Tout le reste : les nombreuses déclarations, les rencontres avec la famille du disparu à N’djaména comme à Paris, etc., sont des gesticulations pour la consommation interne. L’Ambassadeur de France et son Conseiller militaire portent une lourde responsabilité dans l’arrestation et l’assassinat d’Ibni ; la suggestion de l’arrestation viendrait d’eux. En quelle langue et sous quelle forme doit-on annoncer à la France la mort d’Ibni ? Deby, lui-même lors de sa première conférence de presse a déclaré que parmi les victimes, il y a des chefs des partis politiques ? N’est-ce pas clair ? Non, Ibni est mort, la France doit se rendre à l’évidence. Au lieu d’une fuite en avant qui ne va jamais la disculper de sa responsabilité, la France doit dire très clairement aux tchadiens et à l’opinion internationale, quelle réponse attend-t-elle donner aux crimes commis par le pouvoir qu’elle protège et couve. La même question peut être posée à l’Union Européenne, celle-là même qui a dénié à l’opposition armée le droit à la parole, qui favorise et contribue aux assises des tables rondes ailleurs, entre l’opposition armée et le régime en place, mais refuse aux tchadiens de se retrouver. L’UE est le parrain des rencontres entre le pouvoir et l’opposition intérieure dont Ibni était le porte parole ; est ce que tous les efforts de l’UE consistent à faire rentrer les Kamougué et autres dans le gouvernement ? Est-ce que c’est ça la démocratie prônée par l’UE au Tchad ? Maintenant que Deby a mis un terme final aux gesticulations des uns et des autres, tué celui qui prônait une vraie alternance démocratique, on attend avec beaucoup d’intérêt la réaction de l’UE.

Mahamat Ahmat
N’djaména