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Affaire Thomas Sankara : Les révélations embarrassantes de Prince Johnson

Par Idrissa Barry

150 sank blaisoLes propos de l'ancien chef de guerre libérien, Prince Johnson, ont suscité un peu partout dans le monde des réactions diverses. Pourquoi maintenant ? Ses propos sont-ils crédibles ? Voici des questions que certains se posent. Avant de porter une quelconque appréciation sur la crédibilité de l'homme et ses "aveux tardifs", il convient de savoir ce qu'il a exactement dit. D'abord devant la Commission "Vérité et réconciliation", ensuite sur les ondes de radio France internationale (RFI).

C'était le 19 août dernier à Monrovia, devant les membres de la Commission "Vérité et Réconciliation". Le sénateur le plus connu du Libéria, Prince Johnson, doit s'exprimer sur son rôle dans la guerre civile qui a ensanglanté son pays de 1989 à 2003. Acteur de premier plan de cette tragédie, le récit de l'ancien chef de guerre et compagnon de Charles Taylor est très attendu. La salle où siège la Commission est prise d'assaut par 500 personnes alors qu'elle a une capacité de 300 places. D'autres spectateurs se massent dehors pour écouter la vedette du jour, converti au protestantisme depuis qu'il a raccroché. Il a troqué la kalach à la Bible. C'est d'ailleurs sur cette dernière qu'il va prêter serment avant de commencer son récit de repentance. Le récit est long, mais très intéressant. On retient que son aventure a débuté en 1985 avec le coup d'Etat raté du jeune général Thomas Quiwankpa dont il était l'aide de camp. Ayant échoué dans sa tentative de renverser le président Samuel Doe dont il avait contribué à installer au pouvoir en 1980, ce dernier le fait exécuter. C'est ainsi qu'une poignée de ses fidèles s'en fuit pour d'autres cieux, notamment la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso.

La rencontre des Libériens à Ouaga

Les chemins de Prince Johnson et de Charles Taylor se croisent alors à Ouagadougou. Ils ont une cause commune : renverser le président Samuel Doe. Les autres Libériens sont mis au courant du projet. Ils rejoignent leurs chefs au Burkina. "On était à la recherche d'une base d'entraînement au Burkina Faso. On nous a dit qu'il fallait se débarrasser de Thomas Sankara pour pouvoir y installer notre base. C'est ainsi que nous avons aidé ceux qui ont renversé l'ancien président burkinabè." Jusque-là calme, malgré la narration de Prince Johnson sur les circonstances de la mort atroce du président Samuel Doe, ses propos sur la participation des Libériens dans l'assassinat du président Sankara provoquent des cris d'étonnement dans la salle de conférence. Les Libériens ne croient pas à leurs oreilles, ils souhaitent davantage de précisions, mais l'ancien chef de guerre ne revient pas là-dessus. Des questions restent donc en suspens. Qui est ce "on" qui leur a demandé de participer à l'assassinat de Sankara ? La réponse semble se trouver vers la fin de ses propos. Il dit en effet : "…C'est ainsi que nous avons aidé ceux qui ont renversé l'ancien président burkinabè." Ceux qui ont renversé Sankara sont connus dès le soir du 15 octobre 1987. Mais pour certains, ce bout de phrase n'est pas suffisant pour se faire une idée sur l'identité du " on ". Il faut encore des précisions. Deux mois après, soit le 27 octobre, RFI va diffuser son "scoop" de fin d'année où Johnson cite explicitement les noms de ceux qui ont exigé leur participation dans l'assassinat de Sankara. Avant de révéler les noms de ces personnes, il demande au journaliste qui l'interroge la permission de s'acquitter d'un devoir, rendre hommage au président Sankara. Pour Johnson, "Sankara était un homme exceptionnel, aimé par son peuple et par le monde extérieur ". Puis il enchaîne : "La seule option pour notre formation, rester au Burkina puis aller en Libye, était de répondre positivement à la requête de Blaise, c'est-à-dire se débarrasser de Thomas Sankara qui était contre notre présence au Burkina". Ces révélations vont plus loin, elles mettent directement en cause l'ancien président ivoirien, Félix Houphouet Boigny, dans le coup du 15 Octobre 1987 : " Il voulait la chute de Sankara pour que nous puissions suivre notre formation et retourner au Libéria pour tuer Doe parce que Doe a tué son beau-fils, William Tolbert Junior…". Blaise et Houphouet seraient donc les commanditaires de l'assassinat de Sankara. On savait que le courant ne passait plus entre Blaise et Sankara vers la fin de la révolution. On savait aussi que le "vieux" de Yamoussoukro ne portait pas Sankara dans son cœur. A la mort de Sankara, les opinions africaines ne s'étaient pas embarrassé de scrupule pour désigner Blaise et son parrain ivoirien comme les chefs d'orchestre de l'assassinat du capitaine. Mais jusque là, aucune voix officielle ne les avait mis directement en cause. Cette fois-ci, un acteur parle. Pour Johnson, l'assassinat de Sankara est lié à la question libérienne. Houphouët en voulait à Samuel Doe pour deux raisons. Celui-ci a non seulement renversé et tué son ami le président William Tolbert qui lui aurait offert de vastes champs de plantation au Libéria, mais aussi parce que Doe a fait exécuter le fils de son ami qui est aussi son beau-fils. Adolphus Tolbert était marié à Désirée Delafosse, filleule d'Houphouet. Adolphus avait participé au coup d'Etat raté du général Thomas Quiwonkpa en 1985. Houphouet tient à se venger de Samuel Doe et récupérer ses biens confisqués. Pour cela, il ne peut compter sur Sankara qui refuse d'aider les exilés libériens chargés de la mission. Mais son numéro deux n'est pas de son avis. C'est une aubaine pour le "Vieux". Faire une pierre deux coups : se débarrasser du Sergent de Monrovia et surtout du Capitaine de Ouaga qui l'agace au plus haut point. Pour l'ancien chef de guerre, le contexte sécuritaire se prêtait au renversement du président Sankara car, dit-il, "franchement, Sankara n'était plus qu'un chef cérémonial, c'est Blaise Compaoré qui contrôlait tout, les casernes et la garde présidentielle, donc il était très facile de s'infiltrer".

