Le président Mugabe et son entourage ont failli; celaest sûr et certain: les conditions de vie des populations de ce pays le démontrent à suffisance.Mais, le vrai dilemme a été soulevé par le président Mugabe lui-même à ses pairs à la onzième session ordinaire de la Conférence de l’ Union africaine du 30 juin au 1er juillet 2008 à Sharm El-Sheikh en Egypte: "Il y a ici des pays dont les élections présidentielles se sont moins bien passées que chez nous". Cela aussi est une évidence!
Alors, on pourrait être en droit de se poser la question de savoir objectivement pourquoi le courroux de l'Occident contre les dirigeants de ce pays qui agissent quasiment comme la majorité des dirigeants des autres pays africains.
Quand on a entendu la France donner de la voix pour indiquer aux dirigeants africains, réunis à Charm el cheïkh, ce qui serait inacceptable pour l'Union Européenne dans ce dossier, cela nous est resté en travers de la gorge; car, la même France venait de donner une prime au président Lansana Conté de la Guinée (en ennulant une bonne partie de sa dette bilatérale), après que celui-ci ait fait abattre plus de 200 civils en Février 2007 par son bataillon de sécurité (que la cooperation militaire de l‘Élysée lui avait aidé à mettre en place à la fin des années 80), et juste après qu’il ait publié le décret ayant ouvertement violé les accords instituant le gouvernement de consensus dirigé par M. Lansana Kouyaté.
En effet, S.E M. l’ambassadeur de France à Conakry, mentionnait dans son allocution à l’occasion de la fête nationale Francaise du 14 juillet 2008: «… la France a annulé une dette commerciale guinéenne de 54,8 millions d’euros (un peu plus de 86 millions de dollars). Elle a également rééchelonné une dette guinéenne de 8,8 millions d’euros d’aide publique au développement. De plus, à titre exceptionnel, et pour tenir compte de la capacité de paiement très limitée de la Guinée, elle a accepté de différer après 2010 le règlement à l’Agence Française de Développement de 59,2 millions d’euros. Au surplus, la France, qui est le premier créancier de la Guinée au sein du Club de Paris, avec près de la moitié des 830 millions de dollars du stock de dettes de la Guinée à la date du 1er janvier 2008, s’est engagée à procéder à une nouvelle et importante annulation de dettes lorsque la Guinée aura atteint le point d’achèvement de limitative “PPTE renforcée”».
La raison pour laquelle les media occidentaux (plus particulièrement la BBC) s'acharnent sur le dirigeant du Zimbabwe est connue de tous: certains milieux ne le pardonnent pas d’avoir “oser” retirer les meilleures terres agricoles que détenaient «des membres de la communauté blanche» (les colons britanniques de l’ancienne Rhodésie) pour les redistribuer aux Zimbabwéens.
Sans quoi, il aurait continué à tuer des civils innocents et à gagner des élections truquées comme au Soudan, au Kénya, en Guinée, au Tchad, ..., sans que cela n'empêche personne de dormir.
Le fait que Robert Mugabe soit un “dictateur”, ou que son gouvernement soit un adepte de la mal gouvernance ne justifient pas à eux seuls cette dégradation brusque et régulière des conditions de vie des Zimbabwéens. Mais, les Africains ont la mémoire courte: quand les occidentaux avaient besoins de Mobutu pour écarter Patrice Lumumba, ils l’avaient soutenu contre vents et marrée pour ne pas que les immenses ressources naturelles de ce territoire tombent dans les mains de l’ennmi de l’époque (l‘URSS). Et, quand, l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques s’est éffondrée, Mobutu n’était plus utile, on l’a lâché; et, le Zaïre a développé les mêmes symtomes que le Zimbabwe d’aujourd’hui.
Qui se souvient que les USA avaient soutenu Savimbi dans une guerre fratricide qui a ravagé l’Angola pendant 25 ans au nom de leur croisade contre le communisme? Il a suffit qu’ils se sentent menacés sur leur approvisionnement en pétrole au Moyen Orient pour qu’ils vendent Savimbi à Dos Santos contre le pétrole angolais.
Soit on est pour les règles démocratiques, auquel cas, on les applique envers et contre tous sans distiction; ou bien on ne l'est pas, alors, on ferme les yeux et le reste à l'endroit de tout le monde sans exception.
Diallo Saifoulaye,
Conakry,
Guinée.