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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 20:17

NGARTA TOMBALBAYE Parcours et rôle dans la vie politique du Tchad (1959-1975) PDF Imprimer Envoyer

Le parcours politique de François, puis Ngarta, Tombalbaye commence avec les altdernières années précédant l'Indépendance du Tchad puis, de 1960 à 1975, coïncide exactement avec la période de la Première République dont il fut l'unique président.
Comment ce jeune enseignant issu du sud du pays s'est-il mué bientôt en un ardent militant syndical et politique ? Comment, à la tête du Parti Progressiste Tchadien, a-t-il assumé la difficile transition de la colonisation à la souveraineté nationale ? Comment, au départ plein d'assurance et de bonne volonté, finit-il par diriger un gouvernement présidentiel qui sombra dans l'impasse du « parti unique » ? Quel a été le rôle de la France dans cette région sensible, où sévissait, peut-être plus qu'ailleurs, le « système Foccart » ?

Le livre d'Arnaud Dingammadji puise aux meilleures sources et confronte de nombreux témoignages, fréquemment inédits. Il deviendra bientôt indispensable à tous ceux qui veulent comprendre les racines profondes des difficultés que traverse cet immense pays et rendra les plus grands services à ceux à qui revient, au Tchad, la tâche indispensable et délicate d'enseigner l'histoire d'une nation encore en phase de construction.

Préface

Introduction

Chapitre I François Tombalbaye ou le destin d’un enfant de brousse

Chapitre II L’instabilité politique de 1959 et l’arrivée de François Tombalbaye au pouvoir

Chapitre III Le père de l’indépendance

Chapitre IV La montée des périls

Chapitre V  L’évolution de la rébellion et les différentes attitudes

Chapitre VI  La politique arabe du Tchad sous François Tombalbaye (1971-1975)

Chapitre VII  L’ère des complots permanents (1971-1975)

Chapitre VIII La Révolution culturelle

Chapitre IX  La chute de Tombalbaye

Chapitre X   L’homme, Ngarta Tombalbaye, son héritage et ses obsèques tardives

 

Annexe I – Quelques figures marquantes de la vie politique au Tchad de 1959à 1975

Annexe II – Extraits de discours prononcés par le président Tombalbaye

Quelques extraits

Bagarre avec un élève administrateur blanc en 1946

« Le deuxième événement ayant marqué sa vie à Koumra en 1946 fut la bagarre qui l’avait opposé à un jeune administrateur stagiaire nommé  Jean Le Lièvre. En effet, dans le cadre de ses innovations, Tombalbaye avait fait faire par les élèves de son école un champ de coton aux alentours de l’établissement. La vente de la récolte avait rapporté une somme de quatre mille francs (4 000F) à l’école. C’était une somme assez importante à l’époque. Le Lièvre qui était au courant de cette recette vint un jour proposer deux volumes d’un dictionnaire de la langue française en vente au directeur de l’école. Comme l’école  était dans le besoin, le marché fut vite conclu et Le Lièvre put empocher son argent. Mais assez souvent, le jeune administrateur envoyait chercher le même dictionnaire pour consultation. Un jour, il envoya un garde chercher le précieux ouvrage. Mais le directeur de l’école refusa net de le lui prêter pour une énième fois arguant qu’il le lui avait vendu et non simplement confié. Cette réponse fut transmise fidèlement à qui de droit. Furieux, Le lièvre vint personnellement à l’école pour lui demander des explications. C’était un samedi soir de novembre. Et tous les samedis soirs, les élèves faisaient la salubrité de la cour de l’école sous la surveillance de leurs maîtres. Selon une première source, il aurait foncé tout droit sur Tombalbaye et lui aurait administré une gifle. Mais selon Mandja Nelkem que nous avons réussi à interroger il aurait tenu des propos orduriers à l’endroit du directeur de l’école, le traitant notamment de « sale nègre ».  Ce dernier, ne pouvant accepter une telle humiliation, réagit aussitôt en renversant le blanc et en le rouant de coups devant les élèves ahuris. Alertés par le tumulte que cet incident avait provoqué, les gardes accoururent et libérèrent l’administrateur stagiaire de l’étreinte du moniteur. Toujours selon la première épouse de Tombalbaye, Jean Le Lièvre  était blessé au visage et crachait du sang à l’issue de la bagarre. En une nuit, la nouvelle s’était répandue dans tout Koumra comme une traînée de poudre. « Tombalbaye a battu un blanc ! », entendait-on dire à  tous les coins de rue. C’était en effet la première fois qu’un Sara osait frapper un « commandant » car ceux-ci étaient  tout puissants et inspiraient la peur à tous les indigènes. Oser porter la main sur l’un d’eux était un crime de lèse-majesté grave appelant une punition exemplaire. A la suite de cet acte, l’impression générale à Koumra était une satisfaction teintée d’inquiétude. Satisfaction parce que l’acte posé par Tombalbaye était considéré par la population comme un acte de bravoure. Inquiétude dans la cour du Ngarkoumra où, loin de condamner l’acte en soi, on s’inquiétait des représailles éventuelles  qui pourraient s’abattre sur la famille. Cet incident s’était déroulé en l’absence du chef de district André Montal, parti en tournée à l’intérieur de la circonscription. Dès son retour, ses collaborateurs lui firent un compte rendu détaillé de ce qui s’était passé. Sur la foi des informations recueillies, il adressa un rapport au chef de la région du Moyen-Chari, Paul Romani. On s’attendait à une punition lourde mais l’administrateur se contenta de muter le moniteur rebelle à Fort-Archambault par une décision du 28 novembre 1946.Il semble que ce soit Tombalbaye lui-même qui aurait exigé que l’un d’entre eux, c’est-à-dire lui ou Jean Le Lièvre soit muté. La voiture de fonction du chef de district fut mise à sa disposition pour le voyage. L’incident de Koumra était l’aiguillon qui l’avait poussé dans la lutte pour l’émancipation des indigènes. Le capital de popularité qu’il avait tiré de cette affaire lui avait servi de starting-block dans son engagement politique. Mais sa mutation à Fort-Archambault marqua aussi le début de ses ennuis avec l’administration coloniale » (pp.31-33)

