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Rassemblement Démocratique pour la Paix et les Libertés au Tchad. La passion de bâtir, le rêve de construire un Tchad nouveau!

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Faut-il encore financer et observer les élections en Afrique ?

Afrique Express, mai 2001 -

L'élection présidentielle qui vient d'avoir lieu le 20 mai au Tchad a montré une fois de plus l'inutilité de ce genre de rite imposé aux pays africains depuis les années 90 pour cause de démocratisation. Comme au Cameroun, comme en Guinée, comme au Togo, comme au Gabon, comme encore tout dernièrement au Bénin, les dés étaient pipés, la partie réglée d'avance. Qui a pu croire un instant que l'élection au Tchad puisse se dérouler selon des normes acceptables, d'abord par les Tchadiens eux-mêmes, puis par la communauté internationale, qui a financé en partie cette élection ? Comment imaginer un instant que le président tchadien, Idriss Deby, et tout son entourage, puissent organiser une élection tout simplement "normale", et ce faisant prendre simplement le risque d'être battu ?
Depuis 1990, date de l'arrivée au pouvoir d'Idriss Deby, le régime tchadien s'est caractérisé par quelques ouvertures démocratiques de bon ton, comme une certaine liberté de la presse, la reconnaissance des partis politiques ou encore la liberté d'association. Des élections -présidentielle et législatives - y ont même déjà eu lieu avant cette dernière mascarade. Pour autant, le Tchad d'aujourd'hui peut-il bénéficier du label de "régime démocratique" et de ce fait bénéficier d'un appui financier pour organiser des élections dont la seule finalité est de conforter un régime très critiquable et très critiqué ? Loin s'en faut.

Au quotidien, le vernis démocratique craque de toute part. La presse est sous la menace permanente de la justice, quand ce n'est pas sous celle, musclée, des forces de sécurité. La seule radio indépendante du pouvoir, Radio Liberté, n'a pas été autorisée à retransmettre des émissions à caractère politique pendant toute la durée de la dernière campagne électorale. Imagine-t-on interdire aux médias brésiliens de parler de football pendant une coupe du monde ? C'est un peu cela, le Tchad d'aujourd'hui.
La liberté des activités politiques n'y est tolérée que quand elle ne dérange pas. A peine le scrutin terminé, le ministre de l'Intérieur, Abderhaman Moussa, a interdit tout rassemblement de plus de 20 personnes. Les six candidats à l'élection présidentielle qui étaient opposés au président Deby ont tous été arrêtés pour le simple fait d'avoir voulu organiser une meeting post-électoral.
Quant à la liberté d'associations, elle aussi a ses limites. L'EPOZOP (l'Entente des Populations de la Zone Pétrolière), une coordination de défense des intérêt des populations de la région pétrolifère du Sud n'est toujours pas reconnue car c'est la seule qui pourrait mettre à mal l'ouverture du robinet des pétrodollars tant attendus par les tenants du pouvoir.
Malgré ces dérives connues de tous, la France a financé en partie cette élection présidentielle. On attend depuis l'appréciation finale du Quai d'Orsay qui tarde à venir.
Si la France officielle manque d'idées, elle pourra toujours trouver conseil auprès du Parti socialiste français qui, lui, a estimé que "les autorités tchadiennes ont délibérément violé les lois du pays pour mener à bien un coup de force électoral dans le but de maintenir le président sortant Idriss Deby à la tête de l'Etat".

Pauvre francophonie

Ils étaient trente six. Trente six braves, mandatés par l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) pour observer et juger cette élection présidentielle. Trente six braves pour observer 4.596.466 électeurs qui devaient voter dans les 6.284 bureaux de vote mis en place par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) sur un territoire de 1.284.000 km2.
Aussi, nos trente six braves, qui ont affirmé avoir visité le jour du scrutin 250 bureaux de vote à N'Djamena et à l'intérieur du pays, ont-ils jugé que "dans l'ensemble, le vote s'est déroulé sans difficulté majeure et sans intimidation". Nos braves ont même cru bon d'ajouter que "le dépouillement s'est déroulé, en général, conformément aux dispositions légales".

Quid du recensement des électeurs, premier point contesté par les opposants au président Deby, qui l'accusaient d'avoir fait gonfler les listes électorales dans ses fiefs de la partie septentrionale du pays et de les avoir "vidées" d'électeurs dans le Sud, qui lui est traditionnellement hostile ? Rien.

Faut-il encore financer et observer les élections en Afrique ?

