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Les nègres, le film, les colons..et Jacques CHIRAC

Indigènes» LE film qui dérange les nostalgiques de l'époque coloniale...Et qui émeut Jacques CHIRAC 
La sortie du film "INDIGENES" suscite pas mal de réactions politique,mais aussi quelques polémiques. Black-connection vous propose une série d'articles concernant le film et les tirailleurs Sénegalais dans ses différentes rubriques. Emu par le film, sur les écrans mercredi, il s'apprête à revaloriser les pensions des anciens combattants étrangers, gelées depuis 1959. «J acques, il faut faire quelque chose !» L'émotion de Bernadette Chirac après la projection privée du film Indigènes, le 5 septembre, en présence de Jamel Debbouze et Rachid Bouchareb, a convaincu le président de la République qu'il fallait «aller plus loin» pour améliorer la situation des anciens combattants coloniaux. Dans les jours prochains, de nouvelles mesures devraient être annoncées. Le ministère des Anciens combattants y travaille avec Bercy, car aucune ligne budgétaire n'est prévue dans le projet de loi de finances pour 2007. «Cela porte sur plusieurs dizaines de millions d'euros supplémentaires», indique-t-on aux Anciens combattants. Au total, près de 80 000 vétérans, âgés de plus de 65 ans, sont concernés dans 23 pays. Environ 40 000 vivent en Algérie et au Maroc, et 15 000 en Afrique noire, en particulier au Sénégal et au Tchad. A l'époque de l'indépendance des Etats africains, les pensions des anciens combattants ont été gelées à leur niveau de 1959. C'est ce que l'administration française appelle la «cristallisation». «Elle a été brutale, raconte Eric Deroo, spécialiste de l'histoire des troupes coloniales, auteur de la Force noire (Tallandier). Mais, à l'époque, les dirigeants des Etats africains voulaient rompre le lien direct entre la France et ses anciens soldats, et ils demandaient à gérer eux-mêmes cet argent. Puis, au fil des ans, des textes sournois sont venus durcir les conditions d'attribution.» Les inégalités se sont alors creusées, puisque les pensions des anciens combattants français étaient régulièrement revalorisées.

Aujourd'hui, les anciens tirailleurs perçoivent en moyenne un quart de ce que touchent leurs camarades français. Des injustices plus criantes ont été signalées, avec des différences de l'ordre de un à dix. En 1996, un ancien sergent-chef sénégalais, Amadou Diop, porte plainte contre l'Etat français. Et, en 2001, le Conseil d'Etat lui donne raison... à titre posthume. Mais le gouvernement est obligé de revoir sa copie. La facture de 1,85 milliard d'euros de rattrapage fait reculer le gouvernement Jospin. En 2002, une «décristallisation» partielle est engagée par Hamlaoui Mekachera, né en Algérie et ancien officier de l'armée française. Pour réduire la facture, l'idée est de substituer la notion d' «équité» à celle d' «égalité». Le niveau des pensions sera calculé à partir du niveau de vie de chaque pays, à partir des chiffres fournis par les Nations unies. «Le rattrapage a coûté 220 millions d'euros, dont 130 la première année», indique le ministère des Anciens combattants. Malgré ces avancées, les associations de défense des immigrés, comme le Gisti, et de nombreux anciens militaires réunis au sein du Conseil national pour la défense des droits des anciens combattants d'outre-mer de l'armée française, souhaitaient aller plus loin, vers une égalité complète de traitement. Cela semble acquis pour les détenteurs de la carte du combattant, qui doivent avoir passé au moins 90 jours dans une unité opérationnelle au cours d'une guerre. Pour un Français, cette pension s'élève en moyenne à 450 euros par an. Mais d'autres prestations sont concernées : pensions d'invalidité pour les blessés, pensions de retraite pour des militaires qui ont servi pendant au moins quinze ans sans forcément participer à des guerres, pensions aux veuves. Se pose enfin la question de la rétroactivité de ces mesures, qui, en droit français, ne peut dépasser quatre ans.

