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Rassemblement Démocratique pour la Paix et les Libertés au Tchad. La passion de bâtir, le rêve de construire un Tchad nouveau!

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Attention, ne dénaturez pas notre Islam!

Au Tchad des enfants sont dressés pour prêcher un islam radical

(Source: Syfia,  Tchad, le 07-12-2004 par Mamadou Bineta )

Au Tchad, des marabouts utilisent des enfants pour prêcher un islam sexiste et intolérant, ou soutenir la résistance irakienne. Ces imams sont politiquement trop influents pour être inquiétés.

Dans un coin du marché à mil de N'Djamena, la capitale tchadienne, un enfant de 10 ans prêche l'islam à une foule compacte. Engoncé dans un boubou noir, une petite canne à la main, le jeune prédicateur vocifère, infatigable : "Il y a dans ce pays des gens qui sont des adversaires de la parole de Dieu. Ils ont vécu dans un désordre total et dans l'illégalité". Puis, comme s'il était investi d'une mission divine de défense universelle des musulmans, il enchaîne : "L'Irak est détruit par les Américains et la Palestine par les impurs (les non-musulmans, Ndlr)" "Allahou Akbar (Dieu est le plus grand) !" scandent en chœur ses maîtres de l'école coranique assis dans la foule. Les messages d'intolérance se succèdent dans la bouche du jeune talibé. "Prions Dieu afin qu'il exauce la prière de ceux qui veulent être polygames", lance-t-il. À ces mots, des femmes, choquées, se lèvent et quittent les lieux. "Je n'ai pas à perdre mon temps ici à écouter des bêtises, s'insurge l'une d'elles. Qu'est-ce que ces enfants qui n'ont même pas l'âge de mes enfants savent de l'islam ?". Dépité de les voir partir, le garçon les prend à parti en s'adressant à la foule : "Ce sont ces femmes qui foulent aux pieds les principes de l'islam. Elles ne veulent pas entendre ce qui est écrit dans le livre saint". Le jeune prédicateur se tourne ensuite vers les hommes : "Ne suivez pas vos femmes, elles vous induiront en erreur. Soyez responsables de vos foyers et ne laissez pas vos filles dans la liberté totale". En désaccord, un garçon en jean se lève et s'apprête à parler. Il en est aussitôt empêché par les marabouts. Énervé, le protestataire quitte l'assistance sans un mot. Malgré la désapprobation d'une partie du public, le talibé poursuit, imperturbable. Il passera ainsi toute la journée à prêcher un islam radical sous la supervision de ses maîtres, des marabouts âgés de 30 à 60 ans.

Les imams tirent les ficelles

Mme E., assistante sociale et musulmane, est consternée par tant d'intolérance. Elle s'indigne de voir ces jeunes qui, "avec la complicité de leurs maîtres et de certaines autorités publiques, se font passer pour des exégètes du Coran et organisent des campagnes de désinformation". "Cette nouvelle façon de prêcher les valeurs islamiques est dangereuse pour les enfants, estime-t-elle, car ils seront marqués toute leur vie". À N'Djamena, de nombreux adolescents sont ainsi au service de maîtres religieux. Les plus intégristes des prédicateurs musulmans ont en effet dressé les enfants à prêcher à leur place. Cela attire le monde et leur permet de faire passer des messages trop controversés pour qu'ils les diffusent eux-mêmes comme les appels au soutien à la résistance irakienne et à la solidarité avec le peuple palestinien. Ils échappent ainsi aux réactions des musulmans modérés et des chrétiens. Depuis bientôt deux ans que ces pratiques ont commencé dans la capitale tchadienne, personne, ni les parents des enfants ni l'administration, n'a osé les dénoncer officiellement. En privé, certains responsables de la direction des Affaires religieuses et coutumières du ministère de l'Administration et du Territoire déplorent ce comportement mais s'avouent impuissants. "Ni notre direction, ni le Conseil supérieur des affaires islamiques ne peuvent leur interdire d'utiliser les enfants pour diffuser des messages d'intolérance, dit l'un d'eux, qui tient à l'anonymat, car chaque marabout bénéficie de la protection des responsables de ce pays."

Un Etat officiellement laïque

Officiellement, le Tchad est un état laïc qui compte 51 % de musulmans et 35 % de chrétiens. Mais les sphères politiques et religieuses y sont très imbriquées. La puissante Union des cadres musulmans du Tchad (UCMT), dont les membres se retrouvent dans toutes les confréries du pays, compte dans ses rangs les plus hautes personnalités politiques ce qui lui permet de peser sur toutes les grandes décisions. Le régime est d'autant moins libre de s'opposer aux imams que plusieurs d'entre eux avaient appelé, en 2001, à voter pour l'actuel président, Idriss Déby. Quant au soutien des marabouts aux partisans de Saddam Hussein, il est dans le droit de fil de la diplomatie tchadienne. En 2000, le Mouvement patriotique du salut (MPS), le parti d'Idriss Déby, et le BAAS irakien s'étaient rapprochés face à l'isolement international du dictateur de Bagdad. Ils avaient exprimé "leur indignation face à la persistance de l'embargo et décidé d'harmoniser leurs positions sur les questions internationales puis affirmé leur soutien à la lutte du peuple palestinien pour retrouver ses droits légitimes". Le parti BAAS avait demandé au MPS de "sensibiliser les partis politiques dans le but de soutenir le peuple irakien dans l'épreuve à laquelle il fait face depuis dix ans". Un message qui reste d'actualité pour certains marabouts tapis dans l'ombre des enfants prédicateurs.

 

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