Rassemblement Démocratique pour la Paix et les Libertés au Tchad. La passion de bâtir, le rêve de construire un Tchad nouveau!
Les débats agités et tumultueux autour de la formation de l’Union des Forces de la Résistance (UFR), de la désignation de son Président et de la formation de son Bureau Exécutif nous ont stimulé à consacrer quelques heures à l’étude de l’histoire passionnante, pathétique et drolatique de l’objectif des politico armés pour le devenir du Tchad.
Durant tout le mois de Janvier, nous avons assisté pantois aux échanges de tirs dialectiques et des indignes aboiements des uns et des autres. Si ce n’est pas le général Nouri que certains sites choisissent d’inciser et d’offrir sur l’autel d’Abraham, c’est le Camarade Timane qu’on a choisi de lier aux faits et actes du Général Idriss Deby. Des objecteurs d’opinions aux faiseurs de rois, des progressistes aux “clanico-radicaux”, des anti-Deby aux anciens serviteurs zélés, des revanchardes aux pacifistes, nous sommes arrivés à attraper une constipation et pour enfin rester consterné face un oubli ou un manquement de débats sérieux sur la tragédie de l’interdiction de l’usage du charbon de bois ou celle de la démolition à outrance des habitations sans aucune solution de remplacement.
Le Tchad, faut-il encore le dire est un pays où la norme est d’être hors normes. Nous ne fonctionnons pas au nom de la Loi et cela n’occupe pas les officines des politico armés qui sont plus portées à qui à plus d’hommes sur le terrain que l’autre. Personne ne pense à aider l’UFR à penser à comment construire une culture de la Loi car aucune communauté de citoyens ne peut survivre sans des règles, sans des normes, sans des lois.
Qu’on soit de Nouri, de Timane, d’Adouma, de Soubiane ou de Hassaballah, si nous n’arrivons pas à construire l’édifice de la Loi, nous ne pouvons pas constituer un pays.
Dans ce Tchad que nous aspirons reconstruire, l’anarchie s’étale et s’étend au vu et au su de tous. Dans ce Tchad du non-droit, au nom du populisme, il est interdit d’interdire. La problématique de l’aménagement du territoire relève d’une situation de fait qui se manifeste de manière graduelle dans le pays depuis environ près de cinq décennies et s’est accentuée au cours de ces 20 dernières années. L’organisation de l’inorganisation de l’ensemble du territoire national s’impose à tout le pays et si l’on considère le territoire complet d’une nation comme un système organisé composé de cellules, d’organes différenciés et de réseaux dans lesquels circulent l’influx nerveux et le sang qui doit atteindre toutes les parties du corps, il s’avère, dès lors, nécessaire de poser au départ le principe de sa structuration et de son organisation réelle. Sinon, l’on risque d’encourager et de perpétuer les résistances psychologiques au progrès, les blocages et les freinages matériels compromettant la croissance et le fonctionnement des organes nouvellement créés.
On tergiverse sans se demander ou sommes-nous et dans quel pays voulons-nous aller. On vend les bravoures des uns et les faiblesses des autres.
Que l’on se repositionne en fonction de la direction du vent de l’événement sans préparer des projets qui conduiront aux motifs de notre exil, c’est peut-être de la politique. Mais quels sont les immédiats, les moyens et les longs termes?
Si l’aménagement du territoire et l’environnement sont des approches synthétiques et rationnelles visant le modelage d’un cadre physique, d’un espace géographique, alors le Tchad, sa capitale et notamment sa population nous renvoient la monstruosité de notre irrationalité.
D’un côté, l’État ne maîtrise pas l’espace, de l’autre, le peuple a pris d’assaut les mornes et leurs versants dans une dangereuse et constante pulsion qui se rapproche davantage de la mort que de la survie. Ceci s’explique notamment par le fait que les problèmes d’ordonnancement de l’espace et d’harmonisation des relations de l’homme avec son milieu et son environnement n’ont pas encore acquis de valeurs sociales au Tchad, c’est-à-dire qu’ils n’arrivent pas à s’imposer à la conscience du plus grand nombre.