Après quarante ans d'injustice. Pour la sortie d'«Indigènes», Chirac harmonise les pensions des anciens combattants coloniaux Alors que le film sera sur tous les écrans, le gouvernement a annoncé, mercredi matin à l’issue du Conseil des ministres, l’égalisation des pensions entre anciens combattants français et étrangers • Le Président de la République a décidé de «décristalliser» les pensions des anciens combattants coloniaux, le jour même de la sortie d’«Indigènes» sur tous les écrans. Le gouvernement a annoncé, mercredi matin à l’issue du Conseil des ministres, l’égalisation des pensions entre anciens combattants français et étrangers. 56 700 vétérans coloniaux sont concernés dans plus de vingt pays. Il s’agit des détenteurs de la «carte du combattant», qui s’obtient à la condition d’avoir passé au moins 90 jours dans une unité opérationnelle au cours d’une guerre. Pour un Français, cette pension s’élève en moyenne à 450 euros par an alors que les étrangers ne perçoivent globalement qu’un quart de cette somme, soit à peine 110 euros par an !

Les pensions militaires d’invalidité — qui peuvent s’ajouter à la carte du combattant — seront également revalorisées par le gouvernement. 27 000 anciens soldats, blessés à la guerre, sont concernés. Au total, ces dispositions devraient coûter plusieurs dizaines de millions d’euros, surtout si un rattrapage est prévu. En revanche, les pensions de retraite militaire, ne devraient pas être modifiées. Il s’agit du sort de 50 000 anciens engagés volontaires dans l’armée française qui y ont fait une carrière d’au moins quinze ans, sans forcément participer à des guerres. Comme pour leurs camarades français, cela leur ouvre droit à une retraite… mais celle-ci reste gelée à son niveau d’il y a quarante ans. «C’est un vrai scandale, assure l’ex-secrétaire d’Etat socialiste aux Anciens combattants, Jean-Pierre Masseret. Le gars qui a travaillé chez Renault a la même retraite que l’ouvrier français, mais pas celui qui a servi dans l’armée de la République !» Ces mesures de gel des pensions — de «cristallisation» en jargon administratif — remontent à l’époque de l’indépendance des colonies françaises. Les pensions furent alors bloquées à leur niveau de 1959, alors que celles des anciens combattants français ont continué à être revalorisées.

Une inégalité dénoncée depuis des années par les associations de vétérans, même si un premier pas avait été accompli en 2002 par le gouvernement Raffarin. Pour limiter le coût d’une telle mesure, le ministre des Anciens combattants, Hamlaoui Mekachera avait alors préféré le principe de l’«équité» en terme de pouvoir d’achat, plutôt que celui d’égalité. Colonies Pour la cause, un recadrage efficace «Indigènes» dénonce la condition des soldats venus des colonies combattre pour la libération de la France. Dès après 1945, le cinéma a puisé dans l'histoire de la France de la Seconde Guerre mondiale encore fumante la matière d'un nombre incalculable de fictions qui déclinèrent quelques grands thèmes ­ honte de la collaboration, héroïsme de la Résistance, heures épiques de la Libération... ­ propres à cimenter l'identité nationale. Parfois au prix du mensonge cocardier, ou au moins d'approximations, et souvent en instaurant un rapport tendu entre vérité factuelle et instruments de la fiction, comme l'ont encore montré les polémiques suscitées à leur sortie par Lucie Aubrac (1997) de Claude Berri ou Laissez-passer (2002) de Bertrand Tavernier. Vision «blanchie». Avec Indigènes, Rachid Bouchareb opère un recadrage brutal de la vision que le cinéma nous donne de cette époque en exhibant une pièce du dossier jusqu'ici maintenue hors champ : la place des soldats des colonies (Afrique du Nord et Afrique subsaharienne) dans la marche victorieuse des troupes de la Libération contre l'occupation nazie. Pour la première fois, un film agglomère les moyens de la reconstitution historique à grand spectacle et un casting d'acteurs de premier plan (dont une star de la carrure de Jamel Debbouze, par ailleurs coproducteur) pour corriger la vision mutilée que le grand public continue d'avoir de cette période, vision systématiquement «blanchie» au détriment des goums et spahis maghrébins et autres tirailleurs sénégalais. Indigènes commence donc en 1943 en Afrique du Nord. Un recruteur arpente les ruelles des bleds pour inciter les hommes à rejoindre l'armée afin de libérer la «mère patrie» de l'envahisseur nazi. Les candidats se bousculent et le récit nous permet de suivre le parcours de quatre d'entre eux, depuis les premiers combats sur les contreforts brûlants de la Sicile jusqu'aux coups de feu avec l'ennemi en déroute dans un village alsacien. Saïd (Jamel Debbouze), Yassir (Samy Naceri), Messaoud (Roschdy Zem) et Abdelkader (Sami Bouajila) n'ont jamais foulé le sol français, auquel ils se sentent néanmoins intimement liés. Tous les quatre servent sous les ordres d'un sergent pied-noir, Martinez (Bernard Blancan), figure ambivalente, pris entre le désir de protéger ses hommes (une majorité de ruraux illettrés) et la peur d'être confondu avec eux. Car ses soldats, «musulmans», «autochtones», «indigènes», découvrent peu à peu que, bien que se battant au service d'une juste cause, ils n'en tireront aucune réciprocité en leur faveur. L'inégalité règne partout : les rations alimentaires, la solde, le barda, les permissions (ils n'en ont pas !), la vitesse de promotion dans la hiérarchie militaire... Ainsi, Abdelkader, le plus instruit des quatre, se forge une conscience révoltée au fil des vexations que lui infligent des supérieurs désinvoltes. Il reste cependant fidèle à son désir premier, celui d'une reconnaissance fondée sur les actes accomplis et non les fausses dissymétries de l'appartenance ethnique.

