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Rassemblement Démocratique pour la Paix et les Libertés au Tchad. La passion de bâtir, le rêve de construire un Tchad nouveau!

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Le Mal-développement

Le sous-développement en question par H. Kanda

C’est quoi un pays sous-développé ? C’est un pays dont l’indice de développement humain (IDH)  est inférieur à la moyenne fixée par le PNUD. C’est, pour dire les choses simplement, un pays qui ne produit pas assez ou ne redistribue pas de manière suffisamment rationnelle les richesses qu’il produit, pour que la majorité de ses habitants vivent dans un minimum de décence. Les signes extérieurs du sous-développement généralement admis sont entre autres : le nombre très élevé des sans-emploi, l’inexistence ou la mauvaise qualité des infrastructures de base telles celles qui permettent l’adduction d’eau ou la production de l’électricité, le mauvais état du réseau routier ou ferroviaire, la qualité exécrable des systèmes de santé ou de l’éducation.

 

4X4 VX (90 millions FCFA ou plus de 137 000 euros)
voiture
Au fond, le développement d’un pays est communément jugé d’après des critères essentiellement matériels, l’espérance de vie tout comme le système éducatif étant pour une large part liés aux équipements de base. On ne considère guère la qualité des habitants d’un pays comme un élément du développement de celui-ci. On devrait pourtant prendre en compte cette autre dimension de l’humain tant elle diffère fondamentalement entre un pays dit développé et un qui ne l’est pas. Et à ce chapitre de la qualité du citoyen, je retiens l’aptitude au jugement, c’est-à-dire la capacité de distinguer entre le bien et le mal, comme un trait distinctif d’un homme (ou d’une femme) civilisé.

 

Savez-vous à quoi l’on juge au Congo que vous êtes un homme intelligent ?

 

Certes on rencontre des hommes et des femmes civilisés aussi bien dans les pays du nord que dans les pays dits du sud. Mais tout comme une hirondelle ne fait pas le printemps, un individu civilisé ne fait pas une société civilisée. Or toute  société au monde est tributaire de la conduite de son élite. Lorsque l’élite est civilisée, le pays est plutôt développé. A contrario, les élites barbares de certains pays déterminent le non-développement de ces pays. Force est de croire que sauvagerie rime avec sous-développement. 

Et si quelqu’un n’est pas d’accord avec moi, je lui demande de considérer le cas du Congo-Brazzaville, pays sous-développé par excellence. Dites-moi ce que vous observez chez les élites de ce pays. Ne sont-ce pas des gens manquant cruellement de jugement ? A mon humble avis, ce sont effectivement des gens qui ont jeté depuis le berceau le bon sens aux orties. 

Tenez, savez-vous à quoi l’on juge au Congo que vous êtes un homme intelligent ? C’est à travers votre aptitude à détourner les deniers publics. Celui qui occupe un poste pourvu d’un budget quelconque, qu’il soit ordonnateur ou exécutant à son échelon, doit pouvoir voler le mieux possible et se construire un minimum de trois villas, s’il ne veut pas passer aux yeux de ses parents pour le roi des idiots. Les élites congolaises ont si bien intériorisé les attentes parentales qu’elles se ruent littéralement sur les caisses de l’Etat. Et de construire quatre villas pour soi, une pour l’enfant Michel, une pour l’enfant Jeanjean, une pour la fille Michaela, une pour le neveu Jacques, et  une autre pour la maîtresse Tantina, sans compter bien sûr les deux maisons à étage de l’épouse Henriette. Cela va souvent bien plus loin encore et la chose vaut aussi bien pour les cadres hommes que pour les femmes.

 

Route de l'Oms à Makélékélé

routeoms1

Parallèlement à cette rage de construire des maisons, nos chapardeurs en col blanc entretiennent à l’envi ce que mon ami Dédé appelle le complexe du cheval blanc. Dédé dit avoir lu quelque part que Napoléon aimait à se distinguer de ses proches en se réservant un cheval blanc pour monture. Vrai ou faux, il en a inféré que les élites congolaises se prennent pour Napoléon, c’est-à-dire pour des empereurs, lorsqu’elles possèdent une voiture que le commun de leurs compatriotes ne peut pas s’offrir. D’après Dédé, c’est de ce complexe que nous vient cette folie de l’acquisition des VX qui habite aujourd’hui nos cadres.

Oh ! oui, on sait qu’au Congo - n’ai-je pas dit qu’il s’agissait d’un pays sous-développé ? - le réseau routier est en piteux état. On peut comprendre que celui qui le peut s’offre une voiture 4*4 pour pouvoir circuler dans les rues autrement impraticables de la capitale. Mais diantre, des voitures tout terrain de bonne facture, il s’en vend de plusieurs marques différentes et on peut en trouver à 20 millions (plus de 30 000 euros ou environ 43 000 dollars) l’unité chez CFAO. C’est par exemple le cas de la Land Cruiser BJ. Pourquoi faut-il que dans  ce pays réputé pauvre (voire pauvre et très endetté) l’on se paie des VX pour le gouvernement, pour les grands chefs militaires et de la police, pour les hauts magistrats, etc. lorsqu’on sait qu’une seule de ces perles ne vaut pas moins de 90 millions CFA (plus de 137 000 euros ou près de 200 000 dollars) sur le marché local ? Dites-moi, à quoi sert une voiture en fait ? A crâner ou à aider les gens dans leur déplacement ? Peut-être me répondrez-vous : à faire les deux. Eh bien, dans ce cas, courez vite chez le psy parce que vous souffrez sans le savoir d’une maladie honteuse qui se nomme complexe du cheval blanc. Et si vous êtes cadre congolais, honnissez de votre imbécillité car vous contribuez, peut-être inconsciemment, à qualifier votre pays pour longtemps au statut de sous-développé.