"Les opposants ont accepté de participer à cette élection ce qui est un signe de consensus sur ce litige", a répondu en substance le chef de la délégation des observateurs de l'OIF, Ide Oumarou, ancien secrétaire général de l'Organisation de l'unité africaine (OUA).
Quid du dépouillement et du décompte général des résultats par la CENI, phase cruciale puisque c'est en général à ce moment que s'opère la plus grande partie de la fraude ? Rien. L'OIF n'a rien vu puisque cette opération s'est déroulée après le départ de ses observateurs.
Quid du vote à l'étranger qui concernaient quelque 400 000 électeurs ? Rien. Là, l'OIF a reconnu qu'elle n'avait rein observé.

Quid du vote des nomades, ces Tchadiens qui ont le droit de voter à peu près n'importe où, là où ils se trouvent, plus de 300 000 personnes concernées ? Rien. Incontrôlable aussi cette partie du scrutin.
Quid du vote des mineurs, alors qu'un adolescent à peine âgé d'une quinzaine d'années a voté devant Idé Oumarou en personne dans le bureau où le président Deby a accompli son devoir électoral ? Rien. Pas de commentaire. Comment pourrait-il d'ailleurs en être autrement ? Comment nos braves observateurs pourraient-ils contrôler l'âge des votants, voire même leur identité réelle ? Strictement impossible.
Au mieux, les observateurs de la francophonie ont vu des gens glisser des enveloppes dans des urnes. Et rien d'autre. Avant ? Qui a été recensé ? Comment ? Pas d'avis. Après ? Comment ont été traités les procès verbaux des bureaux de vote par la CENI ? Rien vu. déjà partis.
Que ces observateurs ne voient rien n'est évidemment pas de leur faute. Leur mandat, leur compétence, voire leur droit d'ingérence, ne leur permettent pas de faire autre chose que ce qu'il font. Mais le problème résulte du fait qu'en portant un vague jugement qui ne fâche pas trop le pouvoir en place, l'OIF cautionne ce type d'élection totalement obscure. Et comme à l'habitude, le pouvoir attrape à deux mains le communiqué final de l'OIF pour le brandir à la communauté internationale, tel un jugement de Salomon.
Depuis l'arrivée de Boutros Boutros Gali en 1997 à la tête de la Francophonie, cette organisation s'est résolument engagée dans un programme d'appui à la démocratisation. Est-ce en offrant huit ordinateurs à la Cour constitutionnelle tchadienne la veille du vote et en envoyant une telle mission d'observation que la Francophonie a fait progresser la démocratie au Tchad ?
La question mérite d'être posée car en pratiquant ainsi, l'OIF cautionne de plus en plus fréquemment ce qui est indéfendable, sauf à considérer que le continent africain doit se contenter de peu.
Tant qu'une telle organisation ne se donnera pas les moyens d'observer et de juger une opération électorale du début jusqu'à la fin, c'est à dire à partir du recensement des électeurs jusqu'à la publication définitive des résultats par l'instance agréée, en général la Cour suprême, tout autre méthode d'observation ne sera qu'une vaste plaisanterie confinant à de la manipulation politique.

Certes, il y a encore plus sournois dans le genre, comme l'attitude des Etats-Unis qui se sont lavé les mains de cette élection au Tchad en argumentant en substance: "nous n'avons pas financé cette élection parce que nous pensions qu'elle ne serait pas crédible. Nous n'avons donc pas à la juger". Certes, dans un an, le traditionnel rapport annuel du département d'Etat américain sur les droits de l'homme relèvera certainement de "graves manquements" en matière de démocratie au Tchad, ce qui n'aura malgré tout pas empêché les compagnies pétrolières américaines ExxonMobil et Chevron d'y continuer leurs opérations dans le projet de la région de Doba. On peut se demander pourquoi le non-respect des droits de l'homme au Soudan interdit aux compagnies pétrolière américaines d'y opérer mais pas au Tchad.
Pourtant, la vie dans certaines régions du Tchad se comprend en deux minutes en feuilletant simplement quelques pages éditées par la Ligue tchadienne des droits de l'homme (LTDH). En une dizaine de photographies, tout est "dit" : de la torture au viol en passant par le saccage de lieux de militantisme, le tout dans une totale impunité.
L'image d'un cadavre boursouflé, criblé de balles, extrait des eaux du fleuve Logone a-t-elle moins de poids que celle complaisante d'un brave citoyen accomplissant son devoir électoral en glissant un bout de papier dans une urne ? Si tel est le cas, que l'OIF et les principaux pourvoyeurs d'aide expliquent une fois pour toute à quelle aune se mesure le niveau de démocratie en Afrique.
Ensuite, le jeu sera plus clair. Pour ceux qui prennent les armes et pour ceux qui continueront à voter.

R-J LIQUE

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