Rassemblement Démocratique pour la Paix et les Libertés au Tchad. La passion de bâtir, le rêve de construire un Tchad nouveau!
La violence actuelle qui envahi la scène internationale, et augmente les chances de la haine voire les formes barbares de la force, suscite beaucoup de débat parmi les politiciens, et nous incite comme sociologues à repensé la société en adoptant peut être l’approche de la sociologie du risque baptiser par Ulrich Beck. ( suite et fin)
3- La Bible du tiers Monde :
La réflexion de Fanon sur la violence, et sa définition de la décolonisation ont occupé longtemps une place importante dans notre histoire contemporaine, d’après, Jean Paul Sartre, qui a préfacé « les damnés de la terre » Fanon est le premier homme depuis Angeles qui a analysé la violence d’une façon brillante, et qui a réussi à démontré son rôle historique (10).
Cette oeuvre n’a pas perdu son rayonnement, elle reste toujours, la Bible du tiers-mondisme, et une guide pour les mouvements de libérations et de résistances, et une source d’inspiration pour les dirigeant, qui veulent donner un dosage ferme et crédible a leur façon de dialoguer, et de négocier face aux tenants du système capitaliste mondial, et de défendre les intérêts de leurs pays devant la marrée de la mondialisation, qui tente de décortiquer l’Etat, et prélever ses prérogatives.
Aux Etats-Unis, on considère son oeuvre parmi les références importantes de la réflexion théorique actuelle, de ce qu’on appelle les « post-colonial studies » (7).
Ses analyses n’ont pas perdu leurs vivacités, elles fourniront toujours un outil d’analyse dynamique, qui discerne les relations dialectiques entre les partenaires du système mondial, comme Fanon l’a déjà démontré, lorsqu’il a étudié le système colonial, il démontre que l’affrontement entre les deux forces contradictoires est inéluctable. Il a jeté la lumière sur l’origine historique de la violence :
« La violence qui a présidé à l’arrangement du monde colonial, qui a rythmé inlassablement la destruction des formes sociales indigènes, démoli sans restrictions les systèmes de références de l’économie, les modes d’apparence, d’habillement, sera revendiquée et assumée par le colonisé au moment ou, décidant d’être l’histoire en actes, la masse colonisée s’engouffrera dans les villes interdites. » (4 : 9)
La violence, d’après Fanon, a été imposée au peuple colonisé, et elle sera sa seule possibilité pour sortir de la situation coloniale, et c’est l’unique moyen pour faire un véritable changement, et enfin c’est le seul langage que « l’auteur » de ce monde colonial comprend, malgré qu’il dénonce toujours la violence, et soupçonne le victime du terrorisme, et de ne pas comprendre le langage du dialogue « Le peuple qu’on lui dit qu’il ne comprendra que la langue de la force, décide de s’exprimer avec cette langue »(4 : 6)
Même après leurs indépendances, les pays du tiers monde doivent faire face à un monde « rendu animal par les forces impérialistes » selon ces propos, qui veulent à tout prix rendre leur indépendance nominale, dans ce cas, « nous ne devons pas accepter ces conditions. Nous devons carrément refuser la situation à laquelle veulent nous condamner les pays occidentaux » (4 : 56)
Contrairement à certaines critiques, ses analyses (surtout dans son livre les damnés de la terre) ne se réduit pas à un simple reflet subjectif, une apologie de la violence, il n’est pas un adepte de la violence, mais ces écrits sont une traduction d’une situation existante, comme mentionne Sartre, qui ajoute, que Fanon n’a pas un goût spécial envers la violence, du fait de la quantité du sang versé ou de la misère de l’enfance (10).
Il ne considère pas la violence comme unique méthode de traiter avec les forces de domination, il est pour la coopération, tant qu’elle n’est pas au mépris de la totalité nationale, et tant qu’elle ne se récapitule pas à une simple transaction douteuse entre le dominateur et la « bourgeoisie » nationale et les parties politiques.
