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Un chat lu dans le « Monde.fr » dresse le bilan de la convention démocrate de Denver qui a investi Barack Obama comme candidat officiel.
Aziz Enhaili : La convention démocrate a-t-elle rempli sa fonction unificatrice des démocrates derrière Barack Obama ?
John Mohune : Barack Obama est sans cesse comparé à de grandes figures de l'histoire (Martin Luther King, JFK...), mais les comparaisons tiennent-elles en dehors du fait qu'il représente un certain espoir pour l'avenir des Etats-Unis ? Dans quelle mesure la convention de Denver nous a-t-elle fait découvrir une nouvelle facette du visage d'Obama ?
Patrick Jarreau : Obama n'est pas encore un personnage historique, mais la situation dans laquelle il se trouve et qu'il a largement créée est, elle, historique. C'est bien la première fois qu'un des deux grands partis américains qui se sont partagé la présidence des Etats-Unis depuis le milieu du XIXe siècle choisit comme candidat pour cette fonction un non-Blanc. 45 ans après le fameux discours de Martin Luther King à Washington, c'est un événement que l'on peut sans risque de se tromper qualifier d'historique. Autre chose est de savoir si Barack Obama sera lui-même à la hauteur de la chance qui lui est offerte et si les Américains seront convaincus dans leur majorité de franchir le pas consistant à confier leur destin pour quatre ans à un homme qui n'est pas issu du groupe social et ethnique jusque-là dominant dans l'histoire des Etats-Unis. Quant au candidat lui-même, la convention ne nous a peut-être rien appris de nouveau sur son histoire, qui a été rappelée et scénarisée à l'intention du public des télévisions. On peut dire que le discours qu'il a prononcé dans la nuit de jeudi à vendredi pour nous a montré qu'il était capable de relever le défi des critiques qui lui ont été adressées depuis un mois par les républicains bien sûr, mais aussi par les commentateurs.
Mattia Pisetta : Quand allons-nous voir les effets directs de cette convention ? J'explicite : est-ce que les ex-électeurs de Clinton durant les primaires se sont davantage ralliés à Obama ? Va-t-il, selon vous, distancer un peu plus McCain dans les sondages ?
Patrick Jarreau : Traditionnellement, après les conventions des deux partis, il se produit dans l'opinion un rebond en faveur du candidat officiellement investi et du "ticket" qu'il forme avec son colistier. Cela devrait donc apparaître dans les huit jours qui viennent. Si ce n'était pas le cas, ou si ce rebond était faible, les démocrates auraient de quoi sérieusement s'inquiéter pour leurs chances de remporter l'élection. Obama, d'après les derniers sondages, n'avait pas rassemblé avant la convention la totalité des électeurs démocrates. On sait pourquoi : une partie des partisans d'Hillary Clinton n'était pas prêts à voter pour lui et même certains d'entre eux annonçaient qu'ils préféreraient voter pour John McCain. La question qui se pose maintenant est de savoir si Barack Obama va réussir à unifier l'électorat du Parti démocrate en attirant à lui les récalcitrants. Il dispose dans l'électorat démocrate d'une marge de progression supérieure à celle de McCain dans l'électorat républicain, puisque le sénateur de l'Arizona a déjà rassemblé neuf électeurs républicains sur dix.
Flo728 : Comment Obama peut-il parvenir à convaincre l'opinion de la sincérité de l'engagement d'Hillary et que les critiques d'hier n'étaient que mensonges ?
Patrick Jarreau : Je ne pense pas que le problème se pose en ces termes. Il s'agit plutôt de savoir si le programme d'Obama tel qu'il l'a exposé la nuit dernière et qu'il va détailler dans les jours et les semaines qui viennent est de nature à rallier l'ensemble des électeurs démocrates, et aussi, naturellement, une partie des "indépendants", ces centristes qui ne se reconnaissent dans aucun des deux grands partis. La dynamique des campagnes américaines fait que la période des primaires est maintenant passée et que la campagne appartient au "ticket" qui a été désigné à Denver. Symboliquement, d'ailleurs, ni Hillary ni Bill Clinton n'était présent lors du discours d'acceptation d'Obama. Je ne vois vraiment pas de raison solide pour un électeur ou une électrice démocrate de préférer John McCain dans le contexte actuel. L'hypothèse d'un vote de ressentiment ou de vengeance me paraît peu crédible.
Ryvius : A-t-il réussi à se dégager de cette image d'homme trop cultivé, pas suffisamment proche de la classe moyenne américaine ?
Patrick Jarreau : Il s'est efforcé en tout cas de montrer tous les liens qui le rattachent à la classe moyenne, et même, en fait, aux catégories sociales les plus pauvres des Etats-Unis. Il a aussi insisté sur les propos de McCain qui peuvent être exploités contre le candidat républicain afin de montrer que son mode de vie le tient très éloigné des réalités que connaissent les Américains "ordinaires". Obama n'a pas cherché à se faire passer pour ce qu'il n'est pas. Il a insisté au contraire sur le fait que sa femme et lui avaient pu faire des études supérieures alors même qu'ils sont nés dans un milieu social défavorisé. Obama n'est pas Bill Clinton, avec son goût des hamburgers, des chansons populaires et du mode de vie de l'Amérique rurale du Sud. Il n'a pas essayé de se faire passer pour cela. Il a rappelé en revanche soigneusement que son environnement familial, ses parents et ses grands-parents, étaient des gens venus de milieux pauvres et qu'il était même arrivé à sa mère de recourir aux bons d'alimentation pour nourrir sa sœur et lui-même.