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Zimbabwé : Non à l’infantilisation !
ICICEMAC
Depuis au moins le début du mois de mars 2008, il n’y a pas un seul jour que les média occidentaux ne parlent du Zimbabwe, pour clouer au pilori Robert MUGABE. Le prétexte de ce lynchage médiatique semble être la démocratie qui serait dévoyée dans ce pays par un système de terreur imposé par le président MUGABE, afin de garder le pouvoir à vie.
Depuis au moins le début du mois de mars 2008, il n’y a pas un seul jour que les média occidentaux ne parlent du Zimbabwe, pour clouer au pilori Robert MUGABE. Le prétexte de ce lynchage médiatique semble être la démocratie qui serait dévoyée dans ce pays par un système de terreur imposé par le président MUGABE, afin de garder le pouvoir à vie.
Cet acharnement des média occidentaux est fort suspect, car, personne n’a entendu les mêmes média avec la même vigueur et la même constance à propos des élections dans d’autres pays africains. Même pas au Kenya, où la crise électorale avait fait plus de 1000 morts en un mois ! Les récentes élections au Cameroun, au Gabon, au Tchad, au Nigeria pour ne citer que ces pays, n’ont pas été des modèles de transparence et de démocratie. Et pourtant, elles n’entraînèrent pas le concert de récriminations qu’on entend au sujet du Zimbabwe. Le nouveau président nigérian M. YAR’ADUA est mal placé pour condamner MUGABE, quand on sait dans quelles conditions s’est déroulée sa propre élection en 2007, lorsqu’il fut pratiquement imposé par son prédécesseur OBASANJO.
S’agissant du processus électoral zimbabwéen en cause, il n’y a vraiment rien de particulier sous le ciel africain. On pourrait même trouver à ce processus des aspects plutôt positifs, si l’on considère les législatives du 29 mars 2008, couplées au 1er tour de l’élection présidentielle. On se souviendra qu’avant le 29 mars, tous les média occidentaux et notamment RFI par son correspondant en Afrique du Sud, affirmaient sans nuance que les jeux étaient faits et les résultats connus d’avance en faveur du camp MUGABE. Il était même expliqué avec force détails que des cargaisons de centaines de milliers de bulletins de vote frauduleux étaient déjà prêts pour fausser le vote… Mais lorsque à la surprise générale ( ?), l’opposition est déclarée vainqueur, les mêmes média se sont abstenus de dire à qui aurait finalement profité la fraude présumée. Ces résultats seront pourtant acceptés par le pouvoir, même si ce fut avec retard. C’est plutôt rare en Afrique. Dans de nombreux pays africains amis des occidentaux les résultats sont réellement connus d’avance en faveur des pouvoirs en place.
Les média occidentaux affirment que c’est la terreur exercée par MUGABE sur son opposition qui a justifié le retrait de M. TSVANGIRAÏ au 2e tour de l’élection présidentielle, bien qu’il ait obtenu 47% des suffrages devant MUGABE. Personne ne peut nier qu’il y ait eu un climat de violence pendant les dernières élections au Zimbabwe. Cependant, cette violence n’était pas unilatérale puisque, de temps en temps, les média occidentaux eux-mêmes admettaient à voix basse que des partisans de l’opposition étaient aussi à l’origine de la violence.
Il est quelque peu étonnant que dans un pays où régnerait la terreur, le principal opposant au chef de l’Etat se promène librement à travers le monde en période électorale perturbée par la violence. Après le 1er tour de la présidentielle, M.TSVANGIRAÏ s’est rendu à l’étranger, dans plusieurs pays africains où il a été parfois reçu comme un chef d’Etat ! Dès qu’il déclare son retrait du 2e tour, M.TSVANGIRAÏ va « se réfugier » à l’Ambassade de Hollande à Harare, pour affirme t-il se soustraire à « la folie meurtrière » des agents de MUGABE. Mais dès le lendemain, on le retrouve donnant une conférence de presse dans son propre domicile de Harare, en toute sécurité. Après cette prestation médiatique, il rejoindra tout aussi librement son « abri » à l’ambassade de Hollande. Ce petit jeu montre que l’opposant semble instrumentalisé par ses parrains. On lui a probablement conseillé de jeter l’éponge pour créer un électrochoc et embarrasser MUGABE qui serait ainsi obligé d’annuler un 2e tour où il serait seul candidat.
La terreur en période électorale dont on parle au sujet du Zimbabwe est manifestement exagérée pour les besoins de la cause. Rien à voir avec près des 2000 morts du Kenya. Au Nigeria, les élections donnent généralement lieu à des lots de morts bien supérieurs à ce qu’on déplore au Zimbabwe. Mais quand on veut noyer son chien, on l’accuse de rage.
Il faut en effet noyer MUGABE ! Car en fait, et tout le monde le sait, le problème du Zimbabwe dans cette crise électorale n’est pas seulement un problème de démocratie. Si tel était le cas, MUGABE serait aussi tranquille que la plupart de ses pairs du continent qui n’ont pas de leçons à lui donner en la matière. Les occidentaux ne diraient rien, si leurs intérêts étaient garantis.
