Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 20:10

maran.jpgNé à Fort-de-France le 5 novembre 1887, René Maran demeure le grand oublié de cette littérature que l'on nomme aujourd'hui « francophone ». Alors que Léopold-Sédar Senghor en a lui-même fait le « précurseur de la négritude », et malgré un prix Goncourt gagné deux années après la victoire de Proust, le nom de Maran reste méconnu de la plupart des spécialistes en lettres francophones. Il est vrai que les origines de Maran font de lui un auteur difficile à catégoriser.

Le jeune Maran fut très vite contraint de déménager dans « la métropole », à Bordeaux plus précisément, alors que son père est muté au Gabon. D'autre part, ses parents n'étaient pas d'origine martiniquaise, mais guyanaise. Enfin, l'auteur de Batouala passa la plupart de sa vie entre la France et l'Afrique, en Oubangui notamment, ce qui rend d'autant plus problématique la catégorisation de l'appartenance géographique de cet écrivain, mais ceci explique aussi son intérêt pour la communauté noire, non seulement antillaise, mais aussi d'Afrique, de France et des États-Unis (on notera au passage l'importance de sa correspondance avec Alain Locke).

L'œuvre de René Maran est celle du déchirement : fidèle corps et âme à la France (il voudra même s'engager dans l'armée lors de la première guerre mondiale), il n'en demeure pas moins critique du système colonial, système qui empêcha son père d'obtenir la Légion d'honneur. Sa fonction d'administrateur des colonies le met dans une position délicate : il se doit de servir son pays qu'il chérit tant, mais ne peut s'empêcher de se sentir solidaire des peuples d'Afrique équatoriale française. Ce sentiment de double appartenance sera cristallisé dans son roman Un homme pareil aux autres.

Mais c'est surtout avec Batouala, roman qu'il juge « trop noir et ineuropéen » pour les Français, qu'il se fera connaître, roman qui force l'admiration des uns, et provoque la colère des autres, notamment des responsables de l'administration coloniale qui interdit la diffusion du livre en Afrique (Maran sera contraint de démissionner de son poste). La préface de Batouala (1921) constitue en effet une véritable diatribe contre le système colonial puisque Maran s'attaque de manière directe à la façon dont l'administration coloniale gère ses territoires de l'Afrique Équatoriale Française. La corruption de cette administration coloniale – que Marguerite Duras dénoncera également en parlant de l'Indochine – s'accompagne de débordements en tous genres de la part des hauts fonctionnaires. Ces débordements, surtout causés par les abus d'alcool, seront justifiés par la fameuse « mission civilisatrice » de la France que Maran attaque de plein fouet, racontant dans cette préface que les villages concernés sont peu à peu pillés et dépeuplés.

Toutefois, la prise répétée de quinine, le manque répété de sommeil, et la mort de ses proches pousseront René Maran à un retour en France sans fanfare, où il meurt le 9 mai 1960, laissant derrière lui une œuvre inspirée du naturalisme à la Balzac, mais qui emprunte également des rythmes de l'Afrique qu'il a tant aimée.

– Steve Puig

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Rdpl, mieux vivre-ensemble - dans Monde
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : RDPL, Mieux Vivre-Ensemble
  • RDPL, Mieux Vivre-Ensemble
  • : Rassemblement Démocratique pour la Paix et les Libertés au Tchad. La passion de bâtir, le rêve de construire un Tchad nouveau!
  • Contact

Young-black« Nous voulons être délivrés. Celui qui donne un coup de pioche veut connaitre un sens à son coup de pioche. Et le coup de pioche du bagnard, qui humilie le bagnard, n’est point le même que le coup de pioche du prospecteur, qui grandit le prospecteur. Le bagne ne réside point là où les coups de pioche sont donnés… » ANTOINE de Saint-Exupéry, in TERRE DES HOMMES.

 

284215_1905906284433_1145065966_31634001_2909666_n.jpg



Rechercher