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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 09:49

PascalSouvent, lorsque l’on parle du rôle de la femme dans la culture traditionnelle au Tchad, on ne relève que les aspects négatifs. Loin de tout manichéisme, nous voulons relever ici quelques aspects positifs qui sont souvent occultés. Nous prendrons comme point d’appui les cultures traditionnelles du sud du Tchad que nous connaissons mieux. Nous serions heureux si nous recevions les contributions d’autres parties du Tchad.
Dans la culture traditionnelle du groupe sara, toute la formation de la jeune fille se passe auprès de sa maman. Elle est toujours avec elle et tout se fait par un mimétisme propre aux petits enfants. Avec sa mère, la petite fille évolue dans la galaxie féminine, une sorte de gynécée. Cela est d’autant plus favorisé par le fait aussi bien pour les repas que pour les cérémonies, les groupes des hommes et ceux des femmes ne se mélangent jamais. Nos esprits modernes interprètera d’emblée cela comme un désir d’oppression des femmes par les hommes mais en réalité, cela relève beaucoup plus du désir de protection de l’intimité de chaque groupe.
La protection de l’intimité de la femme est très subtile et cela peut facilement entraînée une mauvaise interprétation par toute personne étrangère à la culture. Il n’est pas rare d’entendre dire que chez les sara, les hommes laissent toutes les tâches ménagères aux femmes qui sont exploitées. En réalité, c’est toute une anthropologie qui est ici en jeu. Les ustensiles de cuisine (pots de cuisson, marmites, calebasses, cuvettes…) font partie de l’intimité de la femme. Un homme ne peut pas les toucher en désordre, sans avoir au préalable reçu une autorisation. Entrer dans la cuisine d’une femme et commencer à utiliser les ustensiles est considéré comme toucher à l’intimité de la femme. Cela peut aller jusqu’au divorce. Le fait que les ustensiles fassent partie de l’intimité de la femme se voit dans la cérémonie de mariage où une place spéciale est fait à la cérémonie d’installation de la femme chez son mari (nous y reviendrons ultérieurement).
La liberté d’expression de la femme dans la culture traditionnelle sara est plus grande que celle dont disposent aujourd’hui les femmes. Dans la tradition, la femme a le droit de s’exprimer dans les chansons. Le moindre écart de conduite des hommes est mis en chanson et cela peut passer de village en village sans que l’on puisse l’arrêter. Les hommes vivent dans la hantise de devenir les sujets d’une chanson et cela suffit pour les maintenir dans la bonne conduite. Nous ne nous arrêtons pas sur les confidences et les conseils sur l’oreiller car cela est universel.
Il est vrai que pour le mariage, les parents l’avis des parents est important dans le groupe sara, en général, c’est la jeune fille qui choisit parmi ses différents prétendants celui qu’elle aimerait épouser. Des règles bien précises encadrent la polygamie. Même si un homme peut prendre d’autres femmes plus jeunes, la première femme a un privilège qu’on ne peut lui ôter. Lors de la répartition des fruits de la récolte, c’est la première femme qui procède au partage entre les différentes épouses. Elle dispose également d’un droit de veto lors de certaines décisions importantes.
Pour finir, il faut relever le cas bien à part de femmes à poigne, artistes chanteuses lors des funérailles. Certaines ont un statut à part. En plus de pouvoir par la poésie de leurs paroles toucher les cœurs, elles sont capables de désarmer des hommes lors de ce geste de grands guerriers qui consiste à ce que deux personnes, armées de couteaux de jet, se saluent en frappant les couteaux de jet les uns contre les autres.
Il faut aujourd’hui travailler à ce que les femmes tchadiennes retrouvent cette liberté de parole et d’action dans la vie de tous les jours. A cet effet, il faudrait que l’enseignement cesse d’être l’écoute et le respect serviles de la voix des ancêtres morts mais plutôt l’écoute et le respect de la voix vivante des ancêtres.
Pascal Djimoguinan

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Published by Rdpl, mieux vivre-ensemble - dans Actualités Nationales
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