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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 13:15

SONDAGE EXCLUSIF. Pour "rompre avec lui-même", le président sortant doit faire oublier un bilan que 70% des Français jugent négatif. Mais comment séduire à nouveau?

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L’équation de la présidentielle, cru 2012, est sans doute plus simple qu’on ne veut bien le dire. Cela tient d’abord au contexte. La crise était encore l’année dernière essentiellement financière et internationale. Elle prend désormais un tour à la fois national et social. Montée du chomage, pression sur le pouvoir d’achat, avec, en toile de fond, la dette qui renforce la menace des agences de notation. Pour la première fois depuis plus de quinze ans – depuis 1995, en l’occurrence –, une compétition présidentielle va se jouer à l’écart des thématiques sécuritaires qui firent le miel de Jacques Chirac, en 2002, et de Nicolas Sarkozy, en 2007. Autre innovation et pas la moindre : jamais depuis 1981, un président sortant n’avait essayé de se faire réélire, hors phase préalable de cohabitation. L’effet quinquennat joue désormais à plein et l’hyperprésident supporte donc seul tout le poids de son bilan. Quand François Hollande entonne à tout-va que "le changement, c’est maintenant", il prend acte de cette nouvelle donne. Et quand Nicolas Sarkozy raconte à ses proches que sa seule chance de s’en sortir est "de rompre avec lui-même" en devenant de plus en plus président au moment où tous ses concurrents enfilent l’habit de candidat, c’est également cet écueil qu’il tente de contourner.

Jugement sévère y compris à droite

Est-ce jouable ? Le sondage OpinionWay réalisé pour "le Nouvel Observateur" et Terra Nova montre l’extraordinaire difficulté de cet exercice de transformisme. Car la personne de Nicolas Sarkozy n’est pas seule à être aujourd’hui rejetée par une large majorité des Français. La très légère embellie de la fin 2011 ne doit pas cacher l’essentiel. Dans l’exercice de comparaison qui va être celui de la vraie campagne présidentielle – celle qui a commencé début janvier – le bilan du président est le boulet du candidat. Le "capitaine courage", que prétend être Nicolas Sarkozy, ne peut convaincre que si la crise n’a pas tout emporté. C’est au fond le curieux paradoxe de la ligne de campagne du maître de l’Elysée. Pour montrer son sang-froid, il a besoin d’une tempête alors que, pour regagner la confiance, il faudrait qu’elle se calme. Là encore la question du bilan intervient comme la preuve des capacités supposées de Nicolas Sarkozy.

Or, pour 70% des Français, ledit bilan reste globalement négatif (voir tableau 1). 33% l’estiment même "très négatif". Ce jugement sévère, après cinq ans d’exercice du pouvoir, est partagé par toutes les familles d’électeurs, hormis ceux de la droite qui malgré tout sont un quart à se démarquer de leur supposé champion. Jamais un président en exercice n’avait abordé une présidentielle dans une situation aussi défavorable. Il y a d’ailleurs une logique entre la perception de son bilan et l’ampleur de sa défaite annoncée par les sondages d’intention de vote pour le second tour de la présidentielle. Si Nicolas Sarkozy rassemble, c’est d’abord contre lui.

 

Un lien brisé avec les Français

La faute à la crise ? C’est l’antienne de l’Elysée. Elle ne convainc pas les Français. Face aux difficultés de l’heure, ces derniers font au président sortant un procès en insincérité. 73% estiment qu’il n’a pas été fidèle à ses promesses de campagne et, parmi eux, 57% pensent qu’il n’avait d’ailleurs pas l’intention de les tenir (voir tableau 3).

Ce chiffre-là est à coup sûr le plus inquiétant pour lui. Il l’enferme dans un double piège. Dès lors que sa parole est à ce point dévaluée, il ne peut assumer ni ce qu’il a été ni ce qu’il voudrait être. L’argument de la crise, en tout cas, ne suffit pas. Là encore, seule la droite veut bien y croire encore. Ce qui explique – mince consolation ! – qu’au premier tour de la présidentielle, selon tous les sondages d’intention de vote, le président sortant parvienne à surnager face à la menace lepéniste. Pour le reste, le lien s’est brisé entre l’Elysée et les Français. Gardien de l’essentiel, selon la formule du général de Gaulle, le président est aussi le garant du bon fonctionnement de la démocratie.

 

Sur ce terrain-là aussi, la dévaluation de la parole sarkozyste atteint la fonction : pour 49% des Français, la démocratie n’a cessé de s’affaiblir depuis bientôt cinq ans (voir tableau 2). Un peu comme si l’hyperprésidence était perçue comme une concentration néfaste du pouvoir et non comme la marque d’une responsabilité assumée après les longs règnes – Sarkozy dixit – de ces "rois fainéants" nommés Mitterrand et surtout Chirac.

Le style, c’est l’homme. Pour caractériser l’action présidentielle, depuis 2007, les Français choisissent un mot qui vaut à la fois pour Nicolas Sarkozy et pour la politique qu’il mène. "Dure" pour 42%, celle-ci n’est "juste" que pour 10%. "Libérale" pour 29%, elle n’est "protectrice" que pour 8% (voir tableau 4).