Seulement, si Blaise contrôlait toutes les casernes du Burkina, on se demande pourquoi il aurait encore besoin de recourir aux mercenaires pour exécuter son coup. La vérité est qu'il avait la main sur le camp de Pô, mais n'était pas sûr de la réaction des autres camps militaires.

Après s'être acquitté de leur tâche dans le coup d'Etat du 15 Octobre 1987, les Libériens vont avoir leur base au Burkina, puis en Libye où ils iront parfaire leur formation avant de lancer leur attaque contre le Libéria en décembre 1989. C'est le début de la guerre civile au Libéria qui ne prendra fin qu'en 2003. Elle a fait des dizaines de milliers de morts et provoqué des centaines de milliers de déplacés dans les pays de la région ouest-africaine. C'est du Libéria qu'une autre guerre civile sera préparée et déclenchée, celle de la Sierra Léone avec les tristement célèbres soldats du RUF de Foday Sanko qui amputent les membres de leurs victimes. Sanko est mort dans sa cellule à freetown et Taylor est traduit pour crime contre l'humanité devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone qui siège à La Haye aux Pays-Bas.

Les sceptiques de l'affaire

Cette chronologie des faits et de l'histoire est contestée par le porte-parole du gouvernement burkinabè, le ministre Fhilipe Sawadogo. Pour lui, les révélations de Johnson sont des " affabulations, des affirmations basées sur des éléments un peu dignes de fiction ". Il croit savoir les intentions qui se cachent derrière les propos du sénateur libérien : "A mon humble avis, le Burkina qui a œuvré à la réconciliation des coeurs et des fils de ce pays à travers plusieurs mécanismes de dialogue, ces affirmations viennent comme une atteinte à notre image tout court." Il s'interroge enfin sur l'identité de la puissance qui se cache derrière ces révélations. Le journaliste Stéphen Smith interrogé par RFI, lui, conteste les propos de Johnson sur un point, celui de l'identité de ceux qui ont tiré sur le président Sankara et ses 12 compagnons. Selon l'ancien correspondant de RFI à Abidjan et du journal Libération, au lendemain du 15 Octobre, il y a eu des enquêtes indépendantes qui convergent toutes sur l'identité burkinabè des exécutants du président Sankara et ses camarades. Pour lui, Prince Johnson et ses compatriotes n'étaient pas aux premières loges dans l'assassinat de Sankara. Mais Johnson a-t-il affirmé avoir tiré sur Sankara et ses collaborateurs ? Les propos diffusés sur RFI ne sont pas explicites là-dessus. Ce qu'il dit sans ambiguïté, c'est qu'ils ont participé au renversement de Sankara. Quel rôle ont-ils exactement joué ? Etaient-ils devant, dedans ou derrière le Conseil de l'Entente ce jeudi soir ? Il faut peut-être qu'il nous éclaire davantage. Mais ce qui est sûr et admis par tous, c'est qu'il y avait des Libériens le 15 Octobre 1987 à Ouagadougou.