Les persécutions chrétiennes

Lorsqu’en 1971, le président Mobutu avait déclenché sa politique d’authenticité au Zaïre, il s’était heurté à la résistance des milieux catholiques conservateurs, notamment au cardinal Malula. Mais cela n’avait pas donné lieu à des persécutions à grande échelle. Au Tchad c’était tout le contraire. Au début de son lancement la révolution culturelle tchadienne, avait suscité l’enthousiasme au sein de la population comme le prouve la gigantesque manifestation du 7 juillet 1973 à Fort-Lamy. On s’attendait à une vaste campagne visant à reconvertir les mentalités, les habitudes et comportements hérités de la colonisation : ce qui demande du temps. Mais au lieu de cela, la révolution culturelle s’était muée du jour au lendemain en une chape de plomb s’abattant sur les populations. Ceux qui avaient payé le plus lourd tribut furent les chrétiens protestants. Lorsque les premières rafles pour l’initiation au yondo avaient commencé, ce fut l’inquiétude et la peur dans le milieu chrétien. Les églises étaient incapables d’afficher un front commun. Les catholiques avaient adopté une attitude conciliante : ce qui explique qu’ils n’avaient pas été persécutés. Par contre les protestants étaient eux, divisés.

[…]

Les premières persécutions avaient commencé en novembre 1973. Les départements les plus touchés étaient le Moyen-Chari (région d’origine de Ngarta Tombalbaye) et les deux Logones.Le MNRCS s’attaquait indistinctement aux missionnaires étrangers et aux chrétiens nationaux

[…]

Au cours de l’année 1974, les persécutions avaient atteint leur paroxysme. Terrorisés, les pasteurs, les diacres et les fidèles des églises se laissaient initier aux Yondo. Cette campagne d’initiation de 1974 resta célèbre dans les esprits. Elle prit le nom de « Initiation de Tombalbaye ». Les réfractaires étaient terriblement inquiétés y compris par leurs anciens frères en christ désormais ralliés. Le mensonge, la trahison et la délation n’avaient jamais été autant utilisés. D’une manière générale, les chrétiens protestants étaient traités de trois manières : les missionnaires étrangers étaient expulsés, les fidèles étaient soit emprisonnés et torturés soit purement et simplement enterrés vivants

[…]

Dans les zones les plus touchées ( Moyen-Chari et Logone oriental ), les cultes étaient strictement interdits. Certaines églises étaient soit incendiées ou démolies, soit simplement fermées. D’autres étaient transformées en camp de repos pour les initiés. Les tables et les bancs étaient dans ce cas utilisés comme bois de chauffe. Les dîmes en nature, (céréales ) gardés dans les greniers des églises étaient pillées et utilisées pour nourrir les initiés. Pour célébrer les cultes, les chrétiens membres de l’église clandestine utilisaient plusieurs stratagèmes. Certains se retrouvaient à des heures tardives en petit nombre, dans des maisons particulières pour prier. D’autres se réunissaient en plein midi dans la brousse, dans les fourrés. Ils cachaient soigneusement leurs livres saints dans leurs poches ou dans leurs sacs car il y avait beaucoup d’espions. Pour éviter toute suspicion, ils changeaient constamment de lieux de prière clandestine allant d’une maison à l’autre ou d’un arbre à un autre.

