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Il a été chef rebelle puis président du Tchad. Il se raconte pour la première fois. Un entretien exclusif à découvrir dans ce dossier.


Cliquer ici pour  l'intégralité du texte des entretiens de Goukouni Weddeye avec Laurent Correau (143 pages, cartes et photos). 

1944-1971 : Une jeunesse en pays toubou

Goukouni Weddeye est né vers 1944 à Zouar, dans le Tibesti. C’est l’un des fils du Derdé Kihidémi, le chef traditionnel des Toubous… un chef dépossédé de son autorité par la colonisation. Le Derdé, qui était jusqu’ici le détenteur unique du pouvoir politique et judiciaire est cantonné à un rôle d’arbitre et reçoit le statut de juge coutumier. Il reste toutefois un homme important dans le Tibesti : «Son déplacement, se souvient Goukouni, était l’occasion de fêtes pour les populations des localités visitées. Elles accueillaient le Derdé à l’entrée du village et l’escortaient jusqu’à son lieu de résidence déjà aménagé. Le Derdé, durant son séjour, réglait alors les jugements en suspens ». Goukouni Weddeye passe une bonne partie de son enfance dans les zones de pâturages, il veille avec ses amis sur les troupeaux de chameaux. « Nous luttions ou faisions des courses, raconte-t-il, nous modelions des chameaux avec de l’argile ou avec des plaques de pierre ».

 

Après la décolonisation, le pouvoir central installe dans le Tibesti de jeunes officiers tchadiens, Maurice Allafi et Samuel Rodai dont le comportement va alimenter le ressentiment de la population. Ils ordonnent aux nomades de cultiver. Et répriment la population du Tibesti : « Pour punir les fauteurs, raconte Goukouni Weddeye, ils ont commencé à faire payer l’amende très cher aux pauvres gens. Ils gavaient les gens avec de l’eau jusqu’à ce qu’ils perdent connaissance. Il leur arrivait même de raser totalement la tête des femmes. C’est interdit chez nous, c’est interdit dans nos mœurs…» En 1965, une dispute entre jeunes de Bardaï et militaires conduit à la mort d’un soldat. Il y a de nombreuses arrestations et humiliations au sein de la population. C’est un traumatisme collectif. Un affront qui, selon Goukouni Weddeye, a joué un grand rôle dans la mise en place de la rébellion au Tibesti.

Le comportement des officiers tchadiens va également pousser le Derdé, le père de Goukouni, à l’exil. Le sous-préfet Maurice Allafi le convoque à Bardaï en prétextant qu’il s’oppose à la culture des champs. Le Derdé craint une arrestation et de nouvelles humiliations. Il quitte son pays pour la Libye du roi Idriss1(voir notes en pied de page).
Il est suivi par des dizaines de nomades qui s’exilent avec lui. « Le Derdé était venu dans l’idée de demander une aide militaire au roi pour retourner combattre l’administration en place. » Il n’aura pourtant pas les moyens qu’il espérait.

Au milieu de ces années 60, d’autres mécontents du régime de François Tombalbaye2 cherchent également à s’organiser. Des militants de l’UNT, l’Union Nationale Tchadienne ont eux aussi dû quitter le pays : Ibrahim Abatcha, Aboubakar Djallabo, Mahamat Ali Taher... Ils passent par le Ghana et l’Algérie3. L’alliance avec le FLT (Front national de la Libération du Tchad)4 d’Hassan Ahmat Moussa leur permet de créer le FROLINAT (Front de Libération Nationale du Tchad) au Soudan en juin 66. Leur action porte dans un premier temps sur le Centre-Est du Tchad, mais ces activistes envisagent également d’ouvrir un Front Nord. Ils envoient donc Mahamat Ali Taher en Libye pour consulter le Derdé. « Après avoir obtenu l’accord du Derdé, Mahamat Ali Taher a pris contact avec les personnalités touboues se trouvant à Benghazi », raconte Goukouni Weddeye. Un jeune, Ali Sougoudou, aide également pour la prise de contact avec les étudiants d’El-Beïda. Mahamat Ali Taher recrute, puis va au Tibesti ouvrir ce nouveau front au début de 1968.

Goukouni Weddeye, lui, est fonctionnaire à la préfecture de Faya-Largeau. Il voit passer le courrier confidentiel qui transite entre les sous-préfectures et Fort-Lamy. Il recommande à son père, dans une lettre, de ne pas tenter l’aventure armée seul et de se rapprocher du FROLINAT. Il voit son petit frère, Suleymane, interrompre ses études pour rejoindre le front. Il envisage lui-même un départ avec son frère Annour de la garde nomade. Et finit par rejoindre les combattants à Moursou, dans la « passe de Moursou », un passage de montagne où l’on peut se cacher dans de nombreuses grottes. Il y trouve des combattants assez peu politisés, qui ne reconnaissent pas vraiment l’autorité de Mahamat Ali Taher. Il intègre le FROLINAT le 25 avril 1968.

