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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 20:54

Entretien du Journal Notre Temps avec Monsieur  Djibrine Assali Hamdallah, Opposant politico-militaire, ancien dirigeant syndicaliste.

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Monsieur Djibrine Assali Hamdallah

Notre Temps (NT) : Monsieur Assali, vous avez été longtemps l’un des principaux dirigeants syndicalistes du Tchad. Quel est votre regard, en 2010, sur le sort des travailleurs tchadiens ?

Djibrine Assali Hamdallah (DAH ) : Avant de répondre à vos questions, permettez-moi tout d’abord de vous remercier pour cette opportunité que vous m’offrez afin de pouvoir m’exprimer dans les colonnes de votre journal.

Quant au sort des travailleurs et je dirai, d’une manière générale, des populations tchadiennes, il est des plus déplorable car les conditions de vie n’ont pas cessé de se dégrader du fait surtout du faible pouvoir d’achat des ménages.

En effet, les prix des produits de première nécessité sans parler de ceux du bois de chauffe et du charbon ne font qu’augmenter alors que les revenus des ménages ne leur sont pas indexés.

S’il faut ajouter à cela les mesures impopulaires interdisant les activités des commerçants ambulants et autres activités professionnelles exercées aux abords des voies publiques qui font vivre beaucoup des travailleurs du secteur informel, l’on peut mieux se rendre du calvaire dont souffrent les masses laborieuses.

Mais ce qui est regrettable, c’est que toutes ces souffrances laissent indifférents les gouvernants et leurs supporters zélés qui, les uns comme les autres, sont devenus en un temps record des millionnaires, voire des milliardaires grâce au pillage des ressources de l’Etat qu’ils pratiquent impunément.

NT : En 2008, vous avez abandonné, contre toute attente et à la surprise de vos camarades la voie de la contestation pacifique pour prendre le maquis. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à l’option de la lutte armée ?

images-copie-1DAH : En effet, le 05 juillet 2008, j’ai décidé, sans consulter mes camarades auxquels je resterai cependant toujours reconnaissant pour tout ce que nous avons pu faire ensemble, de démissionner de mon poste de secrétaire Général de l’Union des Syndicats du Tchad (UST) afin de m’engager dans les rangs de l’opposition armée. Il y a plusieurs raisons à cela et je peux notamment citer :

1° des obstacles de toutes sortes créés par le gouvernement pour rendre inefficace l’exercice des libertés publiques en général et celui du droit de grève en particulier ;

Dans le même ordre d’idée, comme vous le savez, malgré les dispositions pertinentes de la constitution  ou des conventions internationales en la matière, actuellement aucune manifestation populaire contre le pouvoir ne peut avoir lieu à moins de prendre le risque de s’exposer à une répression sanglante comme cela a été constaté par le passé.

C’est en fait  un régime de terreur qui règne et s’impose par la force et qui n’a rien à voir avec un Etat de droit et de démocratie ;

2° des multiples injustices, des humiliations ainsi que des violations flagrantes des droits humains et syndicaux sont vécus ou constatés quotidiennement ;

3° aucune alternance au pouvoir par la voie démocratique n’est possible car Deby et son clan ont instauré une main mise ainsi qu’un contrôle total sur les services essentiels de l’Etat tels que l’armée, les services de sécurité, les régies financières, l’administration, les chefferies traditionnelles, les sociétés et entreprises parapubliques, etc.… ;

4° les partis politiques de l’opposition, à quelques rares exceptions près, ont été obligés de collaborer avec le régime qui a utilisé, pour arriver à cette fin tous les moyens à savoir, la corruption, les intimidations, la répression, les emprisonnements, les assassinats ;

5° outre les manipulations de la constitution permettant à Deby d’être indéfiniment candidat aux élections présidentielles, il a été démontré et prouvé que toutes les élections organisées depuis 1996 ont été entachées des fraudes et d’irrégularités flagrantes, à telle enseigne qu’avec le système ainsi mis en place et qu’il ne cesse de perfectionner, non seulement Deby s’est assuré la présidence à vie mais, comme tout homme est mortel, après lui, le système continuera à fonctionner au profit d’un autre membre de son clan.  Pendant ce temps nous autres tchadiens qui, au lieu d’être considérés comme des citoyens ayant aussi des droits et non pas que des devoirs, sommes réduits au rang des sujets continuerons à pleurnicher et à nous lamenter comme nous en avons déjà eu l’habitude depuis 20 ans, voire même plus.

C’est compte tenu de ce sombre tableau ainsi du manque des perspectives heureuses non seulement pour nous autres qui sommes déjà âgés mais surtout pour nos enfants, petits enfants et les générations futures, que je me suis que c’est manquer à son devoir que de continuer dans la lutte pacifique  qui n’est devenue, en fin de compte, qu’une caution apportée à une dictature et à un despotisme avérés.

