La population comme les politiques italiens ne cessent de pointer du doigt la forte communauté Romanichelle, preuve d’un racisme primaire qui règne dans le pays.Par A. Joubert
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Révulsant, Terrible, Honteux. Les mots ne manquaient pas pour qualifier la noyade de deux jeunes fillettes Roms âgées de 11 et 12 ans, en juillet dernier, sur une plage napolitaine, victimes de l’indifférence des baigneurs aux alentours. Les corps sans vie reposaient sur le sable et, à quelques mètres de là, les vacanciers continuaient à pique-niquer et à prendre le soleil. Nous avons récupéré les corps dans l’indifférence générale, confiera un ambulancier au quotidien La Reppublica. Ce fait-divers marquant aura fait le tour des télévisions du monde entier qui s’empresseront de dénoncer ce témoignage flagrant de la discrimination anti-Rom qui règne en Italie. Politiques comme population n’ont en effet cessé ces dernières années d’accabler la communauté Romanichelle [160 000 recensés à ce jour], victime d’un racisme primaire.
Cette répression menée contre les Romanichelles n’est d’ailleurs pas une question de bord politique puisque le 8 novembre dernier, le président du Conseil des ministres de centre gauche, Romano Prodi, avait, à la grande fureur de son homologue roumain, Calin Tariceanu, promulgué une loi permettant l’expulsion d’Italie de citoyens roumains bien que leur soit conféré le statut de citoyens de l’Union européenne. En effet, une directive datant de mai 2004 interdit aux Etats membres de l’UE d’expulser des citoyens étrangers de l’Europe communautaire sauf si une menace suffisamment grave et actuelle touche un intérêt fondamental de l’Etat. Le gouvernement italien s’était alors justifié en invoquant cet extrait de la directive du fait que la promulgation de la loi intervenait alors que plusieurs assassinats commis par des Romanichels avaient ébranlé l’Italie.
Ce qui se passe en Italie est un énorme retour en arrière a récemment déclaré Saimir Mile, président de l’association la Voix des Roms. La considération des Roms en Italie régresse de jour en jour, pour preuve, l’excellent score du parti xénophobe et anti-immigrés la Ligue du Nord, qui a doublé son score à 8 % lors des dernières élections législatives. Silvio Berlusconi, actuel président du Conseil des ministres, avait d’ailleurs accordé à la Ligue du Nord quatre postes-clés dans son gouvernement, l’Intérieur, l’Agriculture, les Réformes et la Vice-Présidence du conseil. Un coup dur pour la communauté Romanichelle lorsque l’on sait qu’un des membres les plus éminents de la Ligue du Nord avait déclaré lors de la campagne législative que les Roms ne sont pas intégrables.
Sommes-nous devenus racistes ? interrogeait récemment le cardinal Carlo Maria Martini dans les colonnes d’un journal indépendant. La question mérite d’être posée tant l’Italie semble s’être radicalisé ces dernières années, d’autant plus que les politiques suivent ce mouvement. La vague d’antisémitisme envers les Roms en ait le premier exemple, mais d’autres déclarations pour le moins choquantes telle celle du vice-président du conseil (soit le quatrième personnage de l’Etat) Roberto Calderoli qui - au lendemain de la finale de la Coupe du monde de Football 2006 remportée par l’Italie, il avait salué la victoire de l’identité Italienne au profit d’une équipe qui, pour obtenir des résultats, a sacrifié son identité en alignant des Noirs, des musulmans et des communistes - n’émeut pas le moins du monde la population et les médias.
Depuis son retour aux affaires, Silvio Berlusconi a durci la politique de répression envers les Romanichels en dévastant leurs quartiers de fortune, mais principalement, et cela avec l’aide de la Croix-Rouge, en recensant les empreintes ADN des 160 000 Romanichels, y compris celles des enfants. Par ce fichage de la communauté Rom, le gouvernement déclare vouloir garantir à ceux qui ont le droit de rester dans le pays de pouvoir vivre dans des conditions décentes et à renvoyer chez eux ceux qui n’ont pas le droit de rester en Italie. L’Eglise catholique a émis de vives critiques envers ce fichage qui pourrait à terme raviver la discrimination raciale dont l’Italie a déjà fait l’amère expérience avec les lois raciales de Benito Mussolini. En parallèle, le magazine de l’Eglise catholique Famiglia Cristina a dénoncé le silence révoltant de l’opinion publique contre une mesure indécente digne d’un État de police en ajoutant que le fichage aurait été acceptable si en parallèle le ministre de l’Intérieur avait présenté un plan pour que tous les enfants Roms soient scolarisés et puissent vivre ailleurs que dans des lieux partagés avec rats et souris. L’Eglise peine cependant à se faire entendre car plus de 61,7 % des Italiens se déclarent favorables au fichage des enfants Roms.
Un autre fait-divers a alimenté la presse italienne le mois dernier, lors du passage à tabac d’un jeune immigré ghanéen de 22 ans du nom d’Emmanuel (qui se trouvait par ailleurs en situation régulière), par les forces de l’ordre qui ont invoqué pour raisons officielles de cette véritable boucherie un "délit de fuite". Libéré après ce sinistre incident, Emmanuel a affirmé à la presse que les policiers l’avaient suivi puis lui avaient saisi les mains. Il avait alors tenté de s’enfuir, mais, vite rattrapé il est plaqué à terre par les forces de l’ordre. Ils m’ont mis un pied sur la tête et ils ont commencé à me frapper. Puis ils m’ont menotté, l’un d’entre eux m’a donné un coup de poing, affirme-t-il. La scène se serait alors poursuivie dans le véhicule des forces de l’ordre qui l’auraient à multiples reprises traité de nègre. Vient ensuite une série d’humiliations durant lesquelles les policiers le déshabillent, le contraignent à signer des documents inconnus, l’accusent d’avoir tenté de fuir et de consommer de la drogue, etc. Emmanuel ne craque pas et les policiers finissent par appeler les parents du jeune Ghanéen qui, à la vue de leur fils, demandent des explications. Les forces de l’ordre répondront alors il est tombé.
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