La charge émotionnelle du film tient à l'évidente iniquité du sort réservé à ces soldats régulièrement traités de « bougnoules » entre deux raids épouvantables, mais aussi à la duperie dont ils sont les jouets. Leur sang n'achète que la liberté reconquise de leurs maîtres. Bons sentiments. Le film n'est pas seulement une entreprise de réhabilitation, il entend inscrire dans le patrimoine national des images inédites, ou abolies : villageois provençaux accueillant dans la liesse les soldats arabes et noirs, face-à-face dans le paysage d'un bourg de l'Est entre des soldats nord-africains et des escouades allemandes, etc. Pour séduire et convaincre, Bouchareb ne lésine pas sur les bons sentiments, et les soldats des colonies sont ici sans exception des braves gars incapables de la moindre faute ou indignité. Car c'est bien le sujet (ou l'intention positivante, si l'on veut) qui dicte l'action et programme intégralement la conduite de personnages qui ne sauraient porter préjudice à la cause plaidée. En ce sens, Indigènes apparaît aussi comme un film militant d'une grande efficacité. Colonies. Editorial Réciprocité Par Gérard DUPUY Qui ne paie pas ses dettes s'enfonce. Le Conseil d'Etat a tardivement condamné le gel des pensions versées aux ressortissants des anciennes colonies ayant servi dans l'armée. Le gouvernement a interprété a minima cette injonction, donnant ainsi une solution mesquine à une iniquité avérée. Bien que le 18 juillet dernier le même Conseil d'Etat ait débouté l'association qui réclamait une parité nominale, en euros et non en pouvoir d'achat, entre les pensions versées en France et à l'étranger, le problème est loin d'être, comme l'a prétendu la ministre de la Défense, réglé. D'autres décisions de justice interviendront fatalement, notamment au niveau européen. Mais faut-il attendre ? Il y a un aspect humain qui plaide pour que le gouvernement accélère les choses, comme il semble qu'il ait fini par y consentir : les bénéficiaires sont des hommes âgés. La décision de laisser se dévaloriser les pensions versées aux anciens combattants des anciennes colonies avait bien sûr une composante platement pécuniaire. Elle n'était pas exempte à l'origine d'une part de dépit d'après la décolonisation. Mais c'était s'aveugler sur l'accumulation d'une dette devenue symbolique, qui a fini, avec le temps, par se faire entendre et qui ne peut pas ne pas avoir de traduction budgétaire. C'est le privilège des artistes que de faire entendre tout d'un coup ce que d'autres répètent en vain depuis longtemps. Dans le cas d' Indigènes, qui a remis la question des pensions à l'ordre du jour, il existe une vraie complémentarité entre cette revendication et le propos du film. Celui-ci vise à rendre à la fois, dans la mémoire nationale, la part qui revient aux combattants venus des pays colonisés et, dans la mémoire de leurs descendants, leur part d'enracinement français. Cette réciprocité, où l'histoire comme souvent n'est qu'un détour nécessaire, relève d'une urgence politique actuelle. Mais le contentieux mal liquidé des retraites militaires l'entrave. A savoir Rachid Bouchareb De parents algériens, il a grandi à Bobigny. Réalisateur de films pour la télévision (Des années déchirées, l'Honneur de ma famille...) et le cinéma (Cheb, Little Senegal...), il a créé en 1989 avec Jean Bréhat et Jean Bigot 3B productions. Cannes Le jury du 59e Festival présidé par Wong Kar-wai a attribué le prix d'interprétation masculine aux cinq acteurs principaux d' Indigènes. Jamel Debbouze, sur scène, a tenu à remercier «la terre entière», et en particulier «Michel Poniatowski pour la carte de séjour. Sans lui, mon père n'aurait pas pu entrer en France». « Pour le salut de notre empire / Nous combattons tous les vautours /

