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Rassemblement Démocratique pour la Paix et les Libertés au Tchad. La passion de bâtir, le rêve de construire un Tchad nouveau!

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Le dieu des vaincus est devenu le diable des vainqueurs. Aimé Césaire

Extrait du Cahier d’un retour au pays natal.

Un soir dans un tramway en face de moi, un nègre.
C’était un nègre grand comme un pongo qui essayait
de se faire tout petit sur un banc de tramway.

Il essayait d’abandonner sur ce banc crasseux de tramway
ses jambes gigantesques et ses mains tremblantes de boxeur
affamé.

Et tout l’avait laissé, le laissait. Son nez qui semblait
une péninsule en dérade et sa négritude même qui
se décolorait sous l’action d’une inlassable mégie.

Et le mégissier était la Misère. Un gros oreillard subit dont
les coups de griffes sur ce visage s’étaient cicatrisés
en îlots scabieux.  Ou plutôt, c’était un ouvrier infatigable, la
Misère, travaillant à quelque cartouche hideux. On voyait
très bien comment le pouce industrieux et malveillant
avait modelé le front en bosse, percé le nez de deux tunnels
parallèles et inquiétants, allongé la démesure de la
lippe, et par un chef-d’œuvre caricatural, raboté, poli,
verni la plus minuscule mignonne petite oreille de la création.
C’était un nègre dégingandé sans rythme ni mesure.
Un nègre dont les yeux roulaient une lassitude sanguinolente.
Un nègre sans pudeur et ses orteils ricanaient de façon
assez puante au fond de la tanière entrebâillée de ses souliers.
La misère, on ne pouvait pas dire, s’était donné un mal
fou pour l’achever.
Elle avait creusé l’orbite, l’avait fardée d’un fard de
poussière et de chassie mêlées.
Elle avait tendu l’espace vide entre l’accrochement solide
des mâchoires et les pommettes d’une vieille joue
décatie. Elle avait planté dessus les petits pieux luisants
d’une barbe de plusieurs jours. Elle avait affolé le cœur,
voûté le dos.
Et l’ensemble faisait parfaitement un nègre hideux, un
nègre grognon, un nègre mélancolique, un nègre affalé,
ses mains réunies en prière sur un bâton noueux. Un
nègre enseveli dans une vieille veste élimée. Un nègre
comique et laid et des femmes derrière moi ricanaient
en le regardant.
Il était COMIQUE ET LAID,
COMIQUE ET LAID pour sûr.
J’arborai un grand sourire complice...
Ma lâcheté retrouvée !
Je salue les trois siècles qui soutiennent mes droits
civiques et mon sang minimisé.
Mon héroïsme, quelle farce !
Cette ville est à ma taille.
Et mon âme est couchée. Comme cette ville dans la crasse
et dans la boue couchée.
Cette ville, ma face de boue.
Je réclame pour ma face la louange éclatante du crachat !…

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