Il envois des messages qui montrent sa position en faveur d’une coopération juste et respectable, il expédie des messages humains, au même moment qu’il reproche a ses puissances coloniales leur manière inacceptable, humiliante de répondre aux revendication légitimes des jeunes nations, lorsqu’ils leurs disent : « Puisque vous voulez l’indépendance, prenez-la et crevez (4 :55) » Et en même temps il condamne leur menace d’utiliser la pression économique, au lieu de se racheter. En même temps, il démontre les nouvelles formes de luttes pour faire face à ce défis : « Le peuple nouvellement indépendant a tendance à acquiescer et à relever le défis (4 : 54-55) »
Face aux défis externes, comme le constate Fanon, le chef d’Etat dans les jeunes nations est obligé d’adopter un vocabulaire violent, il appelle « son peuple au combat. Combat contre le colonialisme, combat contre la misère, combat contre le sous-développement, combat contre les traditions stérilisantes. Le vocabulaire qu’il utilise dans ses appels est un vocabulaire de chef d’Etat–Major : ‘‘Mobilisez des masses’’ ‘‘Front de l’agriculture’’ ‘‘Front de l’analphabétisme’’ ‘‘défaites subies’’ ‘‘victoire remportées’’. La jeune nation indépendante évolue pendant les premières années dans une atmosphère de champ de bataille. (4 : 53) »
Avec la compétition entre les grandes puissances la violence approfondi la tendance agressive de maintenir ses zones d’influence, comme le souligne Fanon, dans son description détaillée du phénomène de violence : « Pour les nations comme l’Angleterre et la France interfère l’importante question des zones d’influences. Unanimes dans leur décision de briser la revendication nationale des peuples coloniaux, ces pays mènent une lutte gigantesque pour l’accaparement des marchés mondiaux. Les batailles économiques entre la France, l’Angleterre, et les Etats-Unis, au Moyen-Orient, en Extrême-Orient et maintenant en Afrique, donnent la mesure de la voracité et de la bestialité impérialistes. (5 : 126) »
Ces écrits sur les formes violentes de d’intervention pour maintenir des intérêts, et mettre en place des « situations de dépendances » n’ont pas été effacés par le temps, vu que le système mondial, même dans sa version mondialisée, persiste à suivre les méthodes « dures » :
« Le pétrole Irakien a levé toutes les interdictions et actualisé les véritables problèmes. On a en mémoire les interventions violentes des forces américaines dans l’archipel des Antilles ou en Amérique latine, chaque fois que les dictatures appuyées par la politique américaine se sont trouvées en danger. Les Marines qui déferlent aujourd’hui sur Beyrouth sont les frères de ceux qui, épisodiquement, vont rétablir « l’ordre » en Haïti, à Costa- Rica à panama. (5 : 126) »
« Ses débouchés s’étant révélés insuffisants, l’Amérique devait fatalement se tourner vers d’autres régions, en l’occurrence l’Extrême-Orient, le Moyen-Orient et l’Afrique. Compétition de rapaces ; ses création sont : Doctrine Eisenhower contre l’Angleterre au Moyen-Orient ; soutien à Ngo Din Diem contre la France en Indochine ; Commission d’aide économique en Afrique annoncée par le voyage présidentiel de M. Nixon, contre la France, l’Angleterre et la Belgique. » Et il termine ces phrases avec cette remarque pertinente : « Chaque lutte de libération nationale doit tenir compte des zones d’influences (5 : 126) »
Dans ses écrits il analyse toutes les figures psychologiques de la violence, quant il parle du monde colonial, et quant il parle de l’occident en général. Lorsqu’il parle de l’occident, il met les points sur son complexe de supériorité, « ‘‘Le modèle’’ occidental se trouve atteint dans son essence et dans son finalité. Les Jaunes, les Arabes et les Nègres, aujourd’hui, veulent dire leurs projets, avec le monde, La négociation du béni-oui-oui politique est liée au refus du béni-oui-oui économique et du béni-oui-oui culturel. (5 : 126) »
Et dans ce même sujet, lorsqu’il parle du monde colonial, il présente une lecture, qui devance les thèses marxistes orthodoxe : « Aux colonies l’infrastructure économique est également une superstructure. La cause est conséquence : on est riche parce que blanc, on est blanc parce que riche. C’est pourquoi les analyses marxistes doivent être toujours légèrement distendues chaque fois qu’on aborde le problème colonial (4 : 9) »