En avril 1969, la France s’engage dans une intervention militaire au Nord du Tchad pour lutter contre la rébellion. Goukouni Weddeye se souvient des dégâts humains et matériels « immenses » causés pendant cette intervention : « Des villages et des palmeraies ont été dévastés et incendiés partout dans le BET5. A l’époque, les légionnaires combattaient avec des forces tchadiennes. »
 

Mahamat Ali Taher « Abadi » est tué le 6 septembre 1969 lors d’une intervention de légionnaires héliportés et de forces terrestres sur le village de Bédo. A 25 ans, Goukouni Weddeye est, de fait, porté à la tête de la 2e armée du FROLINAT6.

 

1971-1974 : De l’opposition à Sidick à la création du CCFAN avec Habré

 

Le FROLINAT a également changé de secrétaire général depuis la mort d’Ibrahim Abatcha en février 1968. Un long processus de succession voit le docteur Abba Sidick7 s’imposer au fil des mois. Abba Sidick s’installe en Libye, car Tripoli a finalement décidé de soutenir la rébellion « en répliquant aux facilités de recrutement et d’ouverture de camps que le gouvernement de Tombalbaye accordait aux mouvements de l’opposition libyenne », explique Goukouni Weddeye.

La gestion d’Abba Sidick est contestée par la 2e armée qui lui reproche notamment de favoriser les forces du Centre-Est. « Nous qui agissions à partir de la Libye, raconte Goukouni, nous aurions normalement dû recevoir directement les vivres, les médicaments, les munitions, les armes. Mais comme Abba Sidick avait une préférence [pour la 1ère armée du Centre-Est], il ne se préoccupait pas d’obtenir de l’aide de la Libye pour nous la donner. »

Entre en scène Hissène Habré, qui n’a pas encore trente ans. Il rencontre le Derdé en Libye. Puis cherche à approcher Goukouni Weddeye. Abba Sidick est persuadé qu’Habré est un agent du président Tombalbaye et le fait expulser par les Libyens. Habré tente tout de même d’écrire un courrier à Goukouni Weddeye sous couvert du bureau du FROLINAT à Tripoli. Mais la lettre est interceptée par Abba Sidick, qui avoue son geste lors d’une conversation avec Goukouni. Colère de l’intéressé : « dans ce cas… dans ce cas précis… Si Hissène ne vient pas ici, la rupture entre vous et moi est totale. » Hissène Habré sera autorisé à venir. Mais il s’associe à Goukouni pour réclamer un congrès du FROLINAT qui sera refusé. Habré est expulsé. Goukouni est placé plusieurs semaines en résidence surveillée. Les deux hommes parviennent pourtant à se retrouver pour rejoindre ensemble le front. Ils créent le CCFAN, le Conseil de Commandement des Forces Armées du Nord. Goukouni Weddeye pousse la candidature d’Hissène Habré à la présidence de ce CCFAN.

 
1974-1977 : L’affaire Claustre et la rupture avec Habré
  

La rupture avec Abba Sidick permet à Goukouni et Habré de rapprocher le commandement rebelle du terrain. Mais elle a surtout une conséquence immédiate : elle prive le CCFAN de l’approvisionnement Libyen. Les rebelles doivent envisager une autre solution pour alimenter la lutte. Hissène Habré propose d’enlever un occidental pour l’échanger contre des armes. Il y a dans le Tibesti un médecin allemand, Christophe Staewen qui pourrait être capturé.

Goukouni est d’accord pour un kidnapping, mais il s’oppose à la capture du Docteur Staewen. Habré mettra pourtant en œuvre l’idée. Le 21 avril 1974, les rebelles capturent Christophe Staewen, mais aussi le coopérant Marc Combe et, presque par accident, l’archéologue Françoise Claustre8.

Les négociations débouchent rapidement avec l’Allemagne, elles piétinent avec la France. Françoise Claustre doit partager la vie des femmes touboues. Captive, mais bien traitée selon Goukouni Weddeye : « On avait lancé des ultimatums contre Mme Claustre, etc. Mais dans notre esprit nous n’avons jamais pensé à l’éliminer. Loin de là. Que nos demandes aient été satisfaites ou non, personne parmi nous n’avait l’idée de faire du mal à Madame Claustre. Elle se promenait avec les femmes, elle causait avec elles, elle vivait avec elles. On lui préparait la sorte de galettes qu’elle préférait. Elle s’habillait de la même manière que les femmes touboues. Elle avait sa maison dans un village.»

 

Le commandant Pierre Galopin, négociateur français au Tchad auprès des rebelles, arrêté et exécuté en avril 1975.
(Photo : AFP )

Sur la demande insistante de Tombalbaye, le commandant français Pierre Galopin est envoyé pour négocier la libération de Françoise Claustre et Marc Combe. L’homme n’est pas inconnu des combattants toubous : ils l’accusent d’avoir provoqué la division dans les rangs rebelles en mars 1969, et d’avoir été à l’origine de luttes fratricides. Les rebelles décident de l’arrêter, pour l’échanger contre des armes.

A l’expiration de l’ultimatum, selon Goukouni Weddeye, les chefs du CCFAN reçoivent pourtant des menaces : « Est-ce que c’est le gouvernement français qui l’a envoyé ? Est-ce que c’est un fauteur de trouble du côté du gouvernement tchadien -c’est à dire des militaires tchadiens- qui nous a fait parvenir ce message ? Nous ne savons pas. Mais nous avons donc reçu un message de Bardaï qui disait à peu près : "libérez Galopin, vous n’aurez rien. Si vous ne le libérez pas, vous serez décimés, vous les loqueteux". » Les rebelles, selon Goukouni Weddeye, prennent ces menaces très au sérieux. Ils décident d’exécuter le commandant Galopin… et se préparent à accueillir une attaque qui n’arrivera jamais.

