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Pourquoi Idriss Dokony Adiker a été viré
Assafi Moustapha Manda
Les indiscrétions n’djamenoises lèvent un peu le voile sur les raisons du limogeage d’Idriss Dokony Adiker, désormais ex-DG de la Police nationale. S’il est un officier compétent dont les actions sont saluées unanimement par les habitants de N’Djamena, Idriss Dokony ne serait en revanche pas tout à fait un honnête serviteur de l’Etat. Que lui a-t-on reproché avant son limogeage ? Rassurez-vous, il n’est pas accusé de détournement de deniers publics. Comment le pourrait-il lui qui ne gère pas directement l’argent public. Pourtant, il aurait fait pire. Il s’était transformé en commerçant vendeur de casques pour usagers de deux roues.
Selon des témoignages recueillis auprès des n’djamenois, Idriss Dokony aurait tout simplement oublié qu’il était fonctionnaire de Police, et donc fonctionnaire tout court soumis au respect des règles régissant la fonction publique sur les incompatibilités entre cette dernière et l’exercice de la profession de commerçant. Qui l’eût cru ? L’ex-Dg de la Police serait un homme d’affaires qui brassent des millions pour le compte de ses associés mais aussi pour son propre compte. C’est ce qui lui aurait coûté son poste.
Au début du mois de juillet en effet, la Police a décidé de renflouer les caisses de l’Etat en verbalisant les usagers de la route détenteurs de deux roues (moto) qui ne se conforment pas à la loi. Les clignotants défaillants, les rétroviseurs à moitié soutenus par des bouts de scotch, les sièges rembourrés d’éponges ou cotons de matelas en fin de vie, bref tous les petits défauts constatés sur les motos ne rapportent plus gros aux caisses du commissariat central. Les flics ont alors décidé d’employer les gros moyens. Ils sortent du tiroir une loi datant de la fin du siècle dernier qui impose le port de casque aux usagers de deux roues et se lancent alors dans la chasse aux contrevenants.
Les premiers « poissons attrapés », une note de service du directeur des mines arrive à la direction de la police nationale : selon les textes, l’amende pour défaut de port de casque s’élève à 3500 francs cfa et peut être majorée. Les policiers comprennent « vous pouvez majorer l’amende mais l’important c’est de verser 3500 francs cfa au trésor public ». Calculette à la main, les flics se seraient dit : « et si on appliquait une amende rondelette de 12500 francs cfa, ça les fera réfléchir peut-être ? ». Sitôt dit, sitôt fait ! Chaque contrevenant doit débourser 12500 francs cfa avant de retirer sa moto embarquée par les policiers. Mais les flics ne délivrent pas de reçu. Une moto sortie tout droit du commissariat suffisait selon eux à prouver que l’amende a été payée. C’était sans compter avec la prudence de certains usagers qui savaient que sans reçu, ils risquaient d’être contrôlés de nouveau au prochain virage après le commissariat. Des protestations fusèrent. Une solution est trouvée. Celle qui aurait coûté la place à Idriss Dokony.
En homme d’affaires averti, l’ex-Dg de la Police aurait flairé une opportunité d’affaires dans la chasse aux usagers de deux roues sans caques. C’est ainsi qu’il aurait commandé de chez ses associés commerçants plusieurs dizaines de milliers de casques qu’il faisait vendre 25000 francs cfa pièce obligatoirement aux contrevenants. Lieu de vente : commissariat de police de N’Djamena où étaient stockés deux conteneurs remplis de casques. Pour ressortir avec sa moto, le contrevenant devait débourser 37500 frcfa. Une amende un peu trop salée. Mais c’est surtout la transformation du commissariat central en lieu de vente de casques pour le bénéfices du Dg et ses associés qui aurait mis dans tous ses états Ahmat Mahamat Bachir, ministre de l’intérieur et de la sécurité publique. Sommé de s’expliquer sur ce comportement contraire à la déontologie de la police, Idriss Dokony aurait répliqué qu’il n’a aucun ordre à recevoir d’un civil. Il aurait également été incapable de s’expliquer sur la majoration illicite à 12500 d’une amende dont le montant légal était fixé à 3500 fr cfa.
Incompatibilités on a dit. Conflit d’intérêts pensez-vous ? Et bien, Idriss Dokony a cumulé les violations à la déontologie. Non seulement il s’accoquinait avec des commerçants peu scrupuleux, mais en plus il a foulé au pied l’interdiction légale faite aux fonctionnaires d’exercer une profession libérale. L’ex-DG de la Police aurait créé sa propre société régulièrement enregistrée au RCS et située au quartier Djambal Bahar.
Comme le dit le nouveau directeur de la police nationale, il y a trois catégories de policiers: la première catégorie est celle des policiers qui passent leur temps sous les "nimes"; la deuxième catégorie est celle des policiers qui profitent de leur tenue pour rançonner la population ou faire des affaires, la troisième catégorie est celle des policiers qui font honnêtement leur travail. C'est à ces derniers qu'il faudra apporter tous les moyens nécessaires à l'accomplissement de leur mission disait le nouveau Dg. Mais, Idriss Dokony Adiker, dans quelle catégorie faut-il le placer ?
Assafi Moustapha Manda
N’Djamena
Tchad