Mais, comme nous dit Fanon : « La violence avec laquelle s’est affirmée la suprématie des valeurs blanches, l’agressivité qui a imprégné la confrontation victorieuse de ces valeurs avec les modes de vie ou de pensé des colonisés font que, par un juste retour des choses, le colonisé ricane quand on évoque devant lui ses valeurs. (4 : 11-12) »
C’est ainsi, que la violence qu’exercera le colonisé, d’abord, en refusant solidement de s’incliner, le libère psychiquement, et lui rend sa confiance à lui même : « il découvre que sa vie, sa respiration, les battement de son cœur sont les mêmes que ceux du colon. Il découvre qu’une peau de colon ne vaut plus qu’une peau d’indigènes. (4 : 12) »
« Au niveau des individus, la violence désintoxique. Elle débarrasse le colonisé de son complexe d’infériorité, de ses attitudes contemplatives ou désespérées. Elle le rend intrépide, le réhabilite à ses propres yeux. (4 : 51-52) »
« On assistera au cours de la lutte de libération à une désaffection singulière pour ces pratiques. Le dos au mur, le couteau sur la gorge où, peut être plus précis, l’électrode sur les parties génitales, le colonisé va être sommé de ne plus se raconter d’histoires. Après des années d’irréalisme, après s’être vautré dans les phantasmes les plus étonnants, le colonisé, sa mitraillette au poing, affronte enfin les seules forces qui lui contestaient son être : celle du colonialisme. (4 : 23) »
Avec ce changement interne, évoqué par Fanon, on assiste à d’autre changement sur le plan social : « C’est dire que cette découverte introduit une secousse essentielle dans le monde. Toute l’assurance nouvelle et révolutionnaire du colonisé en découle. Si, en effet, ma vie a le même poids que celle du colon, son regard ne me foudroie plus, ne m’immobilise plus, sa voix ne me pétrifie plus. Je ne trouble plus en sa présence. Pratiquement, je l’emmerde. Non seulement sa présence ne me gêne plus, mais déjà je suis en train de lui préparer de telles embuscades qu’il n’aura bientôt d’autre issue que la fuite. (4 : 12) »
Les aspects sociaux dépassent le cadre de l’être, le colonisé qui va être, certainement, délivré, progressivement, de la domination musculaire et symbolique, mystique. C’est ainsi que la lutte affecte le monde colonial dans sa totalité, et donne une dimension historique aux actes du colonisé, et unifié les groupes sociaux :
« Le contexte colonial, avons-nous dit, se caractérise par la dichotomie qu’il inflige au monde. La décolonisation unifie ce monde en lui enlevant par une décision radicale son hétérogénéité, en l’unifiant sur la base de la nation, quelques fois de la race. (4 : 13) »
« L’immobilité à laquelle est condamné le colonisé ne peut être remise en question que si le colonisé décide de mettre un terme à l’histoire de la colonisation, à l’histoire du pillage, pour faire exister l’histoire de la nation, l’histoire de la décolonisation. (4 : 18) »
« Toutefois dans la lutte de libération, ce peuple autrefois réparti en cercles irréels, ce peuple en proie à une effroi indicible mais heureux de se perdre dans une tourmente onirique, se disloque, se réorganise et enfante dans le sang et les larmes des confrontations très réelles et très immédiates (4 : 21) »
« La mobilisation des masses, quand elle se réalise à l’occasion de la guerre de libération, introduit dans chaque conscience la notion de cause commune, de destin national,d’histoire collective. (4 : 51) »
« La violence du colonisé, avons-nous dit unifie le peuple (…) La violence est dans sa pratique est totalisante, nationale. De ce fait, elle comporte dans son intimité la liquidation du régionalisme et du tribalisme. (4 : 51) »
Bien que les analyses de Fanon ne sont pas effacé, en dépits des évolutions actuelles, il ne faut pas nier que l’approche Fanonien aura besoin peut-être de quelques suppléments pour cerner les multiples horreurs du capitalisme mondial, et pour zoomer l’image de l’occidentalisme, qui n’as pas perdu son profil brutal, et sanguinaire, et « idiologie fondée sur le mépris doucereux de milliards de femme et d’hommes qui peuplent notre planète. (1 : 32) »
Peut-être, qu’ il faut étoffer cette approche avec des rectifications, surtout ce qui concerne les stratégies, les méthodes de pratique la lutte de libération, sans tomber dans la violence aveugle, pour prendre en considération la réalité géographiques, et social des peuples colonisés, et de faire attention au contexte mondial.
