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Rassemblement Démocratique pour la Paix et les Libertés au Tchad. La passion de bâtir, le rêve de construire un Tchad nouveau!

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Notre billet du vendredi: le paradigme politique.

Finies les présidentielles américaines de 2008. Barack Obama est désormais le Président des Etats-Unis d’Amérique. Revenons maintenant à nos moutons. Et nos moutons, c’est de dire qu’à la lueur de l’espérance née de cette élection, il est temps de s’interroger sur notre propre paradigme politique. D’autant qu’aujourd’hui, les tchadiens semblent  désemparés. Face à la dureté de la crise qui perdure, le peuple décroche. Il se perd en conjonctures et se laisse aller irréversiblement vers le gouffre de l’accoutumance au mal, au conflit et à la souffrance.

En effet, de conflits en conflits, nous perdons tous, chaque jour, le bon sens et de l’espérance. Nos organes sensoriels d’appréciation rationnelle de la normalité semblent désactivés. Les années passent. Aucune solution de sortie de crise ne pointe à l’horizon. Et notre imbroglio national, lui, est toujours là, cruel dans son retranchement, comme pour rappeler que sur le chemin de la construction nationale, toute erreur et toute légèreté politiques ne peuvent être que fatale. Elles se payent, en tout cas cash et toujours chères.  Au lieu d’en prendre conscience et s’engager à rectifier le tir, on s’arcboute. On est allergique à l’écoute et réticent à la collaboration, à la loyauté. La parole donne n’a plus de valeur morale. On fuit le consensus et l’intérêt général. On ignore le bien commun du peuple. On hypothèque l’avenir des générations futures. On revendique le droit et la justice pour soi mais on les dénie aux autres etc. Tout est désastre, négatif et inacceptable tant que ce n’est soi-même à la commande. Peu importe l’absence de solution qu’on a à apporter à la crise. L’essentiel est d’être là, plein ou creux, avec une poitrine bombée et un visage imbibé de sang humain.

Et pourtant, le conflit, lui, sera toujours là où il ya des humains. On doit faire avec. Car il est à la société ce que l’eau est au poisson. On ne peut imaginer une société vivante des hommes et des femmes vivants sans conflit. Il est, semble-t-il, une marque de dynamisme de nos sociétés et même quelque fois nécessaire sans qu’il soit justifié. Il n’est pas, par nature, forcement négatif.  Parfois il vaut mieux ne pas chercher à l’éviter. Ne dit-on pas qu’« il faut qu’il y ait un chaos pour que naisse une étoile » ?

Mais alors, si le conflit ne peut être éliminé dans la société des humains, que faut-il en faire? Abdiquer quand il est dans nos murs ? Si non, alors comment devons-nous jongler l’exigence de la construction nationale avec le bruit du clavier de nos conflits ? Autrement dit, comment « vivre-ensemble » avec nos enjeux locaux, qu’ils soient Nord-Sud, Nord-Nord, Sud-Sud, Chrétiens-musulmans, catholiques-Protestants, Chiites-sunnites, hommes-femmes, parents-enfants, etc.? Comment imaginer et repenser un consensus politique qui puisse nous permettre non seulement de vivre-ensemble dans et avec nos diversités, mais aussi et surtout de « mieux » vivre-ensemble ? Comment inventer et repenser une concordance républicaine, ce « consensus politique » tant indispensable à la cohésion nationale, mais qui nous manque encore et toujours ? Comment trouver pour ensuite effleurer perpétuellement le point « G » de notre nation ? Comment faire cohabiter la symbolique du consensus avec le dynamisme de la pluralité qui nous caractérise ? Comment se placer respectueusement debout dans un même espace public de cohabitation pacifique?  Telles sont des questions essentielles que la classe politique tchadienne se doit de se les poser et trouver des réponses adéquates. Il n’y pas de recettes miracles et, en cette matière, nulle ne détient le monopole de la vérité. Il nous est tout de même permis  de réfléchir, de rêver et d’imaginer ensemble des réponses dignes des êtres humains.