Le 13 avril 1975, le général Felix Malloum prend le pouvoir au Tchad. Il prend contact avec la rébellion du Nord, mais celle-ci décline dans un premier temps les offres de négociation : elle se dit mécontente des émissaires envoyés par le régime. Fin juin 1976, un incident avec une patrouille libyenne qui s’est aventurée à Omchi va pourtant amener les rebelles à de meilleures dispositions. Aussitôt après avoir remis leurs prisonniers à des représentants de la Libye, les rebelles décident lors d’une réunion qui se tient à Yebbi-Bou de faire une offre de paix à Malloum. Le congrès de Gouro appuie le choix de la réconciliation. Habré n’approuve pas cette orientation. A l’occasion d’un désaccord autour de la présence à Gouro d’un autre chef rebelle, Mohamed El-Baghalani, il quitte la position rebelle et rompt avec Goukouni Weddeye.

L’offre de dialogue du CCFAN ne débouche pas. Les rebelles doivent donc envisager un nouveau rapprochement avec la Libye. Tripoli semble, dans un premier temps, leur préférer la faction d’El-Baghalani, l’armée Volcan9. Mais après la mort d’El-Baghalani et la libération des époux Claustre le 1er février 1977, les Libyens vont finalement reprendre leur aide aux rebelles toubous.

 

1977-1979 : La conquête du Nord, Habré à N’Djamena

 

Cette nouvelle aide libyenne permet à la rébellion de réaliser plusieurs victoires militaires dans le Nord du Tchad, et de lancer le 29 janvier 1978 l’opération « Ibrahim Abatcha», du nom de l’ancien secrétaire général du FROLINAT, contre la ville de Faya-Largeau. Goukouni Weddeye affirme que les missiles anti-aériens SAM 7 fournis par la Libye lui ont alors assuré le contrôle du ciel… que les 300 combattants qui ont lancé dans un premier temps l’attaque sur Faya sont devenus plus d’un millier au cours du siège, et qu’il a pu obtenir la victoire grâce à un coup de pouce libyen le dernier jour des combats… Une opération appelée « opération gratis » : les Libyens pilonnent Faya-Largeau et poussent les troupes présentes dans la ville à se rendre.

Après la « libération » de Faya, des représentants de la 1ère armée, la 2e armée, et l’armée Volcan se réunissent dans la ville du 12 au 16 mars 1978. Lors de cette « conférence extraordinaire », ils tentent de réunifier leurs rangs et créent les FAP, les Forces Armées Populaires… L’unité est de courte durée : deux mois plus tard, une crise ouverte éclate entre le chef d’état-major des FAP, Adoum Togoï (issu de la 2e armée) et le 3ème adjoint, Ahmat Acyl (qui vient de l’armée Volcan). La crise démarre sur une affaire de troupes et d’équipements venus de Libye. Elle éclate véritablement après qu’Acyl ait échoué à « libérer » la localité d’Ati.

Deux incidents graves se déroulent au cours de l’été 1978 : les combattants proches d’Ahmat Acyl saccagent les bureaux du FROLINAT à Tripoli et à Sebha. Adoum Togoï est blessé lors de l’incident de Sebha… Son retour à Faya déclenche des affrontements entre combattants toubous et arabes. Les combats reprennent au mois d’août à l’instigation, selon Goukouni Weddeye, des éléments de soutien libyens basés à l’aéroport de Faya-Largeau. Les éléments fidèles à Goukouni prennent le dessus. Les FAP10 demandent à la Libye de retirer les 800 soldats qu’elle possédait à l’époque en territoire tchadien (dans les localités de Zouar, Faya-Largeau et Salal).

 

1979-80 : Batailles pour N’Djamena

 

Pendant ce temps, Hissène Habré, lui, s’est rapproché du pouvoir. Dès septembre 1977, il a signé les accords de Khartoum à la suite desquels il est revenu à N’Djamena pour occuper le poste de Premier ministre. Là aussi des craquements finissent par se faire sentir. En février 1979, les premiers combats éclatent dans N’Djamena entre les FAT, les Forces Armées Tchadiennes11 fidèles à Malloum et les FAN12 d’Hissène Habré. Deux colonnes des FAP sont venues prendre position à Diguel, aux portes de N’Djamena, et à Mao.

Le 3 mai 1979, le ministre de la Défense Hissène Habré et le ministre de l’Intérieur Goukouni Weddeye.
(Photo : AFP )

Selon Goukouni Weddeye, les dirigeants des FAP penchent à l’époque pour une attaque, sans distinction des forces de Malloum et de Habré. Mais les combattants FAP refusent d’aller affronter les FAN à Arada : « La majorité refuse de combattre des frères musulmans qui sont en guerre avec les chrétiens», explique-t-il.