NT : Le Soudan, votre base de repli semble avoir choisi, cette fois de manière sérieuse,  la normalisation de ses relations avec son voisin, le Tchad, quelles sont les nouvelles chances de succès de la voie de la lutte armé sans le soutien actif du gouvernement soudanais ?

DAH : Une lutte armée est tout d’abord par essence une question nationale même si les moyens dont dispose Deby sont tellement importants que l’opposition a besoin d’un soutien extérieur comme lui-même en avait bénéficié en son temps. Mais comme les Etat n’ont que des intérêts, la normalisation des relations entre le Soudan et le Tchad aura certainement pour effet de  retarder nos activités mais ne pourra pas les enrayer.

En effet, tous les patriotes et nationalistes tchadiens qui n’acceptent pas l’esclavage auquel est réduit actuellement le peuple par le clan au pouvoir, sont déterminés à faire tout ce qui est possible, afin de parvenir à chasser la dictature et instaurer un Etat véritablement démocratique.

images1-copie-1.jpgLe plus important pour nous, c’est le soutien de notre peuple qui, tôt ou tard, se manifestera en notre faveur comme il a su le faire chaque fois que l’opposition armée s’était approchée de la capitale ou y était entrée.

NT : Les mouvements rebelles tchadiens sont marqués par plusieurs maux dont : leurs manque d’idéologie propre, de projet porteur de société, leurs dépendance étroite de financements ou d’appuis extérieurs, leurs recrutements éthno-centriste et la propension générale à négocier leur reddition contre espèces sonnantes et trébuchantes et des postes juteux. Votre mouvement que les lecteurs de NT souhaiteraient découvrir, échapperait-il à cette règle générale ? En conséquence, pouvez vous-nous nous dire quel est l’originalité de votre projet de société, vos moyens, vos appuis ?

DAH : Effectivement les maux que vous avez énumérés sont réels mais ils sont plus le fait des certains dirigeants des mouvements mais pas de tous les dirigeants et encore moins des combattants qui, pour la plupart d’entre eux, ont très bien analysé les causes réelles des différents échecs enregistrés jusque-là et sont entrain d’en tirer les leçons afin de s’organiser sur de nouvelles bases qui ne peuvent être que nationales.

C’est pour les mêmes raisons qu’en ce qui nous concerne, avec d’autres camarades, nous avons créé le Mouvement National pour le Salut du Peuple (MONASAP) qui se propose de transcender toutes les considérations ethniques, tribales, religieuses afin de rassembler tous ceux et toutes celles qui n’aspirent à un Tchad où règneront la paix, la sécurité, la justice, l’entente et la concorde nationales, la tolérance, une démocratie véritable, le développement économique et industriel ainsi que le bien-être social. Un pays dans lequel tous les citoyens seront enfin égaux en droits et en devoirs et où les ressources nationales seront réparties de manière juste et équitable.

Certes, pour le moment nous n’avons que très peu des moyens et aucun appui mais nous espérons, avec le temps, en avoir.

NT : L’objectif de votre lutte est-il vraiment la prise de pouvoir ou la participation au pouvoir et à la mangeoire comme beaucoup avant vous ?

DAH : L’objectif est de permettre à notre peuple de se débarrasser du régime dictatorial, clanique et mafieux en place pour le remplacer par un autre qui correspond aux aspirations de la majorité des tchadiens et des tchadiennes. Si c’était simplement pour des intérêts ou le partage du gâteau, nous ne nous serions pas donné toutes ces peines et souffrances.

NT : Parlez nous de vous, de Deby et des mouvements sociaux…

DAH : Il ne me semble pas important de vous parler de moi mais par contre la personnalité de Deby est intéressante dans la mesure où si vous êtes aussi sincère et naïf que moi vous lui accorderez d’emblée toute votre confiance en vous basant sur ses déclarations où sur les discours qu’il vous tient mais vous vous rendrez compte par la suite que vous vous êtes fait rouler dans la farine.

Notre participation au  Gouvernement en 1992 par l’intermédiaire du camarade feu Nabia N’Dali, le non respect des certaines dispositions du pacte social de 1994 ou de celles du protocole d’accord de 2002 sont autant d’exemples qui le démontrent.

Enfin, tout le monde se souvient encore des multiples violations des résolutions et recommandations de la CNS qui, si elles avaient intégralement respectées nous auraient  évité de connaître beaucoup de nos problèmes actuels.  

NT : Votre mot de la fin ?

DAH : Je tiens à exprimer mes sincères excuses aux militants et aux militantes de l’UST, à ses sympathisants, aux travailleurs et aux travailleuses en général ainsi qu’à ma famille, mes amis, tous mes proches, pour leur avoir faussé compagnie.

Certes, je suis conscient des peines et/ou des préjudices que mon départ et mon abandon de la lutte syndicale leur ont causés. Par conséquent, je saisis cette occasion pour leur demander pardon, tout en espérant qu’ils comprendront, tôt ou tard, le bien fondé de ma décision.

Notre temps.

 

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Published by Rdpl, mieux vivre-ensemble - dans Actualités Nationales
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