A ce propos, cette nuit, notre rêve a été la « Palabre ». La palabre qui, au Tchad comme ailleurs en Afrique, a su faire ses preuves. Elle est notre tradition, notre culture, la culture du dialogue permanent. Où est-elle donc passée ? Où est-elle, la palabre, en tant que dialogue ininterrompu caractéristique de nos sociétés?  Où est-elle, la palabre, elle qui, autrefois, donnait corps au « dissensus » dans nos espaces sociaux pacifiés? Où est cette légendaire sagesse africaine qui fixait autre fois la limite entre le « tolérable » et « l’intolérable »,  entre le « besoin » et le « désir »  et qui permettait à nos aïeux de se trouver le temps d’évaluer constamment la liane sociétale qui les liait et de la consolider contre toutes usure et usurpation?

En effet, la palabre, telle qu’imaginée et mise en mouvement dans nos sociétés, a toujours permis de trouver un porte de sortie à de nombreuse crises. Ne pourrait-elle pas nous aider aujourd’hui à solutionner notre imbroglio actuel ? Oui, la palabre, en tant que processus et mouvement, puisqu’elle tire et conduit vers un consensus,  pourrait bien nous aider à arrêter le cycle infernal de la violence dans notre pays. La palabre, en tant que processus et mouvement, pourrait bien nous  permette d’exorciser le « dissensus » et promouvoir l’harmonie en mettant en avant l’unité et l’indivisibilité du peuple.

Et, le bon sens pour ce peuple serait de mettre en mouvement la palabre qui pourrait nous donner l’occasion d’accéder au symbolique qui nous manque toujours et encore. Ce sera l’occasion à saisir pour « évoluer » vers un nouvel état d’esprit. Ce serait possible  si les tchadiens et les tchadiennes, dans leur ensemble, prennent conscience et la mesure de la fragilité de leur situation actuelle.  Ce serait aussi bien possible si nous nous ressaisissons et que nous faisons la part des choses ; si nous opérerons les bons et judicieux choix politiques ; si  nous séparons nos « besoins » d’avec nos « désirs ».

Nous devons nous méfier du juridisme occidental qui, lui, se met en scène dans des tribunaux et vise nécessairement à établir ou à rétablir la « justice », en cas de rupture. Notre juridisme à nous africains est, au contraire, mis en œuvre comme un processus en mouvement dans, par et à travers la palabre. Elle cherche avant tout à rétablir l’harmonie et l’unité du groupe, en cas de rupture ou de conflit dans la société. Revenons donc en toute souveraineté à nos valeurs culturelles, à nos traditions sociales ; celles-là même qui faisait [bien] leur preuve dans le temps. Il ne s’agit pas de régression sociale mais d’un retour aux valeurs essentielles de nos traditions. Remettons la palabre en mouvement. Comme mouvement et processus contradictoire, elle a les moyens et les outils utiles et nécessaires pour nous permettre d’aboutir à l’harmonie. L’important, ici, n’est pas tant dans la béance de la discussion mais bien dans la réalisation du « bénéfice » final qui est justement la réconciliation, l’unité du peuple.

 

Une telle démarche peut aboutir, sous certaines conditions. Il faut avant tout être deux ou plusieurs pour palabrer. Ensuite, avoir la sagesse de séparer nos désirs d’avec nos besoins et accepter de jouer la carte de la transparence. Oui, la palabre a besoin de la transparence puisqu’elle est, par excellence, le lieu public du débat, un débat parfois provocateur: les séances de la palabre se tiennent souvent au petit matin, sous un arbre, au milieu du village.  Elles autorisent de mettre en scène des mots et paroles. Et, puisque les débats sont contradictoires et que la discussion, elle, est publique, rien ne peut être caché. Les mots et la parole de la palabre doivent être à la portée de tout un chacun, totalement transparents. Ainsi, la palabre, par sa publicité, devient le Zinedine Zidane du jeu sociétal. Elle joue autant, voir plus, avec le malentendu qu’avec le consensus. Oui mais elle opère aussi un perpétuel déplacement des sens et se montre parfois utilement dans une feinte quai zinédique (coup de boule) et rebelle à toute clôture dans la communion. Elle entretien ainsi, de cette façon, un dissensus dynamique et ininterrompu. Mais le dissensus créé de cette manière ne permet-elle pas  à la société de trouver un ailleurs prometteur?

 

Michelot Yogogombaye

King.abe@hotmail.com

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