C’est la même logique régionale qui va pousser a contrario les combattants FAP à s’engager début mars 1979 dans la bataille à N’Djamena : ils tentent alors d’assurer la protection des Nordistes de la capitale. « Nos combattants se sont engagés dans ce combat en aidant les forces d’Hissène Habré, raconte Goukouni. La situation dans les zones habitées par les musulmans étant très critique et les FAN ne pouvant pas empêcher seules l’avance inévitable des FAT, les responsables FAP n’ont pas trouvé une autre alternative que de s’impliquer dans les combats sans conviction. »

Les combats qui ont déchiré N’Djamena poussent la communauté internationale à organiser une première conférence entre belligérants tchadiens : la conférence de Kano I. Malloum et Habré acceptent de démissionner. Goukouni Weddeye est placé à la tête d’un Conseil d’Etat. Deux semaines plus tard, à la reprise des pourparlers (Kano II), le Nigeria et la Libye demandent aux quatre groupes signataires de Kano I de composer avec d’autres factions, soutenues par Tripoli. Goukouni et Habré refusent. Ils sont confinés dans leurs villas, la conférence s’ouvre sans eux. Mais des indiscrétions leur permettent de comprendre ce qui se passe : « La nuit, vers 23 heures, raconte Goukouni Weddeye, le chef de la délégation soudanaise envoie discrètement Hadjero Senoussi chez Hissène Habré. Il l’informe que les pays participants ont pris une position ferme à notre égard. La Libye et le Nigeria incitent les factions tchadiennes à former un gouvernement qui sera présidé par Mahamat Abba Seïd et qui aura son siège au sud du pays. Ce gouvernement, une fois mis en place, aura toute la légitimité pour nous combattre afin de nous chasser de N’Djamena avec le soutien des mêmes pays. » Habré et Goukouni décident d’envoyer des émissaires à N’Djamena, en passant par deux routes différentes, pour aller prévenir leurs partisans : « Ils sont chargés d’informer nos deux directions de la situation dans laquelle nous nous trouvions à Baggawda localité où se tient la conférence dite de Kano II. Ensuite, ils ont des instructions pour mobiliser nos deux forces pour prendre en otage les forces neutres, composées exclusivement de Nigérians, afin de demander notre libération. » La neutralisation des forces nigérianes réussit, Goukouni et Habré sont autorisés à rentrer dans la capitale. Mais Kano II se termine sans rien décider.

Les relations entre FAP et FAN sont tellement mauvaises que, revenus à N’Djamena, Goukouni et Habré doivent placer un troisième homme à la tête des institutions : le chef du MPLT (le Mouvement Populaire pour la Libération du Tchad), l’une des factions présentes dans la capitale, leur propose Lol Mahamat Choua qui prend la tête du 1er GUNT (Gouvernement d’Unité Nationale du Tchad) le 29 avril 1979. Hissène Habré est ministre de la Défense. Goukouni Weddeye occupe –lui- le ministère de l’Intérieur : « Le 1er GUNT n’a duré que trois mois et c’était un gouvernement qui n’était reconnu de nulle part : ni des pays voisins, ni de l’extérieur. Nous étions refermés sur nous-même. Le GUNT a au moins maintenu l’unité et la cohésion de ses composantes jusqu’à la conférence de Lagos. »  

Les différentes tendances tchadiennes se retrouvent lors de la conférence de Lagos II, en août 1979. Goukouni Weddeye raconte avoir accepté de venir à Lagos en raison d’une nouvelle dégradation des relations entre FAP et FAN : « nous avons analysé que notre allié Hissène Habré ne cherchait pas autre chose que la disparition de notre mouvement. Il cherchait à nous affaibilir. » Les discussions cette fois-ci rassemblent toutes les sensibilités : onze factions13 sont représentées. Lol Mahamat Choua cède sa place. Goukouni Weddeye lui succède après la signature, le 21 août 1979, de l’accord de Lagos. Il s’est discrètement réconcilié avec les Libyens.

Ce nouveau GUNT, comme le premier, ne parvient pourtant pas à gérer le pays : le territoire est morcelé : « Chaque mouvement avait sa zone, se souvient Goukouni, sur laquelle il avait le contrôle exclusif, et où il levait des taxes. Le Ouaddaï et le Batha c’était pour le CDR14. Le Kanem, le BET et une partie du Chari-Baguirmi, c’était pour les FAP. Le Salamat et le Guera, c’était pour la 1ère armée. Le Sud était en totalité sous le contrôle du comité permanent du général Kamougué. Le Chari-Baguirmi et N’Djamena, c’était presque la « représentation » de tous ces mouvements avec leurs hommes armés. Ce qui fait que le GUNT a vraiment eu des marges de manœuvre très limitées. » L’administration territoriale est toujours en place, mais elle doit obéir à une hiérarchie parallèle, celle des groupes armés qui occupent les différentes parties du pays.

