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Les forces de la résistance nationale du Tchad ont une nouvelle fois franchi la frontière du Soudan et pénétré au Tchad. Quatre colonnes, fortes de 400 à 500 véhicules tout-terrain, sillonnent depuis lundi les sables de l'est du pays avec pour objectif avoué la prise de la capitale, N'Djamena, et la chute du président Idriss Deby.
Les forces de l’UFR, ici au centre de la ville d’Am-Timan, montrant le matériel
de guerre récupéré à la milice d’Idriss Deby, le 7 mai 2009.
Jeudi, deux colonnes se dirigeaient vers le nord et le sud, tandis que le gros des forces restait concentré. Des forces de l'Union des forces de la résistance (UFR) ont rapidement pris, jeudi, la ville d’Am Timan, jusque-là considérée comme l’une des trois ceintures de sécurité contre l’avancée des hommes de l’UFR, visiblement déguerpie aux premiers coups de feu par l'Armée nationale tchadienne (ANT). Dans un premier temps, milice et résistants semblent en fait avoir tout fait pour s'éviter, dans une complexe partie d'échec. Jeudi, un premier accrochage, «très violent» et qui aurait «duré des heures», selon un des deux porte-parole de la résistants, a éclaté au nord de Goz Beïda. Aucun bilan précis n'était disponible alors que l'UFR et le gouvernement revendiquaient la victoire.
Cette incursion est loin d'être une surprise. Les forces de l'UFR se sont organisées à Moudeïna depuis des mois, n'attendant qu'un signal pour se lancer à l'assaut. Équipé et bien entraînées, les forces de l'UFR disposent d'au moins 800 véhicules, d'armes et d'équipements antiaériens. L’UFR, dont l'offensive de février 2008 sous la bannière de l’Alliance nationale avait échoué aux portes du palais présidentiel en partie à cause de divisions internes, est désormais plus unie sous la direction de Timane Erdimi, un farouche opposant du Dictateur Idriss Deby.
Reste que, de son côté, l'armée tchadienne s'est elle aussi dotée d'armement nouveau. Les défenses des faubourgs de N'Djamena, tout comme celles du centre-ville, ont été sévèrement renforcées. Au point que certains doutent d'un raid rebelle à un court terme sur la capitale.
Les diplomates écoutent avec inquiétude ces bruits de bottes. Sans pouvoir réellement agir. La France, qui a jusqu'à présent soutenu Idriss Déby, continue à le faire ostentoirement en y embarquant m^me certains pays membres de l’Union Européenne dans le bourbier tchadien. Elle s’est empressée à «condamner fermement» l'offensive de l’UFR. Paris, qui dispose au Tchad près de 1 200 hommes et six mirages F1, semble s’impliquer de plus en plus directe dans le conflit tchadien aux côtés du dictateur Idris Deby. Visiblement, les autorités françaises ne se contentent désormais pas seulement d'offrir à l'armée tchadienne un soutien logistique et de renseignement.
Près de 800 soldats français sont par ailleurs intégrés à la milice d’Idriss Deby qui tente de reprendre les villes de l'est du Tchad tombées ces derniers jours aux mains de l’UFR. Mais, mêmee renforcée par les forces spéciales françaises, la milice du Dictateur n’est plus en mesure de stopper à la guerre qui s'avance. L’armée de Deby ne pourra non plus compter sur les forces de la MINURCAT. Le mandat de celle-ci se limite à la protection des quelque 450 000 réfugiés, pour la plupart des Soudanais du Darfour ou des Tchadiens qui s'entassent dans des camps. Un objectif difficile à tenir. La Minurcat, en cours de déploiement, ne dispose encore que de 2 200 hommes sur les 5 200 théoriquement attendus.
Les agences humanitaires craignent pour leur part que des combats dans l'Est ne mènent à un nouveau désastre. «La seule solution pour arrêter ce cercle vicieux de rébellion et de contre-rébellion est que Deby parte pour permettre aux tchadiens d'ouvrir des négociations sérieuses», assure un responsable d'une grande organisation française, visiblement gêné par la présence des militaires français sur les lignes de combats aux côtés du Dictateur Idriss Deby.