La faim, la mort nous font sourire. » C'est nous les Africains, hymne des soldats «indigènes» 80 000 C'est le nombre d'anciens combattants de l'armée française de nationalité étrangère (de 23 nationalités différentes), selon le ministère délégué aux Anciens combattants. Inégalité Quand un ancien combattant français reçoit environ 690 euros par mois pour une pension d'invalidité, un Sénégalais perçoit environ 230 euros, un Camerounais 104, un Marocain ou un Tunisien 61 euros (source : Gisti). Cristallisation Ce mot désigne le gel des pensions décidé par l'Etat français au moment de la décolonisation, au début des années 60. Depuis, la pension des anciens combattants des anciennes colonies n'a plus connu d'indexation. Colonies «C'est nous qui étions en première ligne» A Arcueil, rencontre de l'équipe du film avec 150 lycéens peu revendicatifs. Par Catherine COROLLER «V ous voulez déconner ou vous voulez qu'on parle sérieusement ?» Rachid Bouchareb paraît frêle, mais son ton est ferme. Face à lui, dans ce cinéma d'Arcueil (Val-de-Marne), près de 150 lycéens de seconde, première et terminale qui viennent de voir Indigènes en avant-première. Après la séance, place au débat avec l'équipe du film : Rachid Bouchareb, bientôt rejoint par Jamel Debbouze et Samy Naceri. Lorsque Debbouze entre dans la salle, des dizaines de bras brandissant des téléphones portables se lèvent pour le prendre en photo, mais le comique n'est pas venu pour faire son numéro frénétique habituel. Fondateur. L'acteur voulait que soit raconté aux jeunes ce moment fondateur : «Il faut juste que vous compreniez ça, que vous avez une histoire en commun avec la France, que vous êtes légitimes dans ce pays que vous soyez noir, marron, jaune...», insiste-t-il sous des applaudissements nourris. Samy Naceri aussi a découvert grâce au film que l'un de ses ancêtres avait combattu dans l'armée française : «Il faut que vous gardiez à l'esprit que vos grands-parents se sont battus pour libérer la France. Il n'y avait pas que les Irlandais, les Ecossais, les Américains. Cela fait de vous des Français à part entière.» Samy Naceri s'emballe : «C'est nous qui avons libéré Marseille, Toulon, Monte Cassino, la Corse... Les premières balles, c'est nous qui les avons prises, c'est nous qui étions en première ligne.» Tout au long du débat, les trois artistes interpellent les lycéens, le cinéaste les invitant même à aller voir sur le site du ministère de la Défense si le nom de leurs ancêtres y figure. La salle est à l'image de la France d'aujourd'hui : black-blanche-beur, beaucoup de jeunes affichant également des origines asiatiques, mais elle n'est guère revendicative. Beaucoup de lycéens ont surtout envie de voir Jamel Debbouze. «Pas revanchard». Quelques mains se lèvent toutefois pour demander «ce que sont devenus ces soldats après la guerre», s'ils «ont été récompensés», si Rachid Bouchareb envisage de «faire une suite».

Le réalisateur répond que certains de ces combattants sont restés dans les rangs de l'armée française et ont fait la guerre d'Indochine, et qu'il envisage effectivement un autre film sur les guerres d'indépendance. Bien que véhéments devant ces lycéens, les trois artistes se défendent de tout sentiment «revanchard». Comme le dit Jamel Debbouze : «Ce film raconte combien la France a été injuste mais grande aussi. Il raconte aussi notre amour pour ce pays.» Coproducteur d' Indigènes, le sujet du film lui tient particulièrement à coeur. «Je ne sais pas si vous vous êtes déjà demandé quel parcours vos ancêtres avaient fait pour arriver jusqu'ici, lance-t-il à la salle. Moi, je suis né ici, j'ai grandi ici sans me poser la question. Souvent, j'entendais Jean-Marie Le Pen nous demander de nous barrer, et je me disais : "Mais non, je suis d'ici."» La rencontre avec Rachid Bouchareb l'a obligé à regarder son histoire familiale en face : «Il m'a parlé de cette guerre, il m'a dit que mon grand-père avait été enrôlé dans l'armée française, j'ai découvert que beaucoup de combattants avaient fini dans des bidonvilles, dans des foyers Sonacotra, j'ai pris tout ça en pleine figure, je me suis d'un coup presque senti investi d'une mission.»
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