 

J'ai dit des fous oui

Il faudra peut-être que vous commenciez par vous développer vous-même. Comment le faire ? Par exemple en faisant comprendre à vos parents, cousins et amis que l’Etat ne doit jamais se confondre avec les intérêts particuliers. Cette distinction ne sera possible que le jour où vous cadres, serviteurs de l’Etat, saurez sacrifier vos appétits égoïstes pour privilégier le bien-être collectif. Il faudra notamment que le cadre congolais s’affranchisse de l’esprit de coterie générateur d’intolérables inégalités entre les citoyens.

 

Chantier du ministre de l'habitat
villa1
Nous souffrons déjà suffisamment des dégâts que cause le tribalisme, cette forme de coterie fondée sur le lien ethnique. Rien ne s’arrange vraiment lorsqu’à cette bête cruelle viennent s’ajouter les coteries religieuses aujourd’hui légion dans notre administration. On nomme son ami franc-maçon à un poste en vue, non pas parce qu’il présente la compétence requise pour l’emploi mais parce qu’il est un « frère ». Du coup on est incapable de punir ce frère même quand il a commis une faute professionnelle grave. 

Quand ce ne sont pas les frères maçons, ce sont les frères des églises de réveil qui se donnent la main au détriment de la bonne marche de l’Etat. On est pasteur et ministre. A ce titre, on se doit de couvrir la « sœur en Christ » et « le frère en Christ » sanctionnés pour incompétence par un directeur général, pour ne pas perdre son crédit auprès de ses ouailles.

 

 

Où l’on touche le summum du ridicule, c’est lorsque le commissaire de police Halleba (il aime plutôt à se faire appeler colonel, c’est vrai) s’en va consulter l’inspecteur Nganga, pour acquérir de la science de ce subordonné faiseur de fétiches le don d’invisibilité. Nganga, par pure malice, ou appliquant à son supérieur hiérarchique la règle commune, oblige ce dernier à se déshabiller pour qu’il lui oigne l’épiderme quelque part avec un onguent de sa fabrication. Halleba n’hésite pas une seconde à se livrer à ce rite humiliant – c’est la voie d’or pour accéder à la puissance. Quand tout est fini, il gratifie son maître en animisme de la somme colossale de 50000 CFA. Quelle belle recette pour Nganga ! Mais quelle forfaiture pour le commissaire Halleba qui désormais ne pourra plus jamais se faire obéir de son charlatan de subordonné ! Dans l’ordre matériel le colonel est demeuré le chef. Dans le plan invisible, cette hiérarchie s’est renversée. Et quand on sait l’importance donnée au monde invisible dans notre imaginaire collectif, on sait lequel des deux hommes exerce à présent l’autorité réelle sur l’autre.  

C’est avec des Halleba, bien plus nombreux au milieu de notre intelligentsia que vous ne pouvez vous l’imaginer, avec des hurluberlus confondant l’Etat avec leur confrérie ou leur église, avec des fous se rêvant en Napoléon, que nous cultivons notre sous-développement. J’ai dit des fous oui, car comment désigner autrement des individus capables d’engloutir des sommes si faramineuses pour des gadgets de la civilisation occidentale comme les automobiles de luxe dans un pays où l’on manque jusqu’à l’eau courante dans la capitale ? Est-ce que l’on devient un dieu parce que l’on roule une belle voiture ? N’est-on pas malgré tout stoppé dans l’embouteillage comme tout le monde avec sa grosse cylindrée ? 

Mais où nos cadres ont-ils mis leur cerveau ? Ce cerveau de sous-développé ne peut que nous enfoncer dans le sous-développement. Il nous faut nous le laver, pour une fois dans le bon sens de ce verbe. Au lieu de toujours se ruer dans la consommation de ce que produit la matière grise des autres, organisons-nous un peu pour un jour apporter un produit fini pensé et construit par des Congolais au rendez-vous de l’universel. Emancipons-nous de la culture du consommateur niais hérité de nos ancêtres à qui l’on a fait vendre leurs enfants pour des arquebuses ou une poignée de sel. Soyons enfin des hommes aptes à engager leur pays sur le chemin du développement ! Ne nous offrons pas et n’offrons pas à notre descendance le destin d’éternels assistés incapables de se servir de ces armes de la prise en mains de soi que le ciel a pourtant mises à la disposition de tous les peuples de la terre.  

H. Kanda

Source: 
http://www.mwinda.org
 

 

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