Selon Goukouni Weddeye, ce sont les ambitions d’Hissène Habré qui vont conduire à l’éclatement de la « guerre de 9 mois » à N’Djamena : « Mon analyse est que Hissène envisageait de prendre le pouvoir à N’Djamena. Pour prendre le pouvoir, il fallait prendre le contrôle de certaines zones. C’est ainsi qu’il a cherché à affaiblir la 1ère armée, récupérer Am Dam, récupérer le Guera, puisque ses forces étaient basées dans le Ouaddaï. » Les FAN attaquent ainsi la localité de Mongo, dans le Guéra, qui est un bastion de la première armée. Ce qui vaut aux FAN de N’Djamena d’être victimes de représailles sanglantes dans la nuit du 20 mars 1980. Des combattants FAN sont assassinés dans le camp EMB. Les affrontements s’étendent à la ville : « Il s’agit d’une guerre entre les partisans de la coalition du GUNT et les opposants du GUNT. Les FAN d’Hissène Habré, le FROLINAT originel d’Abba Sidick et le FROLINAT fondamental d’Hadjero Senoussi se coalisent contre les factions restées loyales aux accords de Lagos. »

Le conflit s’enlise. Goukouni Weddeye pressent que les FAN risquent de chasser ses hommes de la ville. Il demande à la Libye d’intervenir : « L’ampleur de l’intervention libyenne a été immense. Puisque non seulement leur intervention militaire a eu lieu au niveau de N’Djamena, mais la Libye nous a aidés à libérer Faya-Largeau, Biltine, le Batha avant la fin de la guerre à N’Djamena. Elle a vraiment mobilisé une force colossale pour mettre un terme aux combats de N’Djamena. » Le 15 décembre 1980, les FAN d’Hissène Habré quittent la capitale.

 
1980-1982 : de la présence libyenne à la chute du GUNT

La Libye n’est pas un allié désintéressé. Trois semaines après la victoire sur les FAN, Goukouni Weddeye est à Tripoli. Un communiqué conjoint qui prend tous les observateurs par surprise est publié : la Libye et le Tchad annoncent qu’ils ont décidé de s’unir totalement « dans une seule Jamahiriya »15. Beaucoup a été dit et écrit sur cette signature. Goukouni explique en fait que « la signature de ce communiqué ne cache ni un marché en contrepartie de l’engagement militaire libyen, ni des menaces de la part des Libyens. J’ai signé le communiqué pour la simple raison que la Libye nous avait beaucoup soutenu dans notre combat contre les FAN et que nous voulions répondre aux vœux ardents du Guide d’une part, et d’autre part, montrer à l’opinion nationale et internationale que nous étions unis et solidaires face à nos ennemis. » Face au tollé que ce communiqué crée, ses signataires décident finalement de revenir en arrière.

Muhammar Kadhafi revient pourtant à la charge, plus tard, à Sebha. Mais cette fois-ci Goukouni Weddeye refuse. Et ce refus, selon lui, lui vaut les foudres du Guide de la Révolution libyenne.

Elles ont bien failli s’abattre sur lui à l’occasion d’une visite au Tchad du vice-président Libyen, le commandant Djalloud. La veille de son arrivée à N’Djamena, dans la nuit du 25 au 26 octobre 1981, le commandement militaire libyen déploie ses chars face à la présidence tchadienne. Pendant son séjour, le commandant Djalloud va plus loin : il suggère à plusieurs cadres tchadiens de renverser « le gouvernement réactionnaire du GUNT » en leur offrant de l’argent. La tentative est déjouée grâce au refus d’Acyl Ahmat, le chef du CDR. Mais il faut, plus que jamais, envisager un rapprochement avec la France de François Mitterrand. Goukouni Weddeye se souvient : « j’ai été obligé d’envoyer discrètement le Secrétaire Général de la Présidence, M. Gali N’Gothé à Paris pour informer les autorités françaises des préparatifs de coup d’Etat et solliciter en même temps des munitions pour les Kalachnikovs. Le Président français étant à Cancun, mon émissaire a été reçu par des hauts fonctionnaires du quai d’Orsay qui ont aussitôt saisi le Président Mitterrand. Vu l’urgence de la situation en ébullition à N’Djamena, le Président Mitterrand a demandé depuis Cancun à l’OUA d’accélérer le processus de constitution d’une force panafricaine… pour l’envoyer au Tchad afin de préserver l’indépendance du pays face aux prétentions étrangères. Nous avons aussi réceptionné et introduit discrètement une importante quantité de munitions Kalachnikov stockées au Cameroun par la France. » Un conseil des ministres est convoqué. Il décide le retrait des forces libyennes du pays.

N’Djamena redevient alors une ville à portée de main pour les FAN d’Hissène Habré. Elles traversent tout le pays et s’approchent de la capitale sans grande résistance. Goukouni Weddeye se sent trahi par certains de ses alliés, et par les Forces d’Intervention Africaines, qui selon lui sont « complices des FAN » et « accueillent à bras ouverts les forces armées du nord à Ati, à Moussoro… celles de N’Djamena sont prêtes à en faire autant. » Las, il se prépare ce 6 juin 82 à l’entrée des FAN dans la capitale : « Arrivé à la maison, j’ai ordonné aux éléments de ma sécurité d’évacuer la famille vers le sud, mais moi advienne que pourra… ça ne me faisait rien de rester pour mourir… j’étais dégoûté en quelque sorte, à cause du comportement des mes collaborateurs, de mes propres compagnons. C’était fini pour moi, désormais les choses étaient claires. » Le lendemain, il traverse la frontière avec le Cameroun. C’est Hissène Habré qui préside désormais aux destinées du Tchad.