L'autre question à polémique, c'est l'onction ou non d'Houphouët à l'élimination de Sankara. Amara Essy, ancien ministre des Affaires étrangères de la Côte d'Ivoire, réfute la participation du " vieux " dans le renversement du président Sankara. Pour lui, Houphouët était très respectueux de la souveraineté des Etats voisins, il ne s'immisçait pas dans leurs affaires intérieures. En 1987, Essy était ambassadeur de son pays auprès des Nations Unies. Il était aussi l'intermédiaire de son président auprès de Sankara. Il reconnaît quand même que les relations entre les deux chefs d'Etat n'étaient pas très cordiales comme celles qui ont existé entre le " vieux " et le successeur de Sankara.

Quels effets peuvent avoir ces révélations ?

Si le porte-parole du gouvernement ne voit que des " affabulations et des éléments dignes de fiction " dans les propos de Prince Johnson, il n'en est pas de même pour la famille Sankara. Les avocats de Mariam Sankara et ses enfants comptent verser cette nouvelle pièce dans le dossier Sankara pendant devant la justice burkinabè depuis 2004. Ils avaient déposé une plainte contre X devant les juridictions civiles. Après une longue procédure devant les différentes Cours, on leur avait signifié que c'est la justice militaire qui est seule compétente car " il est de notoriété au Burkina que Sankara est mort dans une caserne ". On laissait entendre alors que ce sont des militaires qui sont les coupables. Avec les révélations de Prince Johnson, cette thèse se confirme. C'est un élément capital pour les avocats de la famille Sankara. C'est la première fois que quelqu'un revendique son implication dans l'assassinat du leader de la révolution burkinabè. Mieux, il donne les noms des commanditaires de cet assassinat.

Devant n'importe quelle justice crédible, ces charges sont suffisamment graves pour ne pas faire bouger le dossier. Seulement, ce qui bloque le dossier Sankara, ce n'est pas l'insuffisance de preuves. C'est le manque de volonté d'instruire le dossier. Pour des raisons évidentes, les ministres de Défense qui se sont succédés refusent de dénoncer l'affaire devant le tribunal militaire comme les y enjoignent les textes. Sur le plan international, devant le Comité des droits de l'homme des Nations Unies, il n'est pas certain qu'il reconsidère sa position. Surtout que le Burkina siègera bientôt dans cette instance onusienne.

Les effets inévitables des révélations de Johnson, c'est l'image de Blaise Compaoré sur le plan international et même au niveau national. Au niveau international, sa réputation de "faiseur de paix" dans la sous région risque d'être sérieusement écornée. Ce témoignage de l'ancien chef de guerre vient s'ajouter aux nombreux rapports internationaux le mettant directement en cause dans les différents conflits de la région et même au-delà (Angola, Tchad). C'est la prétention à un prix de reconnaissance de la communauté internationale qui se trouve ainsi ruinée. C'est un coup très dur pour les différents réseaux de lobbyistes en France et aux Etats-Unis qui travaillaient depuis des années dans ce sens. Les Français Jean Guion, Guy Penne, Jacques Barrat et l'Américain Hermann Cohen sont pris au dépourvu. Du coup, on s'interroge sur la tenue du sommet des étoiles à Ouagadougou en novembre 2009. S'il a lieu, ce sera sans une bonne brochette de personnalités annoncées. On annonce déjà des défections comme celle du français Pierre Rabi, homme dont les avis comptent dans l'écologie. L'artiste Tiken Jah Facoly a aussi fait savoir qu'il ne participera pas à ce sommet. Il s'insurge d'ailleurs sur le fait qu'on ait associé son nom dans le projet sans demander son avis.

