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Pour la justice, le mobile de l’attaque serait lié à des commissions sur des contrats d’armement
Sept ans après la mort, le 8 mai 2002, de onze Français de la Direction des chantiers navals (DCN, devenue DCNS) de Cherbourg dans un attentat à Karachi, le grand port du Pakistan, leurs familles paraissent plus déboussolées que jamais.
Les deux premières années, elles ont vu les magistrats français se déchirer dans de vaines querelles. Cette fois-ci, selon Olivier Morice, l’un des avocats des parties civiles, elles viennent d’apprendre que la piste Al-Qaida, suivie depuis le début, ne menait nulle part et qu’il faut chercher l’origine de l’attaque-suicide dans une obscure affaire politico-financière franco-française.
«Opérations de représailles»
D’après l’avocat, les deux juges d’instruction chargés du dossier (Marc Trévidic et Yves Jannier) sont venus, jeudi 18 juin, à Cherbourg, faire état de ce tournant devant les familles. «Le juge Trévidic nous a dit, affirme-t-il, qu’au regard des éléments du dossier, il n’avait jamais cru à la piste Al-Qaida.» «En revanche, poursuit l’avocat, le magistrat a jugé extrêmement sérieuse l’idée que le mobile de cet attentat soit le non-versement de commissions dues par les Français à des militaires pakistanais.»
Selon Olivier Morice, la justice aurait des éléments probants, notamment une note interne à la DCN, intitulée «Nautilus», résumant les renseignements glanés par des officines privées. «Marc Trévidic a auditionné l’auteur de la note et ses déclarations, assure Olivier Morice, lui sont apparues particulièrement crédibles.» Et de poursuivre: «Tout remonte au refus de Jacques Chirac, en 1996, de verser les commissions liées à la vente de sous-marins, lorsqu’il apprend qu’il existe des rétro-commissions destinées à son rival – lors de l’élection présidentielle de 1995 –, Edouard Balladur», qui fut premier ministre de 1993 à 1995.
Au Tribunal de grande instance de Paris, on démentait, vendredi, que «les magistrats aient abandonné la piste fondamentaliste musulmane pour une autre hypothèse». Un haut magistrat ajoutait: «Si les parties civiles ont été informées de l’existence de cette note, les juges se sont montrés extrêmement prudents à son sujet et n’ont pris aucune position.»
Jacques Follorou, le Temps