 

1982-1990 : le Tchad dans la main d’Hissène Habré

 Chassé de N’Djamena, trahi par ses proches, Goukouni Weddeye hésite à reprendre la lutte armée. Le président algérien, Chadli Benjedid, le pousse à reprendre contact avec Muhammar Kadhafi. Et après cette rencontre avec le Guide libyen, l’opposition tchadienne se retrouve à Alger, puis à Sebha en Libye. La rébellion est relancée, elle a décidé de créer un « Gouvernement du Salut National ». La mobilisation de combattants reprend vers septembre 82. Près de 4000 partisans de l’opposition (combattants et leurs familles) transitent par Cotonou.

Même si la Libye est de plus en plus présente aux côtés de l’opposition armée, Goukouni Weddeye affirme qu’il conserve à l’époque la direction des opérations : « Les Libyens nous apportaient la logistique, c’est à dire nos besoins pour la réussite des opérations. Aussi en ce qui concerne l’armement, le chef d’état-major discutait avec eux. Des fois on les informait des opérations, des fois la Libye elle-même suggèrait : "au lieu de rester comme ça, faîtes quelque chose" mais ils n’ont jamais dirigé des opérations sur le terrain ni recommandé ou forcé à faire cela ou ne pas faire cela. On était maîtres de nos activités militaires et politiques. » Les rebelles sont pourtant accompagnés par un propagandiste du livre vert, Ahmad Ibrahim, qui tente de faire passer sous sa coupe des cadres rebelles formés à la pensée du Guide libyen : « J’ai compris au fil des jours qu’il avait une idée préconçue pour rattacher l’administration des zones libérées à Benghazi et à Sebha par l’intermédiaire des agents initiés au livre vert. On avait envoyé des cadres pour se former au livre vert, et il leur donnait des idées pour qu’arrivés sur le terrain, ils gardent leurs attaches avec lui, avec la Libye plutôt que de se mettre au service du GUNT. » Selon Goukouni Weddeye, Ahmad Ibrahim freine ses activités quand il comprend que la rébellion a vu clair dans son jeu.

De juin à août 1983, le Nord du Tchad va assister à des percées successives des forces rebelles et gouvernementales. Le 23 juin, les forces du GUNT attaquent Faya-Largeau. Puis début juillet elles occupent Fada, Oum Chalouba, Arada, Biltine. Le 9 juillet 1983, elles prennent Abéché… Occupation de courte durée, puisque les FANT dans les jours qui suivent reprennent Abéché et repoussent les rebelles. Faya revient entre les mains des combattants d’Habré le 30 juillet. Le GUNT, lourdement appuyé au sol et dans les airs par la Libye, contre-attaque et reprend Faya-Largeau les 10 et 11 août.

En août 1986, les affrontements de Fada entre deux composantes du GUNT, le CDR et les FAP, servent de déclencheur à un renversement d’alliances historique : Adoum Togoï et Adoum Yacoub, des FAP, accélèrent les contacts avec le régime d’Hissène Habré, et négocient un rapprochement entre les FAP et les FANT16. Ils se préparent à abandonner l’alliance avec les Libyens.

Goukouni Weddeye est en résidence surveillée à Tripoli, mais dans une interview à RFI, le 17 octobre, il fait comprendre à ses combattants qu’il est d’accord pour le lancement de discussions avec Habré, sans conditions. La sécurité libyenne l’entraîne dans un traquenard le 30 octobre 1986. Il est blessé et hospitalisé. Les Libyens tentent de lui faire lancer un appel à ses troupes, sans succès. FAP et FANT désormais alliées font reculer les troupes libyennes. En mars 87 elles prennent Ouadi-Doum, Faya-Largeau, Ounianga-Kébir. FAP et FANT, selon Goukouni Weddeye, ne parviennent cependant pas à trouver un accord politique. Après avoir décliné une première proposition de Muhammar Kadhafi, le chef rebelle envisage donc de reprendre la lutte armée : « Après l’échec de nos pourparlers avec les FAN, nous avons fait un pas en arrière pour nous organiser militairement et montrer à Habré qui refusait de signer un accord avec nous que tout était possible, même la reprise des armes. C’est ainsi que nous sommes retournés encore en Libye. Je ne suis pas resté ici à Alger. On est partis en Libye, on s’est organisés, on s’est préparés pour créer une nouvelle force. C’est pendant nos préparatifs et nos démarches que l’Action du 1er Avril est née. »

1990-… Les années Déby

, marque le départ en rébellion d’un groupe de combattants dirigé par Idriss Déby Itno, Hassan Djamouss et Brahim Mahamat Itno. Des trois chefs de file, seul Idriss Déby atteint le Soudan. Goukouni Weddeye explique qu’il a demandé à Adoum Togoï de faire parvenir des munitions et du carburant, et qu’il leur a dépêché des combattants zaghawas. Adoum Togoï tente pourtant, selon lui, de récupérer le mouvement naissant à son profit : « Après la sortie d’Idriss Déby et Hassan Djamouss, Adoum a commencé à se présenter devant les Libyens comme un interlocuteur incontournable de l’Action du 1er Avril. D’ailleurs, il considérait Idriss Déby comme un gamin prêt à tout lui brader. C’était un petit proche de lui, c’était un parent, donc il devait être prêt à lui céder la direction pour qu’Adoum devienne président. C’est ce qu’Adoum Togoï disait aux Libyens. » Les Libyens, pourtant, cernent vite l’importance d’Idriss Déby et lui apportent leur soutien au détriment des FAP. Idriss Déby prend le pouvoir à N’Djamena.