L’urbanisation sans industrialisation liée à un développement anarchique accéléré au niveau des grandes villes et des villes moyennes et l’hypertrophiassions et la congestion ment de la ville de N’Djaména sont les préoccupations qui doivent aussi inviter la branche civile de l’UFR qu’une tergiversation infertile. Personne ne se pose la question de savoir si le général Deby partait du pouvoir, comment solutionner le problème du charbon de bois et celui de la démolition? Comment ramener les 10 à 15000 tchadiens devenus des “refugiés environnementaux” au Cameroun? On trouve le temps, de vendre les mérites de certaines personnes sur des sites internet.
Un héro disait Obama n’est pas toujours celui qu’on voit le travail, (fut-elle une mission au Soudan), mais c’est aussi celui qui dans le silence réalise des actes mais ne se prend pas la tête. Dans le cas du Tchad, c’est la femme avec des enfants qui n’a pas vu son mari depuis plus de deux ans. C’est aussi ce soldat couché l’arme à la main qui n’a pas vu ses enfants, sa famille et dont la presse parle de lui sans mentionner son nom. C’est aussi cette famille qui commence à cuisiner avec les lattes de son lit parce que les enfants doivent manger....C’est aussi ce jeune que tu appelles colombien qui veut aussi vivre comme toi et moi.
Aujourd’hui, l’État complice, concepteur et promoteur de cette anarchie, se retrouve être le gouverné au lieu d’être le gouvernant. Les constructions sont illégales, mais leurs propriétaires revendiquent le droit d’être dédommagés par l’État si leurs propriétés sont détruites. Idem pour les marchands: n’importe qui installe son petit commerce dans la rue, mais pour le déplacer, il faut lui trouver une alternative, un autre espace, construire un autre marché. Tout ceci n’arrive qu’à ceux qui ont un lien avec le pouvoir. Le pauvre, lui perd tout et devient un refugié. Aucune sanction n’est imposée et, pis encore, plus on est illégal, plus on a le droit de revendiquer si on est du clan.
A ce rythme là, il faudrait une autre capitale pour répondre aux besoins de tous ceux qui, au nom du populisme, passent du stade de l’illégalité à la compensation sans avoir jamais rempli un minimum des devoirs du citoyen.
La démagogie et l’irresponsabilité du pouvoir exercé par les dirigeants depuis 50 ans sont en train de nous exploser en plein visage. Le régime du MPS a utilisé lui aussi les méthodes habituelles de tous les leaders populistes et s’est trouvé aussi affaibli par les limites de ses soutiens avec des militants incontrôlables aux rôles incertains.
Le défi de la refondation de l’État-nation que se fixe l’UFR, implique une société inclusive, permettant la transformation des individus en citoyens à part entière, ayant les mêmes droits et les mêmes devoirs envers l’État, qui ne peut être qu’un État démocratique de droit basé sur ses technocrates, à ses experts en ingénierie politique et, surtout, à ses politiques qui ont la vision de développement et non des fauves pleins d’esprit de vengeance.
Dans la diaspora par contre, beaucoup de tchadiens qui lisent les intentions des officines de chaque chef rebelle ont de plus en plus le sentiment que le pays dégage un parfum d’Apocalypse. On a beau réfléchir, mais force est de constater qu’au terme de 18 ans de populisme, il n’y a pas d’État moderne, pas de citoyens, pas de société civile apolitique et capable, pas d’espace public, pas d’opinion publique et pas de démocratie. Même si, en 1990, le peuple tchadien s’est libéré de la dictature, les élites politico-sociales ont conservé les mêmes réflexes.
Il est affligeant de constater avec quelle facilité le grand nombre est gouverné par le petit et l’humble soumission avec laquelle les tchadiens sacrifient leurs sentiments et leurs penchants au profit des caprices de leurs petits chefs. Cette soumission a atteint son paroxysme et elle se poursuit sous chaque mandat politique.
Pourtant, la pensée politique veut que ce soit sur l’opinion que tout gouvernement soit fondé, le plus despotique, le plus militaire aussi bien que le plus populaire et le plus libre.
