Rassemblement Démocratique pour la Paix et les Libertés au Tchad. La passion de bâtir, le rêve de construire un Tchad nouveau!
Mon cher ami, les violences contre les journalistes au Sénégal ne peuvent laisser les gens épris de liberté pantois. En effet, je ne reviens pas sur le caractère ignoble des actes moyenâgeux de nos gouvernants, mais j’aimerais partager cette réflexion avec toi, et avec tous les défenseurs de la liberté de la presse. Il y a quelques mois, je suis tombé sur un ouvrage, Black List ou liste noir (je te recommande d’ailleurs de le lire) qui raconte l’aventure d’une quinzaine de journalistes américains parmi les plus réputés. Ils avaient reçu tous les honneurs, tous les prix de la profession Pulitzer ou autres. Et puis un jour, ils sont tombés sur un sujet tabou. Et ce jour-là, ces gens qui étaient encensés ont vu leur carrière cassée, toujours avec les mêmes mots : qu’ils sombraient dans la théorie du complot- tout simplement parce qu’ils avaient prouvé que la Cia était l’un des principaux pourvoyeurs de drogue aux Etats-Unis, parce qu’ils avaient découvert que la disparition d’un avion civil au large des côtes américaines n’avait rien à voir avec la version officielle, parce qu’ils remettaient en cause le comportement des troupes américaines au Vietnam, etc.
Eh bien, dans la société sénégalaise, il y a des milliers de sujets tabous : il y a le Président et son fils, la famine dans le pays, le riz, le comportement indigne de certains gouvernants…. Et là, vous avez le verrouillage, c’est à dire les directeurs de journaux et de médias – surtout dans les supports les plus crédibles – se voient carrément imposer des journalistes liés, avec quelque part un fil à la patte.
Comment tient-on les journalistes dans les domaines réservés ? Les méthodes classiques, comme l’expliquait un ami marchent toujours : l’argent, le sexe, l’alcool, parfois les trois. Et puis, le Sénégal est quand même seul le pays au monde dit démocratique où les journalistes sont confondus avec des criminels et défilent chaque jour à la Division des investigations criminels (Dic). Cela permet l’autocensure et le chantage si un journaliste a commis quelques peccadilles. Enfin, il y a une méthode plus moderne, le «dopage». Un journaliste peut avoir tout d’un coup trois cents personnes qui travaillent pour lui. Leur métier ? Agents de renseignements... Trois cent personnes qui travaillent pour vous- mon cher !, ça aide à sortir des scoops ! Vous devenez l’un des meilleurs de votre génération.
Seulement, si on ne vous fournit plus, vous êtes en manque. A ce moment-là, il faut payer le loyer, par une désinformation stratégique…
Vous avez ainsi un certain nombre de mécanismes dont l’objectif est le même : sur certains sujets, on désinforme. Et on désinforme d’autant mieux sur un sujet qu’on ne désinforme pas sur d’autres sujets moins importants. Donc, attention aux brebis galeuses.
Bassirou NIANG - bassirou10@caramail.com -
Dea Sciences des Organisations et des Institutions
Dess Management des affaires - Doctorant en Sciences de gestion – Montpellier 3