On constate, par exemple, que les palestiniens, qui prennent les oeuvres de Fanon pour référence, font la différence entre les actes de commando, comme ils ont été toujours suivi à la ligne, chez eux, et la guerre de libération populaire, qui a d’une part ses limites, étant donné qu’on affronte un ennemi sioniste , qui étant ses mains dans le monde entier, et d’autre part, cette guerre ne peut réussir que dans l’environnement Arabe préparés, surtout en ce qui concerne les pays du ruban, qui encercle l’Etat ennemi.
L’absence de ce dernier facteur ou son inefficacité, contrairement a ce qui s’est passé au Vietnam du nord, ou pour les zones libérées de chine, rendra la réalisation des objectifs stratégiques de la révolution impossible. C’est ce que Mao Tsé Tung a remarqué, quand il a confié a ses hôtes camardes palestiniens, en 1964 :
« Qu’après avoir étudier attentivement votre affaire, et les circonstances qui l’entoure, je constate qu’elle est très délicate, ses problèmes (obstacles) s’interfèrent comme les dents du requin. Si vous réussissez à exploser la révolution et la maintenir, je serais très heureux d’étudier les nouvelles lois de la guerre du peuple, dans des circonstances qui n’obéissent pas aux règles de la guerre du peuple. (9) »
L’enrichissement de l’approche fanonienne, exige qu’on fasse attention à l’évolution actuelle des relations entre les « partenaires » du système économique mondial, en approfondissant, et en étudiant les retombées des relations inégales entre ces partenaires, entre ceux qui ont une bonne position dans l’ordre mondial, et ceux qui endurent ses crises, et souffrent de ses expansion ou ses mutations.
La visions de Fanon, même si elle appartient au passé certes, donne toujours des lumières, et quelques lignes inspiratrices, exemple lorsqu’il parle des menaces qui guettent le capitalisme mondial, et l’occident, qui refuse (toujours) de coopérer positivement avec les pays du tiers-monde, il émet des conclusion, qui demande un moment de réflexion :
« En agitant le tiers monde comme une marrée qui menacerait d’engloutir toute l’Europe, on n’arrivera pas à diviser les forces progressistes qui entendent conduire l’humanité vers le bonheur. Le tiers-monde n’entend pas organiser une immense croisade de la faim contre toute l’Europe. Ce qu’il attend de ceux qu’il l’ont maintenue en esclavage pendant des siècles c’est qu’il l’aident à réhabiliter l’homme, à faire triompher partout, une fois pour toutes (4 : 62) »
Bibliographie :
1 - Abdelkader Djeghloul, Lettres pour l’Algérie, Alger, Editions ANEP, 2001, p32.
2 - Bourhane Ghalionne, « La culture de la mondialisation »in : Samir Amin & B.Ghalionne : La culture de la mondialisation et la mondialisation de la culture, (En arabe) Dar Elfikr, Damas, 1999.
3 - Emile Nakhla, La composition structurelle de la violence, (En Arabe), Revue Affaires palestinienne, N°3.
4 - Frantz Fanon, Les damnés de la terre, Paris, éditions Maspero, 1981.
5 - Frantz Fanon, Pour l a révolution africaine, Paris, éditions Maspero.
6 - « Frantz Fanon l’éveilleur » Le monde, 21septembre 2000.
7 - « Fanon, le médecin des âmes » Le nouvel Observateur, (02 Septembre 2000)
8 - Gilles Kepel, Jihad, expansion et déclin de l’islamisme, Gallimard, 2000, p36/p37.
9 - Ibrahim, Abrech :“Feth le déclenchement entre hier et aujourd’hui, rupture ou continuité ? Lecture historique dans les débuts de Feth (En Arabe).
10 - Jean Paul Sartre, préface du : damnées de la terre, El Moudjahid (En Arabe) N°111, Décembre 1961.
11-Samir Amin : « la culture de la mondialisation et la mondialisation de la culture » Samir Amin & B.Ghalionne : La culture de la mondialisation et la mondialisation de la culture, (En arabe) Dar Elfikr, Damas, 1999.
source :
http://knol.google.com/k/-/frantz-fanon-et-la-violence-dans-le/3adzqgx9c46ve/19#