Le sarkozysme présidentiel n’incarne pas une ligne politique mais une manière d’agir. L’insincérité dont il est crédité rejoint en ce sens l’indétermination qu’on lui prête. Qu’est-ce que le sarkozysme, au final, sinon une manière compacte et rude, très peu rassembleuse et trop peu efficace, de conduire les affaires de la France ? Si le président sortant doit être battu, au printemps prochain, c’est sur la base d’un bilan dont on voit bien qu’il le concerne au premier chef, tant il est impossible de faire la distinction entre ce qu’il est et ce qu’il a voulu. Nicolas Sarkozy – on le vérifie dans toutes les questions posées par OpinionWay – conserve le soutien de ce qui reste de la droite. Mais, dès qu’on interroge les Français sur son action, rejaillissent des perceptions qui tiennent aussi à la personnalité du candidat. A l’évidence, en politique comme dans la vie, c’est toujours la première impression qui est la bonne et, en tout cas, la plus durable. A l’heure du jugement, l’entame du quinquennat, symbolisée par la fête du Fouquet’s et sa brochette de puissants, continue de peser lourd, dans l’esprit de l’opinion, même quand elle est confrontée à la perspective d’un nouveau mandat.

La nature du sarkozysme, du même coup, est d’être perçue comme "dure" avant de s’inscrire dans les catégories habituelles de la gauche et de la droite. Sur ce plan-là, il y a chez les Français une forme de trouble qui dit sans doute la manière dont le président sortant peut échapper, dans la campagne, à la seule logique du bilan et donc de la défaite assurée. Quand on demande aux personnes interrogées par OpinionWay de classer Nicolas Sarkozy sur un axe gauche-droite, on s’aperçoit que la perception de son positionnement est moins nette aujourd’hui qu’en 2007 (voir tableau 5).

Dans le souvenir des Français, c’est un homme de la droite – du cœur de la droite classique – qui est entré il y a cinq ans à l’Elysée. Celui qui remet aujourd’hui son mandat en jeu est jugé à la fois plus droitier, plus proche de la droite extrême et à la fois plus complexe, notamment pour les électeurs du MoDem ou du FN qui estiment qu’il s’est même gauchisé. A droite, on note, dans le même registre, un léger recentrage présidentiel. Ces mouvements browniens ne modifient qu’à la marge le positionnement supposé du chef de l’Etat. Mais, sans doute est-ce dans cette perception d’une inclassabilité potentielle que se trouve pour Sarkozy la voie étroite du salut.

Un président paradoxal, dur et trop peu cru

Le palais de l’Elysée, avec les moyens qu’il offre et surtout le statut qu’il confère, reste le dernier bien d’un roi dont les Français voient qu’il est nu mais qui n’en demeure pas moins le souverain en titre. Tel était d’ailleurs le vrai sens de l’allocution présidentielle, au soir du 31 décembre. Le vœu le plus cher de Nicolas Sarkozy est de rester en place et, pour cela, le moyen le plus simple est encore d’abandonner le plus tard possible son fauteuil. Encore un moment... C’est dans la perception, thème par thème, de l’action présidentielle, depuis 2007, qu’on mesure la réalité d’un pôle sinon d’excellence, du moins de compétitivité, dont Nicolas Sarkozy aura le monopole d’ici au 6 mai 2012. Action lors du G20, action face à la crise européenne, place de la France dans le monde : ce sont les trois domaines où il continue à recueillir l’assentiment majoritaire. C’est sur le régalien, marque de fabrique de tout président, que survit le sarkozysme. La "dureté" prêtée par les Français à Nicolas Sarkozy peut trouver sur ce terrain – et sur lui seul – une application jugée positive dès lors qu’elle flatte la fierté nationale. Quel autre choix possible, au demeurant, puisque c’est dans la lutte contre les inégalités et le chômage ainsi que dans la défense du pouvoir d’achat qu’il est jugé le moins performant (voir tableau 6).

La question de la crise n’est pas seulement en surplomb de la présidentielle. Elle irrigue l’ensemble du débat. Cela vaut pour tous les candidats. Notamment pour François Hollande qui appelle d’autant plus fortement au "changement" que celui-ci ne peut être que mince. Mais elle s’impose surtout à Nicolas Sarkozy comme le thème incontournable du combat le plus risqué de sa longue carrière. Président dans la crise ou président de crise ? L’un subit, l’autre agit. L’un poursuit, l’autre rompt. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre qu’à l’Elysée c’est le Sarkozy nouveau dont on taille, vaille que vaille, les habits neufs. Au-delà du contexte qui s’impose à tous, il y a quand même un certain fatalisme, de la part d’un président sortant, à se laisser ainsi déporter sur le terrain certes valorisant mais, ô combien, complexe de l’action internationale ou même européenne. Mais la conjoncture est telle qu’elle impose ce double registre puisque ses solutions sont souvent extérieures et ses effets essentiellement internes. Nicolas Sarkozy est un président paradoxal : dur et trop peu cru à la fois. C’est du même coup un candidat en grand danger : sans marge aucune alors même que l’action est son ultime viatique. S’il gagne, c’est qu’il est fort, très fort !

source: nouvel observateur.

 

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Published by Rdpl, mieux vivre-ensemble - dans Monde
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