L’époque de la révolution culturelle était l’âge d’or des maîtres d’initiation et autres chefs traditionnels installés par le MNRCS ou inféodés à lui. Ceux-ci étaient tout puissants, craints et redoutés. »

Ngarta Tombalbaye : un homme modeste

« Le président Tombalbaye n’était ni mégalomane ni intéressé. Alors que la plupart des chefs d’Etat africains disposent de fortunes colossales, sous formes de comptes bancaires bien garnis et  de châteaux luxueux en Occident, alors que d’autres ont transformé leurs villages natals en capitale de leur pays ou y ont construit des magnifiques palais, et que d’autres encore ont donné leurs noms à des villes et cités, des lacs, des aéroports, des stades, des universités, des avenues, etc, on ne trouve rien de tel chez le premier président tchadien. Il était resté sobre jusqu’à sa mort. Vivant dans les modestes villas de la cité de l’OCAM, il aimait se promener la nuit en  2CV. On raconte que certaines nuits, il se déguisait en pauvre et sortait à pieds pour flâner sur les trottoirs et dans les quartiers afin de se rendre compte de lui-même des réalités du pays. Certains de ses collaborateurs affirment même, peut-être avec un peu d’exagération, qu’il ne savait pas compter de grosses sommes d’argent !  Il n’ a rien fait de particulier dans son village de Bessada en dehors d’un petit château d’eau d’une capacité d’environ 3 à 4m3. A sa mort, les militaires n’avaient pas  pu démonter qu’il avait des comptes à l’étranger. Son seul et probablement unique compte logé à la Banque Tchadienne de Crédits et de Dépôts (BTCD) avait été saisi. Il ne dispose que de quelques rares petites villas dont les frais de location ne suffisent même pas à faire vivre décemment sa nombreuse descendance. En agissant ainsi, Tombalbaye craignait en fait le jugement de l’histoire. Du temps de sa présidence, quelques flatteurs avaient donné son nom, sans le consulter, à une avenue, un collège des filles et à l’unique stade de la ville de Fort-Lamy. Mais toujours fidèle à sa modestie, il avait ordonné que ces infrastructures soient débaptisées. Ainsi  « l’Avenue François Tombalbaye » était devenue « Avenue Charles de Gaulle » en hommage à son illustre « père français » disparu en 1970. Le « collège féminin François Tombalbaye » était devenu « Lycée féminin », tout court : il s’agit de l’actuel « Lycée de la Liberté » tandis que le « Stade François Tombalbaye » était devenu « Stade de la concorde ». Ce stade  a une nouvelle fois été débaptisé récemment en « Stade omnisports Idriss Mahamat Ouya », du nom d’une ancienne gloire du sport tchadien. L’ambassadeur de France, Raphaël Léonard Touze  a bien perçu ce caractère assez rare chez les chefs d’Etat africains lorsqu’il écrit : « Tombalbaye, tu avais tes défauts. Qui n’en a pas ? Mais, tu n’étais pas ce fou du « Yondo », ce méchant homme, comme te présentaient ceux qui voulaient ta perte, et s’en réjouissent déjà. Il y avait en toi quelque chose qui t’avait toujours interdit, en amour pour ton pays, en respect de  ta dignité aussi- et c’est si rare qu’il me faut souligner- de t’édifier une fortune, que comme tant d’autres de tes frères des indépendances, tu aurais pu placer en palais, en châteaux et en compte bancaire  en Suisse ou ailleurs. Et puis, tu savais créer l’amitié (...). Je regretterai Tombalbaye... » (pp.370-371)

Arnauld-Ndin.JPGSur l’auteur :

Arnaud DINGAMMADJI est né en 1976 à Moyo, dans l’ancienne sous-préfecture de Maro (Sud du Tchad). Il est titulaire d’une Maîtrise d’Histoire (2008). Journaliste à la revue Carrefour du Centre Culturel Almouna à N’Djaména de 2004 à 2008, il est actuellement cadre du Ministère de l’Education nationale. Ce passionné de la recherche sur l’histoire contemporaine du Tchad est l’auteur:

·        De nombreux articles sur l’histoire du Tchad in revues Carrefour et Cahiers d’Histoire, Centre culturel Almouna, N’Djaména, 2004-2008

·        « Le peuple daye et la tragédie oubliée de Bouna de 1929 » in Cahiers d’Histoire n° 11, septembre-octobre 2007(numéro spécial), 65 pages

·         Ngarta Tombalbaye : parcours et rôle dans la vie politique du Tchad, 1959-1975, Paris, L’Harmattan, 2007,442 pages

·        Histoire de la recherche et de l’exploitation pétrolières au Tchad : péripéties et incidences politiques (1952-2003), mémoire de Maîtrise d’Histoire, Université de N’Djaména, décembre 2008, 157 pages

·        Sur les ruines du Tchad. Lol Mahamat Choua. 120 jours à la tête d’un Etat néant, N’Djaména, Ed. Sao, mars 2009, 111 pages

·        Répertoire des gouvernements du Tchad (à paraître)

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Published by Rdpl, mieux vivre-ensemble - dans Politique
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