On a pu remarquer la modération de la réaction britannique lors de la crise kenyane. C’est que le Kenya est un pays ami où le consensus sur la préservation des intérêts britanniques et occidentaux est total dans toute la classe politique kenyane… Par contre, au Zimbabwe, MUGABE a été presque toujours l’ennemi parvenu au pouvoir contre la volonté du colonisateur, après une sanglante lutte armée. La lutte du peuple zimbabwéen a été couronnée par des négociations avec la Grande Bretagne à LANCASTER HOUSE, négociations qui aboutirent à l’indépendance du pays en 1980. L’une des clauses des accords d’indépendance prévoyait que les colons rhodésiens (5% de la population) devaient rétrocéder à la majorité noire les terres cultivables (90%) qu’ils possédaient du fait de la colonisation. Cette rétrocession devait se faire au bout de 10 ans, c’est-à-dire au plus tard en 1990.
La rétrocession des terres des blancs aux noirs devait se faire à travers une réforme agraire que la Grande Bretagne s’était engagée à financer suivant les termes de l’Accord de LANCASTER HOUSE. Jusqu’en 1990, les anciens colons devenus zimbabwéens refusent de céder les terres sous de multiples prétextes. En 1997, Tony Blair devenu Premier Ministre de Grande Bretagne remet sournoisement en cause l’Accord de 1980. On commence à trouver à MUGABE toutes sortes de tares alors qu’il était considéré jusque là comme l’un des meilleurs dirigeants d’Afrique, dont le pays bat tous les records de production agricole et où le taux d’inflation ne se chiffre pas encore en million. Evidemment tant que ce sont les blancs qui tiennent toute l’économie nationale à travers l’agriculture et les terres notamment, tout est bien dans le meilleur des mondes possibles.
Devant la mauvaise foi des anciens colons soutenus par la Grande-Bretagne, MUGABE commence à perdre patience. En 2000, il décide d’appliquer la réforme agraire promise à son peuple. Le peuple zimbabwéen qui aura consenti tant de sacrifices pour recouvrer sa souveraineté, mérite de retrouver ses terres que les descendants des colons britanniques veulent s’approprier à jamais.
C’est donc pour avoir osé exproprier les Blancs qui refusent de se conformer à la parole donnée, que MUGABE est devenu l’homme à abattre. On met tout en œuvre pour fragiliser son régime, par des sanctions économiques notamment. L’économie zimbabwéenne ne tarde pas à sombrer dans le marasme…
Quoi de plus facile pour une puissance comme la Grande Bretagne de trouver alors un porte-parole local pour exploiter les difficultés réelles du peuple, difficultés dues en grande partie à l’axphysie par les sanctions occidentales. Dans ces conditions, « le changement démocratique » est l’arme toute trouvée pour permettre aux blancs de retrouver leurs privilèges. Voilà le fond du problème aujourd’hui au Zimbabwe. Il ne s’agit donc pas seulement de faire triompher la démocratie ; il s’agit surtout de perpétuer un système où les blancs sont les maîtres et les noirs des esclaves sans chaînes dans leur propre pays.
Par ailleurs il faut relever que le problème de la terre qui est le nœud de la « crise » au Zimbabwe touche directement l’Afrique du Sud et la Namibie. Les blancs restent aussi propriétaires de 90% des terres cultivables dans ces deux pays. En Afrique du Sud, il était convenu que la rétrocession des terres se ferait « progressivement » à partir de la fin de l’apartheid en 1994. Mais depuis 14 ans, la réforme foncière fait du sur place dans ce pays. La question de la terre risque de devenir dans un avenir pas si lointain une véritable bombe sociale en Afrique du Sud. La dernière explosion de xénophobie est un présage pas très rassurant. Compte tenu de ceci, on ne saurait donc être étonné de l’attitude du Président MBEKI, homme d’Etat responsable et patriote qui connaît certainement mieux que beaucoup les dessous de la crise du Zimbabwe et les connexions de celle-ci avec son propre pays. Il est clair que si la Grande Bretagne et les pays occidentaux en général arrivent à éliminer le régime de MUGABE, mettant ainsi un terme à la réforme foncière en cours au Zimbabwe, il ne sera que plus aisé, le moment venu, de dire aux Sud-Africains que ça n’a pas pu marcher au Zimbabwe, ça ne marchera pas en Afrique du Sud…
En Afrique du Sud et en Namibie comme au Zimbabwe l’objectif des anciens maîtres blancs, soutenus par les occidentaux est de reprendre d’une main ce qu’ils s’engagèrent de donner de l’autre. Ces blancs tiennent à ce que l’essentiel de l’économie reste entièrement entre leurs mains. Le pouvoir formel n’ayant qu’une importance secondaire pour eux, puisqu’ils continueraient à gouverner par procuration.
S’agissant plus spécialement de l’Afrique du Sud, le problème est de domestiquer la seule vraie puissance africaine à l’échelle mondiale, aux mains des noirs. Le noir-africain qui n’a pas compris cela, ne pourra rien comprendre des enjeux actuels au Zimbabwe où on veut en réalité nous divertir avec un vrai-faux problème de démocratie. Cela veut –il dire que MANDELA, ZUMA et Mgr TUTU n’y comprennent rien ? Bien sûr qu’ils comprennent. Mais il ne faut pas se fier à leurs déclarations publiques.
