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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 23:36

La France voudrait-elle jouer les gendarmes de la démocratie en Afrique ? Mercredi dernier, à l’occasion de la conférence annuelle des ambassadeurs français à Paris, Sarkozy a prononcé un discours vigoureux. Venant de la bouche du premier dirigeant d’une ancienne puissance coloniale, ces propos ont de quoi laisser perplexe. Mais le ton a bien été donné, conforme en cela au thème de la rencontre :

Sans-titre-2.jpgDans un monde en mouvement, la France acteur du changement tandis que Idriss Deby (ici, à gauche) a de la peine a s'asseoir!

L’action se situe désormais au coeur de la nouvelle diplomatie française. Reste à savoir si cette nouvelle politique tiendra longtemps. La France, on le sait, a toujours cherché à préserver ses chasses gardées en Afrique. Bien souvent à contre-courant du mouvement démocratique, sa diplomatie a ainsi été qualifiée de « balbutiante » à propos des soulèvements populaires dans les pays arabes. On lui a reproché de n’avoir pas vu venir les premières manifestations du « printemps arabe », surtout la colère des Tunisiens.

Qu’on se rappelle Michel Alliot-Marie, alors ministre des Affaires étrangères, proposant à Ben Ali « le savoir-faire des forces de sécurité françaises », pour contrôler les manifestations. Aujourd’hui, Paris voudrait faire amende honorable et se rattraper. D’où vient-il que subitement, la France se donne pour mission de sauver les peuples africains en détresse ? Le discours de Sarkozy intervient dans des circonstances bien particulières. Est-il donc crédible ?

Les propos tenus seront-ils suivis d’effet ? Mais pourquoi ne pas accorder le bénéfice du doute à celui qui a osé s’attaquer ouvertement aux forces contraires à la démocratie en Côte d’Ivoire ? Le discours de Sarkozy montre à quel point le chef de l’Etat français se trouve au pied du mur. Et si ses propos incarnent une sorte de réalisme africain, c’est bien parce que l’homme ne peut faire autrement. Ceci justifiant donc cela, les dictateurs n’ont qu’à bien se tenir ! La nouvelle diplomatie française en marche depuis quelques mois déjà, est conduite par un homme rompu aux grandes négociations : Alain Juppé.

Cet ancien Premier ministre et ancien ministre des Affaires étrangères, est bien connu pour avoir géré la diplomatie française sur les pourparlers de paix d’Oslo entre Israéliens et Palestiniens en 1993. Il fut également des négociations sur le Rwanda en 1994, et de celles de 1995 ayant porté sur le conflit en Bosnie. Arrivé au Quai d’Orsay en début mars, Juppé s’est d’abord félicité de l’avènement des révoltes arabes. Il a été jusqu’à promettre que la France se tiendrait aux côtés des peuples qui aspirent à la démocratie.

Comme pour joindre l’acte à la parole, il a effectué son premier déplacement au Caire. La France se veut donc désormais l’avocat des peuples. L’Elysée n’entend plus laisser des dirigeants africains, au sommet de leur gloire, massacrer impunément leurs concitoyens pour assouvir la boulimie du pouvoir.

Voilà trop longtemps déjà que le désespoir a envahi les rangs de nombreux démocrates. Les compromis, les consensus, tout leur a été refusé alors que les puissances occidentales se montraient sourdes aux critiques et aux appels. De reculades en reculades, presque partout, l’opposition a fini par se résigner et se recroqueviller comme peau de chagrin. Désormais, face à la tyrannie de régimes qui s’accrochent au pouvoir, s’approprient les ressources nationales et tiennent les peuples en respect, il s’avère que le destin de l’Afrique se jouera de plus en plus ouvertement en dehors du continent. En tout cas, le patron de l’Elysée semble avoir prévu dans son agenda, de mettre hors d’état de nuire ces fossoyeurs de la démocratie qui troublent également le sommeil de l’Occident. Ira-t-il jusqu’au bout ? Quelles seront les prochaines cibles de Nicolas Sarkozy ? Après la Libye, la Syrie ?

A l’évidence, les Occidentaux font face à un choix cornélien. Sûr qu’ils y regarderont par deux fois avant d’intervenir là où ils n’ont pas d’intérêts sérieux. Que fera Sarkozy après en avoir fini avec ceux qui illustrent à ses yeux le nouvel axe du diable ? Que fera-t-il de ces sempiternels alliés des Occidentaux dont nul n’ignore les frasques sur le continent ?

Le chef de l’Etat français osera-t-il s’attaquer frontalement à tous ces amis et alliés encombrants qui n’éprouvent aucune pitié à l’endroit des défenseurs des droits humains et de la libre expression ? Saura-t-il ramener à la raison les brebis égarées d’un libéralisme à saveur exotique, lequel n’a rien à voir avec celui, ouvert mais impitoyable, à la fois très concurrentiel et arc-bouté sur des lois et principes républicains ? Attendre de voir, paraît plus sage.

Aujourd’hui, Paris prépare le terrain pour l’instauration d’une Libye démocratique. L’enjeu, c’est de débloquer au plus vite les fonds libyens gelés à l’étranger. Il faut les mettre vite à la disposition des nouvelles autorités afin qu’elles puissent s’atteler à des tâches de reconstruction, au paiement des salaires, ce qui permettra d’éviter le chaos. De nombreux pays s’étant engagés à débloquer ces fonds, une autre résolution du Conseil de sécurité est nécessaire pour libérer les actifs.

Les Français cherchent à éviter l’erreur américaine en Irak. Elle aurait consisté selon eux, à dicter le processus politique post-conflit au lieu de l’accompagner. A l’inverse, la diplomatie française entend associer le plus de partenaires possibles. Y compris ceux qui, comme la Russie, la Chine ou l’Allemagne, se sont montrés réticents à l’intervention. Pour Paris en effet, la phase de la transition s’est ouverte avec la victoire des insurgés à Tripoli. Un nouveau Sarkozy en émergence ? Pourquoi pas ? Mais il ne faut pas être dupe.

En effet, la présidentielle française est pour l’année prochaine. Il faut bien travailler à faire oublier le déficit budgétaire, le chômage et l’énormité des problèmes sociaux. A défaut de pouvoir laver le cerveau de l’électeur, le retour fracassant de la diplomatie française pourrait bien lui valoir quelques points. Les calculs de politique intérieure ne manquent donc pas. Mais pour les Africains, ce qui importe, c’est que la rupture d’avec une certaine diplomatie en Afrique soit réellement consommée.

Le Pays

Source: le CONGO:

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Published by Rdpl, mieux vivre-ensemble - dans Afrique
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