Rassemblement Démocratique pour la Paix et les Libertés au Tchad. La passion de bâtir, le rêve de construire un Tchad nouveau!
Selon nos sources bien informées, le président de la République a saisi par courrier porté, l’archevêque de N’Djaména. Dans cette lettre secrète, il aurait fait part au clergyman de son intention de délocaliser la cathédrale. L’information qui circule dans les milieux avisés, n’est pas confirmée pour l’instant. Contacté au téléphone par la Voix, Mgr Mathias Ngarteri Mayadi , l’homme d’église qui se trouve en retraite spirituelle à Bakara, n’a pas souhaité se prononcer sur la question. Il n’a ni confirmé ni infirmé l’existence d’un courrier présidentiel qui lui aurait été adressé. Aucune autre source officielle ne s’est pas encore prononcée là-dessus. Dans l’entre temps, tous les arbres entourant la Cathédrale visée ont été rasés par la municipalité, pour les raisons de sécurité selon nos sources. Les hommes armés jusqu’au dents patrouillent ce lieu de culte 24 heures sur 24. Par Djasrabé Boukar, journaliste de la Voix. L’intention qu’on prête au président de délocaliser, a pris de l’ampleur avec l’élimination des arbres autour de la cathédrale. Mgr Ngartéri, inquiet, a dû aller à la rencontre du Premier ministre, dimanche 23 août, pour être personnellement instruit de la situation.
Selon le communiqué qu’il a rendu public, il a été rassuré par Youssouf Saleh Abbas : la coupe systématique des arbres par la municipalité n’a pas pour objet de délocaliser la cathédrale. Mais selon nos sources, le chef de l’Etat veut impérativement délocaliser ce lieu de culte.
Certains fidèles seraient favorables à l’idée de délocaliser la cathédrale. Ils n’auraient pas la volonté et le courage de venir se recueillir dans la cathédrale. “Le climat autour de la cathédrale ne nous permet pas de venir nous recueillir. Partout nous ne voyons que des militaires armés jusqu’aux dents“, se lamente un fidèle. De nombreux fidèles ont choisi les paroisses de quartier pour se rendre au culte. Ils évitent ainsi “l’ambiance lourde” qui prévaut autour de la cathédrale. Seuls les expatriés et quelques croyants téméraires s’y rendent encore tous les dimanches.
L’affaire de la cathédrale rappelle quelque peu les événements des 2 et 3 février 2008. Plusieurs cas de déguerpissements ont été enregistrés. Tous les arbres ont été systématiquement abattus sur l’Avenue Charles de Gaulle. Les grandes institutions internationales et nationales sont en voie d’être délocalisées. Les palais de gouvernement, de justice et le musée national seront bientôt déplacés. Il ne resterait donc que la cathédrale.
D’aucuns croient savoir que la zone de la cathédrale revêt un caractère stratégique : ces arbres et certains édifices constituent des boucliers pour les “mercenaires à la solde du Soudan”. De plus, c’est un lieu que les rebelles investissent chaque fois qu’ils veulent prendre d’assaut le palais présidentiel. Mgr Charles Vandame, archevêque de N’Djaména (1981-2003), a fait un témoignage éclairant sur le caractère stratégique de la cathédrale, dans un livre d’entretien. Il évoque notamment les combats du 30 avril 1981 qui avaient opposé les troupes d’Hissein Habré (avec un certain Idriss Déby aux manettes), à celles de Goukouni Weddeye: “La cathédrale se trouvait au milieu de la Place de l’Indépendance, dans une sorte de no man’s land entre les forces adverses : les force de Goukouni basées à la présidence et les forces de Hissein Habré basées au camp des Martyrs appelé à l’époque le camp du 13 Avril (…) Il est possible que les combattants d’Hissein Habré aient profité de l’obscurité pour avancer en terrain découvert jusqu’au lieu de culte et que de là, ils aient tiré sur les forces de Goukouni, peut-être même à la mitrailleuse. En tout cas, les combattants de Goukouni reconnaissent avoir tiré des obus de mortier au phosphore et avoir incendié la cathédrale sans l’avoir voulu.” (*) Au regard de ce qui précède, un stratège de la trempe du président Déby-il ne faut pas oublier qu’il est un officier supérieur redoutablement rusé-, est conscient de l’importance stratégique du périmètre de la cathédrale. On peut comprendre que le président soit obsédé par sa délocalisation…
Il s’agit donc de faire le vide autour du Palais Rose dans la perspective d’exorciser les démons de la rébellion qui ont ces dernières années, pris la satanique habitude de venir se nicher dans le feuillage des arbres du saint lieu. La Cathédrale Notre Dame de la Paix n’a jamais vraiment connu la paix. Ces 40 dernières années, elle a plusieurs fois été pilonnée à l’occasion des multiples incursions rebelles dans la capitale. Et plusieurs fois, la rumeur l’a donnée partante. Mais elle a tenu bon jusqu’ici. Pour combien de temps ?
Djasrabé Boukar
Notre-Dame de la Paix, une histoire mouvementée
La cathédrale de Fort-Lamy (actuellement N’Djaména) est consacrée en 1965 par le premier archevêque de N’Djaména, Paul-Pierre-Yves Dalmais. Le projet de construction de cette cathédrale est initié en 1944 pendant la Deuxième Guerre Mondiale par la force libre de la France. Le père Serge Semur, économe de l’archidiocèse révèle : “L’idée originale était de construire une basilique dénommée Notre-Dame de Victoire, pour célébrer la victoire de la France libre associée aux Tchadiens qui avaient contribué à la victoire sur les forces nazies et fascistes. La colonne du Maréchal Philippe Leclerc est parti de N’Djaména pour combattre les forces allemandes et italiennes“. Cette basilique devait être construite non loin de l’ambassade de France sur l’actuelle place du rond-point “Etoile“ en construction près du siège de la Commission du bassin du Lac Tchad (CBLT).
Mais ce projet a été modifié. L’idée de la basilique est remplacée par celle de la construction d’une cathédrale, qui sera au centre-ville de l’époque. Cette cathédrale est baptisée Notre Dame de l’Assomption. Le père économe reconnait que “le terrain a été attribué définitivement à l’Eglise catholique le 27 juillet 1965. Une augmentation de surface est accordée le 24 avril 1986. La surface actuelle est de 4452 mètres carrés“.
Cette cathédrale a été détruite entre 1979 à 1982 pendant la guerre civile. En 1986, l’archevêque Charles-Louis-Joseph Vandame la réfectionne et la réhabilite. La communauté catholique de N’Djaména décide de l’appeler cathédrale “Notre-Dame de la Paix“.
D.B.