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26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 11:35

A Tripoli, l'attente obsédante d'une sortie de crise

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ça sent la fin de règne, tant mieux pour l'Afrique!


Ce n'est pas que la place Verte, au coeur de Tripoli, soit si vaste. Mais depuis des décennies, les drapeaux monochromes donnaient au moindre signe de mobilisation sur l'esplanade un air d'océan émeraude lors des manifestations triomphales organisées pour le Guide libyen. Sur la place, vendredi 24 juin, il n'y a plus d'océan de fidèles, plus de mer de drapeaux, mais juste des taches vertes, celles des couleurs hissées par quelques centaines de ses partisans, venus participer à la manifestation hebdomadaire de soutien au Guide.

 

Mouammar Kadhafi, la semaine passée, avait fait diffuser ici un message pré-enregistré, presque une preuve de vie en l'état des interrogations de la rue sur son sort, alors que les frappes de l'OTAN se sont succédé dans la capitale, au fil des nuits et des semaines. Plus que les bombes, malgré les bavures récentes, ce sont les interrogations sur l'avenir qui ébranlent profondément Tripoli.

 

Les négociations entre le pouvoir et les responsables politiques du mouvement des insurgés, le Conseil national de transition (CNT), dont une source bien informée dit qu'elles "n'ont jamais cessé", peuvent-elles ouvrir une porte de sortie pour le Guide ? Dans une partie au moins des différents centres du pouvoir, à Tripoli, l'hypothèse est envisagée. Mais pour l'heure, il est impensable d'abandonner le moindre pouce de terrain au niveau militaire.

 

Tripoli n'est pas une capitale prête à s'abandonner. Sur la place Verte, le vendredi, les partisans du Guide libyen ne sont peut-être plus très nombreux, mais ils compensent la modestie de leurs effectifs en ouvrant le feu vers le ciel avec un enthousiasme tel qu'on s'y entend à peine. Et promettent de se servir dès que nécessaire des armes distribuées avec largesse.

 

kadhafidebyme"MÊME LES FEMMES ET LES ENFANTS ONT DES ARMES"

A quelques rues de distance, ces chargeurs qu'on vide en masse laissent de marbre les acheteurs du souk voisin. Les étals sont remplis, mais les prix flambent. Dans toute la ville, on fait la queue plusieurs jours - quatre parfois - pour faire avancer sa voiture par petits crans dans des files de plusieurs kilomètres jusqu'aux stations-service. Les conducteurs et les acheteurs du vendredi ne sont pas les seuls à avoir l'esprit ailleurs. Encore quelques centaines de mètres, et voici l'une des plages de Tripoli, bondée en ce vendredi.

 

Mais gare aux illusions, qui se télescopent dans un pays où elles ont eu le temps d'être cultivées pendant les quarante-deux années qui se sont écoulées depuis l'arrivée au pouvoir de Mouammar Kadhafi. "Même les femmes, même les enfants ont des armes", clament des jeunes sur la place Verte. La nuit, des coups de feu claquent ici ou là. La criminalité, dans l'immédiat, semble augmenter plus vite que la fréquence des attaques de cellules secrètes de l'opposition qui attendraient dans Tripoli le moment propice pour tenter d'y allumer une insurrection depuis les quartiers déjà considérés comme hostiles au Guide.

 

Cela n'empêche pas les différents services de sécurité d'être toujours présents, en uniforme ou en civil. Entre Tripoli et la frontière tunisienne, à moins de deux cents kilomètres, on compte une quarantaine de barrages. Certains, tenus par des forces locales. D'autres, plongé dans l'obscurité complète, ne doivent être abordés que tous feux éteints. Les hommes en uniforme ne portent aucun insigne. Ils ont le doigt sur la détente.

 

Dans le reste du pays, les fronts se sont figés. Dans l'est, vers Brega, nul n'imagine les forces de Mouammar Kadhafi être débordées. Dans les monts Nafusa, à moins d'une centaine de kilomètres au sud de Tripoli, des poches rebelles ont réussi à assurer des jonctions entre elles mais peinent à descendre de leur terrain, dans les reliefs, pour affronter les troupes loyalistes à découvert. La menace la plus directe pour Tripoli vient plutôt de Misrata, la grande cité portuaire, où les forces du CNT sont à moins de 200 kilomètres de la capitale, non loin de Zlitan.

 

Dans la petite foule qui se presse sur la place Verte, un homme déambule avec le portrait de son frère, officier tué devant Misrata lorsque les forces loyalistes ont été chassées du centre de la ville par les insurgés. Sur son téléphone portable, il montre des photos du Guide libyen en compagnie de son propre père, officier lui aussi. Autour de lui, des jeunes de la tribu des Warfalla, la plus importante numériquement du pays, affirment qu'ils n'accepteront pas sans combattre la domination d'autres tribus. Abdelaziz Mabrouk, retraité et chauffeur de taxi, s'enflamme au milieu de la foule. "Si le Guide s'en va, beaucoup de gens vont mourir ! Moi, je vais me mettre une ceinture d'explosifs et faire tout péter !" A ce stade, nul ne semble prendre cette perspective tragique au sérieux.

 

arton3740A l'heure où la Chambre de représentants américains rejetait symboliquement un texte autorisant l'intervention militaire des Etats-Unis (sans la priver pour autant de fonds), Mikhaïl Marghelov, représentant spécial du président russe Dmitri Medvedev chargé du dossier libyen, a déclaré, vendredi à Moscou, que"toutes les hypothèses" étaient envisageables pour l'avenir de Mouammar Kadhafi, signe que son pays, hostile aux frappes de l'OTAN, pouvait envisager son départ. Plusieurs pays, notamment en Afrique, pourraient accueillir le Guide qui a toujours répété qu'il ne quitterait jamais la Libye.

 

Le monde.fr

Jean-Philippe Rémy Article paru dans l'édition du 26.06.11

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Published by Rdpl, mieux vivre-ensemble - dans Afrique
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