« L’Action du 1er Avril »

Du 15 janvier au 7 avril 1993, le Tchad accueille une Conférence Nationale Souveraine qui amène Goukouni Weddeye à effectuer un long séjour dans la capitale tchadienne. Il envisage de revenir au pays, puis se ravise : « La mort d’Abbas Koty et les tueries de civils innocents ouaddaïens dans la capitale tchadienne et au Ouaddaï m’ont découragé de revenir là-bas puique j’ai compris que si je venais m’installer à N’Djamena je risquais de cautionner les bavures d’Idriss Déby. » Il repart en exil.

Goukouni Weddeye affirme qu’en dépit de contacts préalables avec Youssouf Togoïmi, il n’a pas participé à la mise en place du MDJT, le Mouvement pour la Démocratie et la Justice au Tchad, la rébellion qui s’est réveillée dans le Tibesti en octobre 1998. La décomposition progressive du mouvement après la mort de son fondateur pousse pourtant Goukouni Weddeye à envoyer sur place un collaborateur, Choua Dazi, chargé d’éviter une dérive des combattants du MDJT. Selon Goukouni Weddeye Choua Dazi, pourtant, décide de voler de ses propres ailes et tente de prendre la tête du MDJT.

Persuadé que l’époque des luttes armées au Tchad est révolue, Goukouni Weddeye tente actuellement de mettre en place une table ronde inter-tchadienne, condition de son retour à N’Djamena : « Le Tchad, c’est mon pays. Un jour je reviendrai au Tchad, mais pas dans les conditions actuelles. Dernièrement j’étais au Gabon, j’ai même discuté avec le président Bongo et je lui ai dit que j’étais prêt à aller à N’Djamena. Mais dans les circonstances actuelles, si je pars à N’Djamena je n’apporterai rien au pays, ce sera considéré comme un simple ralliement. Donc il vaut mieux que je contribue à la réconciliation au Tchad. C’est dans cet esprit que je suis même allé à N’djamena, j’ai pris contacts avec plusieurs opposants et nous sommes en train de lutter autour de ça. »

Accéder aux archives 1990-...

Bibliographie

Quelques pistes pour aller plus loin…

Les deux références incontestables sur l’histoire de la rébellion tchadienne restent les deux ouvrages de Robert Buijtenhuijs Le Frolinat et les révoltes populaires du Tchad, 1965-1976, Mouton, 1978  et Le Frolinat et les guerres civiles du Tchad (1977-1984), ASC-Karthala, 1987. Robert Buijtenhuijs est aussi l’auteur de La Conférence Nationale Souveraine du Tchad, un essai d’histoire immédiate, Karthala, coll les Afriques, 1993

Robert Buijtenhuijs a par ailleurs publié plusieurs articles dans la revue Politique Africaine téléchargeables sur le site : http://www.politique-africaine.com/

Sur le triangle Tchad-Libye-Soudan et pour compléter les travaux de Buijtenhuijs, se référer à l’ouvrage de J.Millard Burr et Robert O.Collins Darfur The long road to disaster, Markus Wiener Publishers Princeton, 2006 (en anglais) qui est la réédition augmentée d’un ouvrage devenu un classique et épuisé  : Africa’s thirty years war : Libya, Chad and the Sudan, 1963-1993 

Au chapitre des livres de souvenirs, l’ouvrage d’Al Hadj Garondé Djarma, Témoignage d’un militant du FROLINAT, L’Harmattan, décrit avec précision certains épisodes importants de l’histoire du Tchad et de la rébellion.

[1] Le roi Idriss est renversé le 1er septembre 1969 par un groupe de militaires qui met en place un Conseil de Commandement Révolutionnaire. Une semaine après le coup, on découvre le nom du nouvel homme fort : Muhammar Kadhafi. Il est présenté comme le président de ce CCR.  Le roi Idriss avait semble-t-il déjà fourni un soutien au mouvement de révolte des Toubous du Tibesti, mais c’est avec l’arrivée au pouvoir de Kadhafi que l’aide au FROLINAT va réellement s’organiser. Cf Robert Buijtenhuijs, Le FROLINAT et les révoltes populaire du Tchad, 1965-1976, Mouton, 1978 p 337

[2] François Tombalbaye, (1918-1975) premier président de l’indépendance du Tchad. Né dans la préfecture du Moyen Chari dans le Sud du pays, d’ethnie Sara, Tombalbaye a appliqué une politique « d’africanisation » qui a  alimenté le mécontentement des populations du Nord du Tchad. Il est renversé et meurt en 1975 lors du coup d’Etat qui porte le général Félix Malloum au pouvoir.