Sur le plan national, on sait désormais qui de Sankara et de Blaise était le belliqueux, celui qui privilégiait la violence dans la résolution des différends politiques. Si Sankara était opposé au recourt à la violence hors du Burkina pour résoudre des différends politiques, que dire alors sur le plan intérieur ? On sait qu'il a envoyé un émissaire, le soir du 4 Août 1983, dire à Blaise d'arrêter la marche des commandos sur Ouagadougou parce qu'il aurait trouvé un accord politique avec le président Jean Baptiste Ouédraogo. C'est une preuve que l'homme privilégiait avant tout le dialogue dans la résolution des différends politiques. On peut penser que c'est cette démarche qu'il aurait proposé au groupe des Libériens en rupture de ban avec le président Samuel Doe. Ces derniers n'étaient pas sûrs qu'elle aboutisse et des forces extérieures n'y trouvaient pas non plus leurs intérêts. Et comme Sankara s'opposait à l'utilisation du sol burkinabè et de l'expertise des officiers burkinabè pour la formation des Libériens, il fallait se débarrasser de lui. Ce qui fut fait. Prince Johnson ne connaît pas faire de la fiction avec ses exploits. Il fait du cinéma réel. Pour preuve, le film sur la mise à mort de Samuel Doe. Cet homme, pour cynique qu'il soit, a cette réputation de franchise sur ses actes. Ses révélations peuvent donc être prises comme très dignes de foi .

 

Le sénateur Johnson confirme :    
Blaise Compaoré a assassiné Thomas Sankara


Blaise Compaoré et Thomas Sankara, la distance avait commencé à s'installer

Blaise Compaoré a planifié l'assassinat de Thomas Sankara pour prendre le pouvoir au Burkina Faso. C'est ce qu'affirme Prince Johnson, actuel sénateur au Libéria et ancien mercenaire qui, aux côtés de Charles Taylor, a participé à ce coup d'État. Prince Yormie Johnson, seigneur de guerre en costume, connu pour avoir torturé à mort le président du Libéria Samuel Doe, est digne de foi pour trois raisons.      
La première est que son témoignage, prononcé devant la " Commission vérité et réconciliation " du Libéria le 26 août dernier, n'était absolument pas central, plutôt anecdotique dans le flot de révélations sur les 10 ans de guerre civile du Libéria et l'épopée sanglante de Charles Taylor. Il ne représentait pour lui aucun enjeu. La seconde est qu'il confirme ses dires, au micro de RFI ce 25 octobre, et dans l'autobiographie qu'il a publié en 2003, où il relate ce qu'il a vu et entendu comme témoin de premier plan. La troisième raison qui donne pleine crédibilité à ses accusations, est surtout qu'elles corroborent toutes les enquêtes et les témoignages recueillis sur cette affaire jusqu'à ce jour.

(http://www.rfi.fr/actufr/articles/106/article_73998.asp)


Plus la peine donc, de tourner autour du pot, quand les précautions journalistiques commandaient, durant plus de vingt ans, de formuler tout bas ce qui se disait tout haut dans les rues de Ouagadougou : "Blaise Compaoré est devenu président à la faveur de l'assassinat de Thomas Sankara". Cette manière de dire sans dire, de pointer quelque légitimes interrogations, de demander pourquoi Blaise n'a jamais rendu visite aux parents Sankara, qui étaient aussi les siens, de mettre en doute la version officielle, le fait que des soldats puissent prendre seuls la décision d'assassiner un président, que le certificat de décès de Thomas Sankara établisse une "mort naturelle", tout cela n'a donc plus cour. Et la presse du Burkina, timorée au lendemain du témoignage du Sénateur Johnson face à la Commission vérité et réconciliation, n'a plus à se censurer. Pour la première fois, un témoin de premier plan raconte les faits.

A RFI et à l'AFP, Prince Johnson a affirmé avoir participé avec d'autres mercenaires à l'assassinat de Thomas Sankara, en 1987, après que Blaise Compaoré leur eut demandé de l'évincer du pouvoir. "Le numéro deux, Blaise Compaoré, a demandé de l'aider à obtenir l'éviction du pouvoir de Thomas Sankara. Il a dit que c'était la seule façon pour nous de pouvoir vivre au Burkina sans aucune menace. Et Sankara a été tué. Nous l'avons fait parce que c'était le seul moyen pour nous de rester au Burkina et de préparer notre attaque contre Doe", a-t-il déclaré.      


Devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, en 2004, le général John Tarnue, ancien commandant général des forces armées du Libéria, avait déjà raconté cet épisode, en évoquant une rencontre vers le mois d'aout 1987 entre Blaise Compaoré, Charles Taylor, Prince Yormie Johnson, Samuel Varney, Duopo et "d'autres membres entraînés des forces rapprochées du Liberia". "Et alors ils se sont entendus, se sont regroupés et ont suivi Blaise Compaoré. La même année 1987, ils ont assassiné Thomas Sankara " a relaté John Tarnue.
Dans son autobiographie publiée en 2003, Prince Johnson explique que, quand Sankara a eut connaissance du projet de coup d'état, il a refusé que son pays soit utilisé pour déstabiliser le Libéria. Ainsi Taylor a conspiré avec Compaoré pour assassiner le Président, a écrit Johnson.

Ce dernier a même tendance à s'attribuer davantage d'importance dans ce coup d'État en sous entendant qu'il aurait directement participé à cet assassinat. On sait pourtant que les soldats chargés de liquider le président étaient Burkinabés, et leurs noms ont été publiés.

De là peut-être, la raison pour que le porte-parole du gouvernement burkinabè, Philippe Sawadogo, dénonce lundi 27 octobre sur Radio France internationale, "des affirmations basées sur des éléments un peu dignes de fiction", voire des "affabulations".

Encore que selon l'historien Stephen Ellis, Prince Johnson n'était pas si loin d'assassiner Thomas Sankara. Citant des sources proches de Prince Johnson, l'historien explique que le 15 octobre 1987, les "Libériens auraient sécurisé le périmètre autour du Conseil de l'Entente pendant que les Burkinabé étaient à l'intérieur. Compaoré contrôlait bien ses commandos mais n'était pas sur des réactions des autres unités militaires."

Car pour le reste, les accusations de Prince Johnson sont très peu "dignes de fiction". Ainsi, le très sérieux chercheur Stephen Ellis, écrivait en 1999 dans The Mask of Anarchy (New York University Press, 1999, p. 68) : "Prince Johnson et Samuel Varney (...) étaient parmi les déserteurs de l'armée libérienne présents au Burkina Faso. Ces libériens ont alors été approchés par Blaise Campaoré qui a sollicité leur aide pour un coup d'état contre le président du Burkina, Thomas Sankara. Selon un ancien assistant de Compaoré, Houphouet Boigny était au courant des ambitions de Compaoré. Le 15 octobre 1987 des soldats burkinabés sous le commandement de Compaoré, avec l'aide d'un groupe d'exilés libériens incluant Prince Johnson, tuèrent Thomas Sankara."

En 1992, le journaliste nigérian M. Nkem Agetua affirmait déjà, dans son ouvrage publié à Lagos "Operation Liberty, the Story of Major General Joshua Nimyel Dogonyaro", que Charles Taylor était associé à la mort de Sankara.
Prince Johnson n'a rien fait d'autre que de confirmer que son groupe de mercenaires libériens, commandés alors par Charles Taylor, était venu au Burkina préparer le renversement du président libérien Samuel Doe et qu'ils avaient dû pour cela, s'acquitter d'une première tâche. Dans le même entretien à RFI, il a affirmé que l'ancien président ivoirien Houphouet Boigny, disparu en 1993, était favorable au renversement de Sankara et avait permis aux mercenaires libériens de "passer par son pays pour aller au Burkina".

Là encore, François Xavier Veschave fut l'un des premiers à expliquer la connivence entre Kadhafi, Charles Taylor et Houphouet Boigny (lequel veut se venger de Samuel Doe). Un réseau d'intérêts entre chefs d'États pour lequel, selon Verschave, "l'élimination du président Thomas Sankara est sans doute le sacrifice fondateur".

Philippe Sawadogo peut donc bien considérer ces accusations comme "une intention d'atteinte à notre image". Pour "l'atteinte à l'image", le porte parole du gouvernement du Burkina Faso a parfaitement raison. Quand à "l'intention", encore faut-il déterminer quelle puissance peut parvenir à réunir des témoignages aussi semblables de milieux si divers. A part bien sûr, la réalité historique.

