approvisionnement, il est probable que les talibans auront reconquis tout le territoire perdu . » Les médias comme les commentateurs occidentaux n’en conservent pas moins leur optimisme.

 

En 2002, Hayatabad abritait de nombreux réfugiés afghans. Les plus pauvres s’étaient installés dans les bidonvilles de Kacha Garhi, sur la route de Jamrud qui mène à la passe de Khyber. Mais pas mal d’autres avaient ouvert des boutiques en ville et, dans plusieurs quartiers, les transports et les commerces étaient entre les mains de ces réfugiés — dont certains migraient, l’été, vers l’Afghanistan, où les températures sont plus clémentes.

 

Aujourd’hui, beaucoup d’Afghans quittent Hayatabad pour des raisons de sécurité : on y voit partout des points de contrôle, les enlèvements y sont nombreux — et, rien qu’entre la mi-septembre et la mi-octobre, au moins trois attentats-suicides et quatre attaques à la roquette y ont eu lieu.

 

Le jour où j’ai entendu des roquettes tomber sur Hayatabad, le reportage de Foreign Policy, sur AfPak Channel, était intitulé « Everything’s coming up roses in Pakistan » (« Le meilleur des scénarios se déroule au Pakistan »). L’attentat était attribué à M. Mangal Bagh Afridi, dirigeant du mouvement interdit Lashkar-e-Islam et ex-allié du gouvernement, qui avait naguère été accusé de faire sortir du Khyber des fugitifs et des délinquants, puis de fournir une protection aux convois de l’OTAN. Les alliances fluctuent facilement, on le voit — une raison supplémentaire pour ne pas armer des milices.

 

Le lendemain de ces frappes sur Hayatabad, la galette coûtait 15 roupies sur le marché, contre 2 roupies la veille — tandis que les salaires stagnent, que l’inflation et le chômage grimpent. Dans les rues, personne ne parlait des dangers menaçant la population : tout le monde se plaignait du coût de la vie.

Muhammad Idrees Ahmad.

 

Le Monde Diplomatique.

 

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