[3] L’UNT (Union Nationale Tchadienne) est un parti politique tchadien créé en 1958, au moment du referendum sur l’intégration dans la Communauté française. C’est l’un des deux mouvements qui sera à l’origine du FROLINAT le 22 juin 1966. L’UNT a été créée par un groupe de militants tchadiens du MSA, le Mouvement Socialiste Africain qui ont fait campagne pour le « non » lors du référendum, contre le consensus politique ambiant au Tchad. Après la victoire du « oui », l’UNT continue tout de même son combat pour l’indépendance immédiate. Elle compte dans ses rangs Mahamat Abba,  Ibrahim Abatcha, Mahamat Ali Taher, Aboubakar Djallabo qui seront par la suite des figures importantes de la rébellion. L’UNT est interdite en janvier 1962. C’est à la suite de cette interdiction que certains membres sont envoyés au Ghana pour maintenir les activités du parti.

[4] Le FLT (Front National de la Libération du Tchad) a été créé en avril 1965. Il s’est installé au Soudan. Sous la direction d’Hassan Ahmed Moussa, il engage dès  la fin 1965 des actions armées à la frontière avec le Tchad, notamment contre le poste frontière d’Adré. Cf Robert Buijtenhuijs, Le FROLINAT et les révoltes populaire du Tchad, 1965-1976, Mouton, 1978, pp 110-121

[5] BET (Borkou-Ennedi-Tibesti) partie Nord du pays, formée des trois régions du Borkou, de l’Ennedi et du Tibesti.

[6] les forces du FROLINAT situées au Nord du pays.

[7] Abba Sidick est un chef de la rébellion que nous retrouverons à plusieurs reprises dans ce témoignage. Né en 1924, il a joué un rôle de premier plan dans la vie politique tchadienne d’avant l’indépendance : il été l’un des fondateurs du PPT., puis le secrétaire général de ce parti, a occupé des postes ministériels… Il quitte la scène politique de 1960 à 1967, date à laquelle il prend contact avec le FROLINAT. Après la mort d’Ibrahim Abatcha, le chef du FROLINAT, en février 1968, Abba Sidick s’impose progressivement comme chef du FROLINAT. En 1976-77, il est évincé par Mahamat Abba Seïd qui prend le contrôle des forces armées du Centre et du Centre-Est. Privé de ses troupes, Abba Sidick participe cependant à Lagos II en 1979 à la tête du « FROLINAT-Originel ». Cf Robert Buijtenhuijs, Le FROLINAT et les révoltes populaire du Tchad, 1965-1976, Mouton, 1978  ainsi que Robert Buijtenhuijs, Le FROLINAT et les guerres civiles du Tchad (1977-1984), Karthala-ASC 1987

[8]  Initialement, les rebelles capturent Christophe Staewen, Marc Combe et Françoise Claustre. Staewen est libéré à la suite des négociations avec les autorités allemandes. Combe parvient à s’évader. Pierre Claustre, le mari de Françoise Claustre, tente d’aider les rebelles à acheter des armes. Dupé par l’intermédiaire, il est à son tour arrêté.

[9] L’armée Volcan est une scission du FROLINAT créée en 1970 par Mohamed El-Baghalani. Membre de la première heure du FROLINAT, Baghalani entre en conflit avec Abba Sidick au moment où celui-ci prend la tête du mouvement. Il est exclu du FROLINAT en juin 1970 et crée la même année cette « armée Volcan ».

[10] Les combats de Faya-Largeau provoquent par ailleurs l’éclatement des FAP et le sigle ne désigne plus à partir de ce moment que les combattants proches de Goukouni Weddeye (anciens de la 2e armée, puis du CCFAN-Goukouni) La 1ère armée et le Volcan reprennent leur indépendance et c’est pour cette raison qu’on voit les deux appellations réapparaître dans la suite de l’histoire du pays.

[11]  Les FAT, Forces Armées Tchadiennes sont censées constituer à l’époque l’armée nationale du Tchad. Elles vont dans les faits devenir un groupe armé similaire aux autres, défendant les intérêts des populations sudistes. 

[12] Après la rupture avec Goukouni Weddeye, les combattants qui ont décidé de suivre Hissène Habré prennent l’appellation de FAN, Forces Armées du Nord.

[13] FAN Forces Armées du Nord (Hissein Habré), FAP Forces Armées Populaires (Goukouni Weddeye), MPLT Mouvement Populaire pour la Libération du Tchad (Aboubakar Abderhamane), FAO Forces Armées Occidentales (Moussa Medela), 1ere armée (Mahamat Abba Seïd), FROLINAT originel (Abba Sidick), FROLINAT fondamental (Hadjéro Senoussi), Armée Volcan (Adoum Dana), CDR Conseil Démocratique Révolutionnaire (Ahmat Acyl), FAT Forces Armées Tchadiennes (Wadal Abdelkader Kamougué), UND Union Nationale Démocratique (Facho Balam)

[14] Le CDR, Conseil Démocratique Révolutionnaire est une scission de l’Armée Volcan créée après la mort de Mohamed El-Baghalani. La guerre de succession oppose Abdallah Adoum Dana à Ahmat Acyl. Abdallah Adoum Dana conserve finalement l’appellation Volcan, Ahmat Acyl crée le CDR

[15] Type d’organisation politique théorisée par le colonel Kadhafi et censée permettre une démocratie directe.

[16] FANT : Forces Armées Nationales Tchadiennes. Après être arrivé au pouvoir, Hissein Habré crée une armée « nationale » qui prend l’appellation de FANT et dont le noyau dur est formé par ses combattants FAN.

source: RFI

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