Faute d'éclaircissements de la part du principal accusé, qui a toujours nié être impliqué dans cet assassinat, il faut bien se contenter de ces débuts de vérité qui affleurent au fil du temps. A moins que Blaise Compaoré ne se décide, comme au Libéria, de faire oeuvre de vérité comme l'y exhorte l'Union pour la renaissance/ Mouvement sankariste (UNIR/MS) n

Rémi RIVIERE

remiriviere.pb@gmail.com

 

 

Complément sur l'action des Libériens lors de l'assassinat de Sankar

J'avais entendu Steven Ellis sur RFI environ un mois plus tôt. Il avait publiquement mis en cause les Libériens dans l'assassinat de Thomas Sankara. J'ai obtenu ses coordonnées par Chantale Loro qui avait effectué l'interview. Je l'ai donc appelé pour savoir s'il pouvait me donner des précisions. Steven Ellis a publié à Londres et à New York "The Mask Of Anarchy". Cette interview que nous venons de retrouver dans nos archives est publiée pour la première fois. RFI serait bien inspiré de ressortir des archives l'interview de Chantale Loro. Les éléments ci-dessous sont une retranscription de la conversation que nous avions eue au téléphone."La première source vient des services de renseignements du gouvernement nigérian. Cet épisode serait à verser dans la construction de relations entre Taylor et Compaoré qui auraient débuté en 1986 - 1987.
Un journaliste nigérian, M. Nkem Agetua, a publié à Lagos en 1992 le livre " Operation Liberty, the Story of Major General Joshua Nimyel Dogonyaro ". Ce général était le commandant de l'ECOMOG en 1990. C'est dans ce livre que M. Nkem Agetua prétend que Charles Taylor a été associé à la mort de Sankara.
La deuxième source provient de Prince Johnson (à travers certains intermédiaires de confiance) qui ont affirmé que lui et quelques exilés libériens ont participé au 15 Octobre. Les Libériens auraient sécurisé le périmètre autour du Conseil de l'Entente pendant que les Burkinabè étaient à l'intérieur. Compaoré contrôlait bien ses commandos, mais n'était pas sûr des réactions des autres unités militaires. Prince Johnson était un des principaux dirigeants d'une milice au Libéria. Il était à l'origine Officier de Carrière. Il s'est opposé à Samuel Doe en 1983. Puis est parti en exil où il était avec quelques autres.
Il faut citer aussi Samuel Varney qui fait partie du même groupe que Johnson qui est passé au Burkina et en Libye et qui était aussi au Burkina en 1987.
Il est effectivement possible que ce soit des Libériens qui aient assassiné Vincent Sigué. (Réponse à une question). Ellis n'a pourtant jamais entendu ceci d'une autre source.

Charles Taylor était aussi en contact avec Michel Dupuch, ancien conseiller de Chirac à l'Elysée, à l'époque ambassadeur en Côte d'Ivoire. Un homme d'affaire français, Robert de Saint-Pai, servait d'intermédiaire. Saint-Pai est maintenant décédé.


Il faut aussi évoquer les rapports Compaoré - Houphouët qui ont tous deux soutenu Charles Taylor en 1990. A cette époque, tout le monde pensait que l'attaque contre Samuel Doe s'agissait d'un coup d'Etat ordinaire. Des hommes d'affaire proches de Jean Christophe Mitterrand projetaient alors de faire des affaires au Libéria.

Samuel Doe a assassiné le président Tolbert. Son fils était marié avec Désirée Delafosse, une filleule d'Houphouët Boigny, descendante de l'administrateur Maurice Delafosse. Le fils Tolbert (Adolphus Tolbert) avait réussi à se réfugier à l'ambassade de France et Houphouët avait cru pouvoir négocier avec Samuel que si le fils Tolbert sortait, il aurait la vie sauve. Mais il fut assassiné. Houphouët en voulait donc doublement à Samuel Doe. Tout le monde au Libéria confond la fille Delafosse avec Chantale Compaoré, mais il ne s'agit pas de la même personne. Mais Désirée Delafosse est aussi allée au Burkina faire alliance avec Compaoré et a fait partie de sa suite" n

Propos recueillis par Bruno Jaffré

* Auteur de plusieurs livres sur Sankara

Source : www.thomassankara.net

 

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