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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 15:34


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"Quand nous sauvions la France et baisions les françaises à tour de rôle"!

 

Vous avanciez les pas dans les pas des ancêtres qui n'avaient jamais eu peur vous avanciez tenant ferme dans la main la mémoire d'un  continent solidaire!  Vous avanciez le devoir plein le cœur, le courage vaste comme la savane , vous avanciez la dignité protégée comme le dernier grain, vous avanciez le front haut, la tête droite, la gorge sans tremblement, la voix claire comme le ciel après l'orage, le poignet leste, la main adroite l'index apprivoisant la gâchette, le poing sûr dans la force des muscles ; vous avanciez venus du Sud par une longue mer un océan sans fin, vous avanciez partis d'Afrique vers la France en larmes, la France vaincue par les armes mais debout grâce au courage de vos cœurs d’hommes ; vous avanciez pour relever la France qu'on courbait mais rebelle la tenir debout face à la force de l'occupant la haine de l'occupant la folie de l'occupant ; vous dont la France avait occupé les terres jusqu'aux lits de vos sœurs…

vous avanciez pour inventer une nouvelle fraternité, combattre la vermine qui recouvrait de son manteau de sang l'Europe ; vous avanciez tirailleurs noirs soldats invincibles au courage imparable ; vous avanciez indomptables au combat ne cédant ni un pouce de campagne ni un pouce de plage, vous avanciez plus téméraires que mille lions affamés terrifiant dans le jour terrifiant dans la nuit, vous avanciez portant la France au fronton des héros ! vous avanciez dans la boue vous avanciez dans les épines ; vous avanciez dans la soif un brin de pain taché de sang dans la bouche ; vous avanciez courant contre le vent et insoumis sous la grêle, la neige et le froid dans le corps mais le soleil et la rage dans le fusil ; vous avanciez sur l'ennemi fourmis et éléphants noirs éclatant tous les barrages, vos assauts étaient pareils aux typhons ; vos cris de guerre crevaient les tympans des ennemis ; vous avanciez telle une émeute de panthères la baïonnette imparable ceux qui tombaient se relevaient cent fois pour cent ennemis décapités vous avanciez enjambant des camarades percés comme des tamis et ceux qui finissaient par tomber ne poussaient aucun cri ; vous avanciez ; ils reculaient et quand enfin vous mettiez un genoux à terre la tempe éclatée, votre cri à la mort était si fort que l'ennemi en abandonnait ses canons !

 

Voilà que le malheur de la France était votre malheur la peur de la France votre peur les larmes de la France vos larmes ; le deuil de la France votre deuil ! Voilà que les tombes des frères d'armes de la France étaient vos tombes les orphelins de la France vos orphelins voilà que le drapeau de la France tenait debout sur vos épaules vos épaules déchiquetées mais le drapeau debout dans la nuit du sang,  debout dans le jour de gloire, debout dans vos mains sans doigts le drapeau debout entre vos dents quand vous n'aviez plus de bras, debout dans vos intestins quand vous aviez vidé jusqu'à vos dernières veines le drapeau de la France ; debout dans vos cœurs même quand ils ne battaient plus et dire que ce drapeau a osé compter ses euros pour ses libérateurs….ce drapeau bleu blanc rouge et qui n'a été rouge que pour vous, rouge comme le retour à la maison avec rien que des médailles à mettre dans la marmite rouge d'injustice rouge d'iniquité Gloire à vous tirailleurs noirs beaux comme le soleil après la pluie gloire à vous qui avez étendu sur l'Europe le chant des fraternités d'armes depuis les plages glorieuses de Normandie les champs d'Indochine de Verdun à vous tirailleurs qui vous vouliez de toutes les couleurs et à qui on a voulu conférer que la couleur de la nuit votre sang versé fut telle une mer où pouvait naviguer leurs pétroliers la beauté chaude de vos visages levait le brouillard vos sourires des lampes qui éclairaient les sombres tranchées et le pays noir qui vous habitait vous faisait prendre les bataillons ennemis comme des troupeaux d'oiseaux et à qui un oiseau peut-il faire peur ?Vous avez relevé le visage blanc de votre Blanc frère d'arme posé votre fusil sur l'herbe humide comme vos yeux en larmes déchiré vos manches pour des bandages, ôté votre ceinturon pour un garrot vous teniez sa tête d'or rouge contre votre poitrine la tête blonde de sang de votre camarade blessé vous vous êtes assis dans l'eau puante vos genoux des coussins de soie pour sa tête en flamme les balles vous empruntaient des morceaux de chair vive sans un cri vous teniez entre vos mains noires le visage blanc de votre frère d'arme vos yeux ne quittaient pas ses yeux clos comme pour lui passer la lumière vous lui parliez pour que le sommeil de

