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Faut-il "tuer le père" aussi en politique? - Rue89

Faut-il "tuer le père" aussi en politique  ? La question mérite réflexion à la suite du dernier incident qui marque le principal parti de l’extrême-droite française… Après de nombreux épisodes ces quinze dernières années, où la parole de Jean-Marie Le Pen a semblé soumise à des phases successives de normalisation et de radicalisation, le président du FN, dans le journal Bretons, est revenu sur une déclaration antérieure qui avait fait l’objet de poursuites judiciaires  : les chambres à gaz représentent un "détail de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale".


On peut dire que le propos, au minimum, consiste à relativiser de nouveau l’importance de la Shoah ; au maximum, à remettre en doute l’existence même des chambres à gaz, c’est-à-dire l’organisation rationalisée de la Solution finale. La nouveauté, cette fois-ci, est que sa fille Marine Le Pen, qui apparaît de plus en plus comme le personnage-clef de la succession de Jean-Marie Le Pen, réagit en s’opposant clairement aux déclarations de son père. Elle a déclaré vendredi qu’elle ne "partageait" pas la "vision" de son père sur les chambres à gaz.

La réponse du secrétaire général du FN, Louis Aliot, est également très intéressante  : "Les propos de Jean-Marie Le Pen n’engagent pas le Front National. Ils ne constituent en aucun cas une ligne politique."


En effet, elle met en place d’une manière assez forte, une rupture entre Jean-Marie Le Pen lui-même et le Front national. Un pas de plus dans le processus de succession au sein du parti d’extrême-droite. Deux conclusions peuvent en être tirées  : Le FN, bien qu’en crise électorale depuis l’avènement de Sarkozy, a devant lui une épreuve essentielle à surmonter  : survivre à l’existence politique de son leader-créateur, ce n’est qu’à ce prix qu’une formation peut légitimement s’intituler parti politique. Simple à exprimer, cette réalité est certainement difficile à mettre en place dans une organisation où la croyance dans la personne du président est centrale  !

    • Cette transition est aussi une transition de personne, donc de désir. Il semble assez clair que chez Jean-Marie Le Pen le désir de s’opposer était plus fort que le désir de gouverner, ce qui a fait longtemps du FN une force redoutée mais finalement impuissante. En est-il de même pour sa fille  ? N’est-elle pas marquée par le cas du MSI italien et de la petite fille de Mussolini qui aujourd’hui fait alliance avec Berlusconi  ? Finalement, Marine Le Pen se verrait-elle ministre d’un gouvernement d’alliance UMP-FN  ?


    Voilà une question qui mérite d’être posée et réfléchie. En tout cas, si la réponse devait être positive, il s’agirait d’un véritable aggiornamento de l’extrême-droite française… et de notre système politique.

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