Le bout de phrase de Nelson MANDELA dans laquelle il parle de « … l’échec dramatique du leadership zimbabwéen » est tout simplement du genre « je vous ai compris… » De Gaulle. Chacun y trouve ce qu’il veut y trouver. Pour certains, c’est MUGABE qui est condamné tandis que pour d’autres, le leadership fustigé englobe également l’opposition zimbabwéenne.
La prise de position de M. ZUMA se comprend quand on sait qu’il cherche à faire oublier qu’il est considéré comme un radical, sur qui pèse par ailleurs des soupçons de corruption, que certains ne tiennent pas à voir accéder à la présidence de la République sud-africaine.
Mgr. Desmond TUTU reste quant à lui, fidèle à lui-même. Depuis la période de la lutte pour l’indépendance du Zimbabwe, l’évêque anglican a toujours combattu MUGABE, qualifié de « révolutionnaire marxiste ». Il soutenait plutôt Mgr MUZOREWA, plus accommodant avec les blancs.
Ce qui se passe au Zimbabwe interpelle toute l’Afrique. Dans une certaine mesure, c’est l’indépendance et la souveraineté des pays africains qui sont en ligne de mire. La décision de l’Union Africaine de ne pas condamner MUGABE à SHARM-EL-CHECK tenait certes pour beaucoup, de ce que la plupart des chefs d’Etats africains n’avaient pas de leçons à donner à leur homologue zimbabwéen en matière de démocratie. Mais en plus de l’influence déterminante du Président MBEKI, il y a aussi que les dirigeants africains semblent avoir de plus en plus assez d’être traités comme des enfants par les occidentaux. Et c’est le président BONGO qui a le mieux traduit cet état d’esprit en parlant « d’injonctions grossières… ».
En effet, il faut croire que pour certains, les Africains et notamment les noirs-Africains ne sont que des enfants qui ne connaissent pas leurs droits et ne sauraient donc les défendre. On peut prendre des engagements vis-à-vis d’eux, et refuser de les tenir le moment venu, tout en leur interdisant de protester. Le crime de MUGABE est d’avoir dit aux Britanniques de respecter leur parole. Des deux milliards de dollars US promis en 1980 pour financer la réforme agraire sur 10 ans, la Grande Bretagne n’a daigné débourser que 57 millions de dollars US ! Le refus de débloquer l’argent serait dit-on justifié par la mauvaise gestion de ces fonds par le gouvernement de MUGABE ! C’est tout simplement de la mauvaise foi au vu du niveau d’exécution particulièrement ridicule de l’engagement britannique. Manifestement pour des occidentaux, les Zimbabwéens et les Africains en général ne sont que de grands enfants incapables de comprendre que la Grande Bretagne tient seulement à protéger les privilèges des anciens colons.
Dès lors, on comprend facilement que tout le ramdam sur la démocratie au Zimbabwe ne vise qu’à placer un homme de paille au pouvoir à Harare afin de rétablir l’ordre ancien. Mais c’est raté pour le moment. Cependant, le Président MUGABE devrait être conscient de ce que la menace qui pèse sur son régime et sur son pays ne sera pas écartée tant qu’il n’aura pas résolu le problème de sa succession. Le président MUGABE n’est pas l’envoyé de Dieu au Zimbabwe… il est encore moins éternel. A 84 ans, on peut penser qu’il aurait dû avoir pris sa retraite depuis longtemps déjà après 28 ans de pouvoir.
Tirant les leçons de la dernière alerte, MUGABE devrait rapidement prendre des mesures nécessaires permettant d’écarter démocratiquement une opposition à la solde de l’étranger. Pour ce faire la ZANU-PF devrait se donner de nouveaux dirigeants plus jeunes et aussi patriotes que les Pères de l’Indépendance ; capables de gagner des élections démocratiques et transparentes pour sauvegarder véritablement les acquis de la lutte de libération nationale. Car en fait, les gouvernements d’union nationale hybrides que l’on propose en Afrique comme solution de sortie de crise, ne constituent que des solutions bancales et transitoires. Les peuples africains y compris le peuple du Zimbabwe, doivent pouvoir se donner des gouvernements légitimes avec des majorités claires ou avec des alliances librement négociées dans l’intérêt bien compris des pays et des populations concernées et non pour « partager le gâteau » ou pour faire le jeu d’une quelconque puissance étrangère.
En quittant le pouvoir après une succession réussie à la suite d’une élection démocratique et transparente sans ingérence étrangère, M. Robert MUGABE laissera l’image d’un démocrate et patriote africain qui aura fait avancer la cause de la liberté de l’Afrique. Il fera ainsi mentir tous ceux qui ont cherché à le faire passer pour un dictateur dont le seul souci était de préserver son pouvoir personnel.
La victoire des patriotes du Zimbabwe contribuerait certainement à faire reculer les préjugés racistes qui font de l’homme noir-africain un éternel enfant.
Icicemac
Dr MAKEK Maurice