la mort ne le recouvre voix douce dans le tam-tam des canons où personne ne danse assis vous teniez entre vos mains le visage blanc et blême de votre frère d'arme il vous fallait le relever le faire vivre jusqu'à la prochaine colonne de feuil vous fallait le porter jusqu'à l'aube entre mines et barbelés et la route était longue et sinueuse l'ennemi éveillé et adroit le ciel froid la terre gelée gorgée de glace l'horizon illisible le vent mauvais le corps comme un camion en panne à pousser dans la boue mourir mais mourir à deux mourir ensemble fraternels mourir la main dans la main le sang dans le

sang car il est bleu blanc rouge le sang du tirailleur noir comme le sang du frère d'arme au visage blanc comme l'alcool de riz c'est l'Afrique dans le lit de l'Europe, l'Europe dans la case de l'Afrique continents aux mêmes paupières ceints par le même bandeau rassemblés dans la même nuit de la mort nourris de la même greffe peau contre peau veines contre veines peur contre peur espérance contre espérance et dans les yeux le même lever de soleil….Au-delà du temps et des blessures les années sont passées depuis sans rien effacer du miroir de la mémoire les âges ont recouvert l'éclat des yeux et gelé la sève des jambes sans rien éteindre de la flamme des amitiés brûlantes comme le silex du premier jour de comblâtes souvenirs sont flambant neufs les joies

partagées encore en fleurs jamais fanées les morsures de jadis couchées dans les mêmes corps déclinées à la même douleur conjuguées au même temps des lames vos lettres leurs lettres sont arrivées en piano kora violon et khalam vos encres étaient de la sève des pommiers des baobabs et des palmiers dattiers c'est le temps de vous saluer ô tirailleurs noirs vous dont nous nous nourrissons des fastes récoltes et pas un fruit ne manque… Mais quelle langue pourra donc vous chanter ?Quelle poitrine pourra donc contenir votre mélodie ?Quel diamant pourra donc rendre l'éclat de vos sacrifices ?Ô

tirailleurs noirs nos remparts à toute soumission nous vous avons loué seulet le bois est resté sec nous vous avons glorifié seul sous tous les temples et le bois est resté sec nous avons offert vos noms seuls à l'histoire et le bois est resté sec nous avons peint Demba aux couleurs du soleil et déboulonné Dupond et le bois est resté sec ô tirailleur noir c'est quand on nomma ton camarade Blanc et le nom de la France glorifié à côté de ton nom que le bois sec s'est couvrit de fougères et s'est mis à fleurir…Laissez vos enfants noirs et blancs vous chanter vous danser ensemble pour que jamais plus la nuit ne tombe sur vos pages de sang bleu…À la fin du jour à la fin des chemins rocailleux aux confins des amertumes et des deuils inscrits dans la chair par-dessus la reconnaissance jetée par bâbord par-dessus la France oublieuse mais fraternelle sous l'accolade indélébile du camarade de La Charité sur Loire à la poignée de main vibrante du frère de Marseille vous avez tissé de vos mains noires du ciel à la terre une fraternité humaine qui jamais ne s'éteindra Gloire à vous tirailleurs noirs gloire à vous les étoiles du jour sur qui aucun soleil ne se couche


Par Amadou Lamine Sall- poète

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Published by Rdpl, mieux vivre-ensemble - dans Editorial
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