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Par NATHALIE VERSIEUX et CHRISTOPHE AYAD, Libé Arrêtée dimanche à Francfort, Rose Kabuye n’a pas attendu longtemps avant de recevoir sa première visite en prison. Une visite remarquée : le président rwandais, Paul Kagame, a rencontré, hier matin, à sa chef du protocole, emprisonnée à la prison pour femmes de Preungesheim. «Le Président a trouvé qu’elle se porte bien et qu’elle est psychologiquement prête à faire face à cette injustice», a rapporté Radio Rwanda.
Visite privée. Paul Kagame, invité par la Bourse de Francfort, est arrivé lundi soir dans la capitale allemande de la finance pour y rencontrer des investisseurs dans la soirée. Rose Kabuye avait été interpellée la veille, à sa descente de l’avion, alors qu’elle se rendait en Allemagne pour préparer cette visite «privée» du chef de l’Etat rwandais. A plusieurs reprises, les autorités allemandes l’avaient avertie qu’elles n’auraient d’autre choix que de l’interpeller, en vertu de la législation européenne. Rose Kabuye avait déjà accompagné le président Kagame en avril à Berlin, mais c’était dans le cadre d’une visite officielle. Alors protégée par son passeport diplomatique, elle n’avait pas été inquiétée. Et ce, malgré le mandat d’arrêt international lancé contre elle et huit autres membres de l’entourage du président rwandais par le juge français Jean-Louis Bruguière en 2006, pour leur implication supposée dans l’attentat qui avait coûté la vie à l’ancien président rwandais, Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994. Cet attentat avait été le déclencheur du génocide dans lequel ont été massacrés 800 000 Tutsis et opposants hutus.
«Madame Kabuye a été de nouveau entendue» par le juge chargé de statuer sur sa détention et «elle lui a confirmé être d’accord pour son extradition», a déclaré hier la chef du parquet de la cour d’appel de Francfort, chargée de ce dossier. «C’est aux Français de voir quand ils viendront la chercher.» L’extradition pourrait avoir lieu dès la fin de cette semaine ou le début de la prochaine. Ensuite, Rose Kabuye devrait être rapidement présentée aux juges du parquet antiterroriste, ce qui lui donnera accès au dossier. C’est, semble-t-il, le but recherché par Kigali, qui pourrait avoir décidé de crever l’abcès dans cette affaire qui embarrasse tout le monde, le pouvoir français y compris. Afin de renforcer sa position dans ce bras de fer judiciaire, qui se joue désormais avec Paris, Kigali s’apprête à émettre à son tour 23 mandats d’arrêt visant des responsables civils et militaires français accusés d’avoir participé au génocide de 1994, en étant «au courant des préparatifs», en ayant aidé à le préparer ou en aidant à «sa mise en exécution». Edouard Balladur, Alain Juppé, Dominique de Villepin et Hubert Védrine pourraient être visés ainsi que plusieurs militaires de haut rang.
Bras de fer. Bien qu’elle n’ait rien à voir dans tout cela, l’Allemagne est la première victime de cette épreuve de force judiciaire. Des milliers de manifestants ont protesté hier, pour la deuxième journée consécutive, devant l’ambassade d’Allemagne à Kigali, tandis que le gouvernement rwandais a demandé à l’ambassadeur allemand de quitter le pays d’ici demain. Pendant son court séjour outre-Rhin, Kagame n’a rencontré aucun officiel.