Lu sur le site tchadoscopie C'est l'une des principales déclarations retenues dans l'interview qu'a accordée Idriss Déby à l'hebdomadaire Jeune Afrique de cette semaine. Dans une intarissable logorrhée, le chef de l'Etat tchadien s'en est pris tour à tour notamment au feu Ibni Oumar Mahamat Saleh et à la rébellion.
A propos de l'assassinat du secrétaire général du PLD et porte-parole de la CPDC, Idriss Déby affirme qu'il n'avait rien à gagner à tuer un opposant d'autant plus que selon le chef de l'Etat, "la capacité de nuisance électorale d'Ibni" est tout simplement "sortie de l'imagination de pseudo-analystes". Pour Idriss Déby, la force électorale d'Ibni Oumar "n'a jamais été prouvée dans aucune des élections auxquelles il a pris part". A la question de savoir s'il était disposé à coopérer dans l'hypothèse où l'avocat de la famille d'Ibni engage des poursuites devant la CPI comme il menace de le faire, Idriss Déby avance avec une nauséabonde assurance que "quel que soit le tribunal au monde qui me convoquera, je répondrai". Et comme toujours on s'attend à la même rengaine, Déby sort sa formule favorite : "Je ne me reproche rien dans ce qui est arrivé à Ibni" avant de sommer "ceux qui allèguent le contraire (..) à exhiber des preuves pour étayer ce qu'il avancent".
Cette posture ici réaffirmée est moins la traduction d'une naïve stratégie de défense que l'expression d'une incontestable lâcheté congénitale observée depuis longtemps chez Idriss Déby. Déjà, s'agissant du "dossier DDS", l'ancien ponte du régime de l'UNIR, poursuivi par les ADH pour son implication directe et personnelle dans les exactions dites de Septembre noir, essaie depuis toujours d'en rejeter l'entière responsabilité sur son ancien ami et compagnon d'armes Hissein Habré. Une pitoyable lâcheté dont il vient de faire la démonstration une fois de plus dans la même interview de Jeune Afrique. Pour répondre au journaliste de l'hebdomadaire panafricain qui voulait savoir "par quel miracle (avait-il) pu se tenir à l'écart de toutes les dérives du régime Habré", le fourbe du palais rose débite la même sornette : "je ne suis mêlé, ni de près ni de loin, aux différentes exactions alors perpétrées par les services spéciaux". Mieux, il se dit désormais lui-même "victime" de Habré et "réclame justice" pour ses "onze Déby" dont il dit ne pas savoir s'ils "ont été incendiés, jetés dans le fleuve ou ensevelis dans les fosses communes".
Idriss Déby n'est donc ni coupable ni responsable d'aucune des exactions auxquelles il est présumé avoir participé (DDS) et moins encore de celles perpétrées à son profit (Ibni Oumar, Laokein Bardé, Bichara Digui, etc.). On ne saurait être plus lâche. Car, d'une part s'agissant du "dossier DDS", les faits reprochés à Déby sont ceux qui se sont déroulés entre 1983 et 1986, période où une partie du Sud du Tchad a fait l'objet d'un "nettoyage ethnique" incontestable. Mais le chef de l'Etat évite soigneusement d'évoquer cette époque en se bornant stratégiquement, pense-t-il, à répondre au journaliste de Jeune Afrique sur des faits commis après l'action du 1er avril 1989, date de sa rupture d'avec Hissein Habré. D'autre part, en invoquant sa prétendue irresponsabilité dans "ce qui est arrivé à Ibni", Idriss Déby lâche manifestement ses agents de renseignements et sa garde rapprochée qui ont été nommément désignés par le rapport de la commission sur les événements de février 2008 comme étant les probables principaux auteurs de l'enlèvement, de la séquestration et de la disparition d'Ibni Oumar Mahamat Saleh. Comment peut-on avoir confiance à un tel individu ? Les fidèles collaborateurs apprécieront.
La fameuse interview contient quelque autres déclarations qui méritent d'être exposées. A la question posée par le journaliste de savoir ce que Déby ressent "en voyant les rebelles dirigés par (son) neveu et ex-homme de confiance, Timane Erdimi", l'homme fort de N'Djamena répond: "J'ai honte pour lui" avant de qualifier Erdimi et ses éléments de "traîtres ralliés à l'ennemi" soudanais ou encore d'"animateurs de la cinquième colonne". Pire, Idriss Déby accuse la rébellion d'être non seulement "des mercenaires détournés par les pétrodollars d'Omar Elbéchir" mais surtout "une bande de pillards dénués de projet politique, qui n'ont d'autre programme que la prise du pouvoir à tout prix". Le tyran ose même la comparaison avec les "Harkis" (Algériens alliés aux Français contre Algériens) pour enfin attirer l'attention sur la "tragique leçon de l'Histoire que les harkis tchadiens devraient méditer !". Dans cette volonté de passer pour le meilleur d'entre les hommes politiques aux yeux de ses compatriotes, Idriss Déby déclare à qui veut bien le croire: " Je suis un homme sincère, tolérant, qui déteste le mensonge et la cupidité. Ceux qui me collent l'étiquette caricaturale d'un dictateur tropical ne me connaissent pas." Surtout, il prévient ses adversaires politiques qu'il restera encore longtemps au pouvoir parce qu'il l'a "pris par devoir, pour sauver le Tchad du chaos" et qu'il ne connaît pas "la peur".
Après la trahison de la confiance du peuple, voici venir le temps de l'addiction à l'insolence ? En tout cas, Idriss Déby semble plus que jamais "requinqué par sa victoire contre les rebelles" comme le souligne justement le journaliste de Jeune Afrique. 20 autres prochaines années à la tête de l'Etat ? C'est possible !
Haissam Moustapha Hadjaro
N'Djamena (Tchad)