Depuis le départ d’ Hissein Habré du Tchad (permettez-moi d’apprécier son côté nationaliste), pouvoir et sujets se trouvent dans une dynamique d’entonnoir: les premiers, impuissants, ne font que constater les dégâts; les seconds, complètement démoralisés, subissent encore sans avoir la force de protester. Le pays s’est transformé en une nation de zombies livrée à elle-même.
Au nom du populisme, chaque leader politique tchadien aux commandes utilise le préjugé de clan et de religion pour diviser la société tchadienne et mieux régner sur leurs intérêts et ceux de leur clique de prédateurs. Pour ce faire, ils ont systématiquement rejeté l’intelligence au profit d’un clientélisme basé sur le militantisme et la soumission au chef. Ils ont aussi fait barrage à la participation de la diaspora dans les affaires du pays en sectionnant tous les grands canaux de transferts de connaissance vers la terre natale. Ils ont donné au peuple l’aversion du savoir, du respect et du mérite de peur que ces valeurs ne lui fassent connaître les erreurs où on l’a plongé.
Les partisans de l’absurde comme ceux qui remplissent nos ministères et les officines des politico armés ont si bien réussi dans leur machiavélisme, qu’il devient dangereux de les combattre. Il importe peu à ces imposteurs que le peuple soit ignorant pour souffrir qu’on le désabuse.
Aujourd’hui, la société tchadienne, dans son marronnage perpétuel s’est repliée sur elle-même et est de nouveau contrainte de déguiser la vérité ou de se sacrifier à la rage des faux savants, des âmes basses et intéressées.
Si la société ne se ressaisit pas dans un sursaut collectif, le Tchad deviendra une véritable boîte de pandore ou un gigantesque cimetière d’ici peu.
L’appauvrissement de la paysannerie s’observe dans le dénuement absolu qui caractérise la situation du paysan. Un projet de développement décrit souvent des problèmes d’un pays, d’une région ou d’une localité en terme de manque, signale des efforts faits ou à faire pour lever les contraintes physiques, évalue ce qui reste à faire , propose des ressources à mobiliser et indique enfin, une stratégie. L’objectif déclaré demeure le développement, entendu comme une croissance de biens ou de services dans l’aire géographique choisie. Il ne suffit pas de s’acharner sur un Djibrine Assali, sur un Timane, un Nouri, un Soubiane, ou un Adouma qui ont déjà offert leur poitrine mais plutôt se demander comment aider les tchadiens à faire du Tchad peut-être de manière pacifique, un pays ou il fait beau d’y vivre.
La situation est réellement dramatique et rien ne permet d’espérer un changement dans ces conditions de rivalité que différentes officines s’offrent. Plusieurs compatriotes, vivant tant au Tchad qu’à l’étranger, sont effrayés par l’ampleur du drame et s’inquiètent justement pour l’avenir de ce pays. Ils restent incrédules devant l’indifférence des élites et la négligence des leaders politiques face à la crise permanente au Tchad.
Une opposition ne pouvait passer son temps à réclamer le départ d’un gouvernement, sans présenter au pays une alternative crédible et réaliste pouvant assurer le relais au départ du régime que l’on combat depuis 20 ans.
À l’Est du Tchad, la pléthore de chefs, leaders de cette opposition dont beaucoup sont, sans arguments, ni programmes de rechange, sans un leadership défini pour faire face à toute éventualité, criaient haut et fort, parfois avec l’appui de certains sites internet : c’est tout ou rien. Nul n’est besoin d’être magicien pour comprendre, que l’anarchie dans laquelle se vautre le pays depuis 19 ans était, non seulement prévisible, l’on dirait même qu’elle était souhaitée.
Certains membres de l’opposition nous répétaient à l’envi: Hissein Habré d’abord, après on verra. Naturellement on a vu et l’on n’est pas près de l’oublier. Ce n’est pas nous qui le disons, c’est la statistique des hommes sortis du rang du Mouvement Patriotique du Salut pour former l’Union des Forces du Changement (UFR), qui nous ont appris qu’il est difficile de travailler avec l’entourage Idriss Deby.
Dr. Félix Ngoussou
Représentation du RFC-USA
fngoussou@yahoo.fr